13. Première mission - Partie 7

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Zeleph constatait que le jeune mage restait méfiant, bien qu'il le suivît à l'intérieur de la maison malgré tout. Mais il sembla se détendre légèrement lorsqu'ils s'assirent tous les deux à table, l'un en face de l'autre. Il retira lentement ses gants avec amertume et se mit à jouer distraitement avec une pomme de terre récupérée dans un sac à son entrée. Le garçon devait avoir la moitié de son âge, mais il paraissait calme et indulgent, et c'était peut-être bien là son unique chance de voir la fin de son cauchemar. Il devait absolument être convaincant : "Il faut savoir… que je ne suis pas d'ici à l'origine. Et je ne parle pas de ce village, mais de ce royaume. Je suis né en Westanie et je suis devenu marchand. Je faisais donc régulièrement le trajet d'un royaume vers l'autre pour importer et exporter des produits, c'était comme ça que je gagnais ma pitance, et je ne m'en sortais pas trop mal…"

Il marqua une pause, cherchant les mots pour poursuivre : "Un jour, je me suis arrêté à Millepins pour essayer de faire affaire avec les gens du coin. Comme ils vivaient plutôt reculés de tout, je me disais que ça pourrait leur être profitable aussi. Et puis j'ai fait la connaissance d'une femme… Philomène. On s'est rapidement fréquentés et j'ai décidé de vendre tout ce que j'avais pour me sédentariser et vivre ici avec elle. L'année dernière, je l'avais même demandée en mariage. Son père était un peu réticent, mais a fini par donner sa bénédiction parce qu'elle insistait beaucoup auprès de lui. Je pensais que j'allais vivre une belle petite vie simple et rangée… mais tout est parti de travers durant notre nuit de noces…"

Mezhelan fixa l'expression de Zeleph puis dit : "Tu l'as tuée, n'est-ce pas ?"

"Non !" réfuta ce dernier. La pomme de terre roula lentement sur le bois, avant qu'il ne l'attrape à pleines mains : "Je ne lui ai rien fait… mais à mon réveil, son corps était froid dans notre lit conjugal… J'ai fait le tour de la maison, mais la porte d'entrée était toujours verrouillée, il n'y avait pourtant qu'elle et moi… Elle n'avait aucune marque sur le corps, ni rien qui expliquerait qu'elle soit morte si soudainement… Ça n'avait pas de sens, et il m'a fallu beaucoup de temps avant que je ne trouve le courage de l'annoncer à son père."

L'homme inspira profondément avant de continuer, secoué par ses propres souvenirs : "J'ai donc emmené le corps avec moi jusque chez lui. Mais sur la route… sa dépouille s'est mise à changer. J'aurais du mal à vous décrire ce que j'ai vu. C'était comme si… elle avait déjà commencé à se décomposer. Je n'ai pas su faire face à son père ce jour-là, j'ai déposé le corps à sa porte et j'ai couru pour rentrer chez moi. Je me souviens… d'avoir repris mon souffle en m'appuyant sur un grand pin à la sortie de la route. Cet arbre est mort aujourd'hui."

Il baissa les yeux, avant de reprendre d'une voix plus sombre : "Son père et deux anciens voisins de Philomène sont venus ici en réclamant vengeance, ils n'ont rien voulu entendre et on en est venus aux mains, et ils en sont morts aussi. J'ai vu leur regard s'éteindre alors qu'ils s'effondraient au sol, puis son père a pris la fuite. J'ai pensé à m'enfuir moi aussi et à reprendre ma vie d'itinérant, mais lorsque j'ai vu que notre âne que je venais tout juste de caresser, mourait lui aussi sous mes yeux, j'ai finalement compris que j'étais maudit. Tout ce que je touchais… mourait ou se mettait à pourrir. Combien de personnes seraient mortes si j'avais repris la route ?"

Zeleph releva finalement les yeux vers le jeune homme à sa table. Ce dernier venait d'entendre son histoire, mais il était toujours aussi imperturbable. Il insista : "Je vous jure que je n'ai jamais voulu faire de mal à qui que ce soit, je ne comprends pas ce qui m'arrive ! Mais si c'est une malédiction, un maléfice, ou n'importe quoi de ce genre, peut-être qu'un mage sera capable de m'en débarrasser… ? Vous savez peut-être ce qui m'arrive ?" Il supplia clairement du regard, la peur au ventre pour la réponse à venir.

