Poétesse troubadour (décasyllabiques)
Je fuis l’amour, le rêve de la ville,
Je vais où coule, près d’un arbrisseau,
Agité par le vent, un long ruisseau
Qui franchit le temps et le sol fertile,
Mes yeux, plus loin, innocentes victimes,
S’émerveillent de la beauté du lieu :
Bassin à l’eau claire où se baigne Dieu ;
Oiseaux invisibles aux chants intimes.
Et toi, ma douce, en des frissons nouveaux,
Mimant le vol léger d’une hirondelle,
Je vois un ange, lueur immortelle,
S’élever loin du monde et des caveaux.
N’est-ce là qu’un mirage, une chimère
Quand ton corps avance sous le soleil ?
Fuyant Babel, son rêve et son conseil
J’abrite, dans tes bras, mon âme amère.
Nous n’aurons à subir du vent autan
Nul souffle furieux ou nul orage
Qui rompt la passion et le courage ;
Et dès lors, nous irons du même élan.
Demain, je viendrai prendre une faveur
Au jardin du dessein, vive nature
Blessée par l’homme qui la torture,
Pour te l’offrir en un geste rêveur.
Nous verrons, alors, l’ange de la vie,
Aux portes qui nous mènent à l’amour ;
Et nous irons, comme un seul troubadour,
Voir tes pays sortis de ton génie.
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