Ô Liseron joli...
Il est en mon pays, ô liseron joli,
Une fleur qui a eu, autrefois, excité
Et le chaste désir et le sourd appétit
D'un vieux pasteur anglais, sur la côte exilé
Pour adoucir les torts qu'avaient causés les ans.
Cette fleur est d'un genre plus commun que le vôtre :
C'est une saxifrage - dont plus de quatre-cents
Espèces le composent. Or notre bon apôtre,
Botaniste à son temps perdu, était curieux
De les connaître toutes. Car en son Angleterre,
Où les monts sont des nains désertés par les dieux,
Il n'en pousse point tant que sur les hautes terres
Des Alpes furibondes, indomptées et sans loi.
Il vint à ses oreilles le bruit d'une, ignorée,
Qui poussait, disait-on, dans le creux des parois
De granit ou de gneiss les moins ensoleillées
Des montagnes austères à la belle saison.
Elle avait, disait-on, cette étrange attitude
De ne survivre pas, après sa floraison,
Plus de quelques semaines. Eprise d'altitude,
Elle vivait humblement et pendant des années
Et des années encore, elle se faisait discrète.
Puis on ne sait pourquoi, au début de l'été,
Soudain il émergeait, au creux de sa rosette,
Une tige émaillée de mille petits boutons...
Saxifrage "à mille fleurs", ou bien "florulenta"
Elle est, croissant sans hâte, ce que disent ses noms !
Je l'ai, dans ma jeunesse, cherchée. Mettant mes pas
Dans ceux du bon pasteur qui voulait la ravir
A son anonymat. Je l'ai trouvée enfin,
Si belle en son linceul, contente de partir
Et fière du voyage qui touchait à sa fin.
Elle était belle et fière. Comme Calystégia...
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