Mezhelan continua de fixer l'homme en annonçant : "Je n'ai jamais rien vu ou entendu de semblable, mais je manque encore d'expérience…"

Zeleph s'inquiéta qu'il ne le croie pas et attira son attention sur la pomme de terre pour la lui montrer. Sa peau s'était assombrie, ramollie comme un fruit oublié trop longtemps au soleil. Des filaments noirs commençaient même à se répandre sous la surface, accompagnés d'une odeur rance, discrète mais perceptible : "Vous ne pourrez rien faire… ?" questionna-t-il finalement avec déception.

Le garçon ne répondit pas tout de suite, absorbé par la preuve du phénomène. Mais à cet instant, un léger bourdonnement attira son attention.

D'un revers de main, Zeleph écarta la mouche importune qui s'approchait de la pomme de terre et l'insecte se tordit immédiatement dans un spasme grotesque sur la table, raide mort.

Silence.

Zeleph la fixa, impassible. Il détourna le regard, haussa les épaules et, d'un ton sec et ironique, lança : "Au moins, j'ai plus de problème avec les moustiques."

Mezhelan cligna des yeux. Il tapota le bord de la table, observa brièvement l'insecte inerte, puis répondit avec le plus grand sérieux : "Pratique l'été, mais tout de même un peu radical."

Cette fois, un petit ricanement fatigué échappa à l'homme malgré lui. Il poussa ensuite la mouche du bout du doigt d'un air pensif : "Ouais… mais j'suis pas sûr que ça compense le reste."

"Effectivement." confirma le garçon, avant de reprendre : "Je ne sais pas encore si je pourrais t'aider. Mais les chances pour qu'il y ait un lien avec la magie sont presque certaines. Je vais te parler un peu de moi également : lorsque je suis entré dans le processus d'apprentissage de la magie, avant toute chose, j'ai dû apprendre à contrôler mes émotions. Je devais être capable de réprimer ma colère, de m'empêcher d'être triste et combattre mes pires craintes…"

Cette confession rendit Zeleph perplexe, il ne comprenait pas pourquoi il lui racontait ça.

Mezhelan poursuivit : "…parce que la magie, c'est l'expression de notre volonté. Si, sous le coup d'une émotion, je souhaitais, par exemple, du mal à quelqu'un, il est tout à fait possible que le malheur s'abatte réellement sur cette personne sous une forme ou une autre. C'était donc mon tout premier exercice, et ce, avant même d'ouvrir mon corps aux énergies extérieures. Et crois-moi, la magie est partout en permanence. La seule irrégularité, ce sont les êtres dotés de conscience, la magie ne s'immisce pas naturellement en eux, comme si ce petit défaut avait été prévu à notre conception…"

L'homme l'écoutait silencieusement, et même s'il n'en disait rien, il eut doucement l'impression de voir où il voulait en venir.

"Ouvrir son corps aux énergies est donc la deuxième étape, je passerai les détails du processus, mais je pense qu'il n'est pas complètement impossible de le faire inconsciemment même si ce genre de concours de circonstances serait très rare, voire normalement impossible. J'imagine qu'en comparaison du nombre d'individus peuplant nos deux royaumes, et ne parlons même pas de ce qui pourrait exister au-delà des mers ou ailleurs, cela est sans doute déjà arrivé et cela arrivera encore." raconta le magicien.

"Je… crois comprendre où vous voulez en venir… Cette malédiction pourrait être de la magie hors de contrôle, c'est ce que vous dites ?" questionna Zeleph.

"J'imagine que le mariage est un engagement qui peut faire peur. Peut-être que ce qui t'arrive est le reflet de l'une de tes craintes, ou même d'une autre pensée… d'un sentiment inavouable." répondit-il.

"Peu importe comment, jamais je ne pourrai être à l'origine de la mort de Philomène ou même des autres ! Je n'ai ressenti que de la joie la concernant !" se défendit rapidement Zeleph. C'était impossible, n'est-ce pas ? Il était certain d'être la victime d'une affreuse malédiction, mais s'il était la cause de tout en réalité, alors il lui serait impossible d'affronter cette culpabilité. Il préférait encore mourir.

