Ma plume
Ma plume, j’ai le cœur mou, lent et malhabile.
Comment ressusciter au fond de moi l’ardeur
Qui pousse l’écrivain plus loin que sa pudeur,
Laissant dans son sillage une ombre indélébile ?
Ma plume,
Offrons-nous le séjour des rêves exilés !
Écrivons, sur le blanc d’une feuille rompue,
Nos adieux à la terre usée et farfelue,
Grâce à l’envol nouveau de nos verbes ailés.
Partons, l’esprit ravi, rencontrer le soleil !
Et buvons sa vertu pour que son feu éclaire,
Dans nos mots, l’ouragan, inspiré de colère,
Qui déchaîne les sens et nous ouvre à l’éveil.
Oui, ma plume !
Voyageons au-delà du désir amoureux,
Afin d’imaginer des peintures fécondes.
Et délestons les mots aux grisantes facondes
Quand leurs styles d’antan les servent langoureux.
Fuyons ce monde qui infuse, dans nos veines
Et dans nos chers cerveaux, l’hypocrite venin.
Il coule comme un miel doucereux et bénin
Qui englue à jamais nos natures humaines.
Ainsi, ma plume,
Je t‘emmène ! Suis-moi dans mon invention,
Dans ma frasque enivrante, où la vie est aimable.
Viens ! Je te montrerai un univers changeable
Qui façonne à l’envi un vide en vision.
Verdissons à souhait notre masque livide,
Peignons la Mort en bleu comme la liberté,
Et crions notre joie et notre pureté !
Ah oui, plume insoumise, existons dans le vide !
Ô douce jumelle,
Soyons à chaque instant une muse opportune,
Qui percent nos Esprits comme des miroirs d’eau,
Car la beauté des mots flottant sur son radeau,
Unit notre alphabet sans espoir ni fortune.
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