Maman, papa, qu’arrive-t-il aux hommes ?
Je m’en suis retourné dans ma ville natale,
Depuis que l’horizon avait nui au dessein
D’une vie soumise à la tâche morale
Et pour assujettir mon cœur contemporain.
Peu importe l’amère oppression subie
Dans ce monde où le maître a les crocs acérés ;
Peu m’importe que l’âme ait bu de l’eau croupie,
Je m’en suis retourné aux lieux tant désirés.
Ici, les bois sont pleins d’horreurs et de surprises,
Lorsque mes pas errants me traînent au-devant
D’un mystère avoué : deux épîtres assises
À même la verdure emportées au vent.
L’écriture est scolaire et les mots attristés,
Ornés par une ado au cœur de la tourmente.
Ils sont le péché lourd des démons incarnés
Ceux contre qui la fille est alors impuissante.
Voici le contenu des deux lettres :
Première lettre :
Me voilà adossée au pied d’un alisier,
Les mains couvrant ma face et jambes repliées,
En proie à la torpeur aux peines infligées ;
Le corps à demi-nu, vêtu d’un chemisier.
Maman, papa, pourquoi ? Pourquoi cette folie ?
Je n’ai fait aucun geste ou ni regard hardi
Pour ne pas inspirer à cet homme endurci
Son plaisir animal sur votre ado Nellie.
L’air tiède du printemps mesurait notre allure ;
Sereine, rassurée au bras de ce garçon,
Je n’ai pas vu venir de la même façon
Ses amis, et tout ça prit une autre tournure.
J’ai pensé que l'amour était une azalée,
Une fleur qui étale à chaque heure un bonheur.
Mais ces mains sur mon corps rythmèrent la douleur ;
Je n’ai pas réagi quand je fus violée.
Seconde lettre :
Peut-être ai-je été garce, irrespectueuse.
Je ne sais pas ou plus ; j'ai cru que mon amour
Pour cet homme n’aimant juste que le contour
De mon corps assoupi à mon âme rêveuse
Me donnerait la main à travers cette épreuve,
Me protègerait, moi, maîtresse de ses nuits.
Aujourd’hui le démon est sorti de son puits
Et me laisse à mes pleurs affluant comme un fleuve.
Pardonne-moi maman, je ne veux ni ta peine
Ni celle de papa. De la part de vous deux,
Je veux être une image éthérée à vos yeux,
Un souvenir figé qui soit comme une aubaine.
Sur les coups de minuit mon sang coulait sans teinte,
Il m'a fallu la nuit pour pouvoir m'allonger ;
C’est drôle, tout autour, le soir, comme un rocher
S’est collé dans mon cœur, et la mort m’a éteinte.
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