Dix ans d’un ennui profond ou Dix ans sans tes conneries
Écrire « je t’en veux » est la phrase pesée,
Flottant dans mon cerveau. Et deux lustres plus tard,
Quand reste, souvenirs, photos, un corbillard,
S’attache la douleur sur mon âme incisée.
Dans ces trois mots se cache une étrange colère,
Prête à bondir la nuit dans un rêve trompeur ;
Quand mon esprit regarde au loin battre ton cœur
Sur ce bord inspiré d’une douce lumière.
Mais avais-tu le droit de chérir les lieux sombres
Beaucoup plus que nos cœurs, bien mieux que l’amitié ?
Tu as fui tes amours sans regret ni pitié,
Où la terre du rêve infini croît en ombres.
Faut-il me l’avouer ? Le galbe de la lettre,
La fringale des mots, l’harmonie des vers,
Comme un son merveilleux qui monte dans les airs,
Viennent d’un sentiment exalté de ton être.
Je n’omets pas non plus, dans les rues de Nîmes,
S’il faut m’en souvenir, jours et nuits, cheminant
Épaule contre épaule, allègres et cherchant,
Toi, peintre et musicien, moi, la phrase et les rimes.
Voilà juste dix ans que l’ennui et la peine,
Ces ravisseurs d’espoir, traînent dans nos jardins,
Et versent de leur bouche ouverte des venins,
Pareils aux démons noirs à la mauvaise haleine.
J’ai longuement cherché dans le monde qui crève
Ton portrait saugrenu, ce jeu de main gaffeur,
Ce mélange de femme et de garçon moqueur.
Je cesserai un jour cet impossible rêve.
Mais tu n’as pas fini, là où nichent les âmes,
Aux îlots inconnus, d’entendre mes appels,
De voir nos souvenirs noyer ces archipels,
En un flot ravageant la géhenne et ses flammes.
Écrire « je t’en veux », cette phrase banale,
Ira dans les débris terreux de mon cerveau.
Là où mon vieil esprit gommera chaque mot,
Oubliera que mon âme était fendue et sale.
Juin 2015
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