"Pour vérifier cette théorie, j'ai besoin de savoir si de la magie circule en toi." conclut calmement Mezhelan.

"Comment ? Vous ne pouvez pas me toucher." précisa l'homme en fronçant les sourcils.

"Ne bouge pas." dit le jeune homme en se levant de la table pour venir à côté de Zeleph, prêt à lui empoigner l'avant-bras.

Ce dernier fit un mouvement de recul instantané, tel qu'il manqua de tomber par terre. Désormais debout, il s'énerva : "Vous faites quoi ? Je vous ai dit de ne pas me toucher !"

Mezhelan répliqua sans ciller : "Ne t'ai-je pas demandé de ne pas bouger ? De quoi as-tu si peur ? Tu ne risques rien."

À nouveau ébranlé par son assurance, Zeleph se rassit en marmonnant : "Ce n'est pas pour moi que j'ai peur, c'est pour vous…"

"À qui penses-tu avoir affaire ? Crois-tu que j'ai l'intention de mourir ?" rétorqua Mezhelan avant de lui saisir soudainement le poignet.

Zeleph le fixa sans pouvoir contrôler ses pires craintes. Mais alors que les secondes s'allongèrent, il le vit toujours parfaitement debout, et le jeune mage fronçait les sourcils de plus en plus fort.

"Ce n'est pas toi." réalisa simplement Mezhelan en le lâchant.

L'homme se sentit rassuré, mais intrigué : "Quoi ? Comment ça ?"

"Ce qui t'arrive ne provient pas de toi, mais il ne fait plus aucun doute que c'est de la magie, sinon je serais mort. Connais-tu une personne qui pourrait te vouloir du tort ?" interrogea-t-il calmement.

Zeleph ouvrit des yeux ronds. Et s'il était vraiment mort, alors ? Il avait beau lui avoir raconté que sa formation l'avait conditionné à ne pas se laisser dominer par ses émotions, le risque qu'il venait de prendre était bien réel. Accordait-il si peu d'importance à sa propre vie ? Malgré cette consternation générale, l'homme se sentit extrêmement soulagé. Déjà, parce que le garçon était toujours en vie, mais surtout parce qu'il représentait un espoir. Sentir de nouveau une main sur sa peau avait souligné à quel point cette situation était devenue insoutenable pour lui psychologiquement, car même si le mage lui avait mis une soufflante juste avant, ce simple contact lui avait fait du bien : "Quelqu'un qui pourrait m'en vouloir… ?" cogita-t-il finalement.

"Oui, je doute que ce soit quelqu'un qui ait fait cela de manière intentionnelle, mais tu suscitais en lui suffisamment d'intérêt pour lui faire ressentir de vives émotions." clarifia Mezhelan.

"Je… ne vois pas…" continua de réfléchir Zeleph : "Quand j'étais marchand, j'ai rencontré des milliers de personnes, et on n'était pas toujours d'accord sur les prix, mais je n'étais pas un escroc, alors on trouvait des terrains d'entente…"

"Je ne pense pas que ce soit nécessaire de remonter aussi loin. C'est arrivé le jour de tes noces. Y a-t-il une personne à qui ton mariage aurait pu déplaire ?" questionna Mezhelan en orientant volontairement la conversation.

"Monsieur Fulbert n'approuvait pas ce mariage, il ne m'a jamais beaucoup apprécié… mais je ne pense pas qu'il aurait pu faire quoi que ce soit pouvant causer du tort à sa fille, il l'aimait sincèrement…" répondit Zeleph.

Mezhelan arqua un sourcil : "Sans doute. Mais c'est bien d'une magie incontrôlée dont on parle, et elle peut répondre de bien des manières improbables. Il n'est donc pas impossible qu'il en soit à l'origine…" réfléchit-il en croisant les bras pour marquer une pause. À son expression, il donnait l'impression de recomposer un puzzle invisible. Et finalement, sa voix brisa le silence : "N'y avait-il que des personnes originaires de Millepins présentes à votre mariage ?"

"Oui… je ne vois plus ma famille… Et c'est un coin isolé, les gens de ce village se connaissent tous." dit l'homme.

"Je retourne là-bas. Je vais débusquer la personne à l'origine de cette débâcle." assura le magicien en tournant les talons pour se diriger vers la sortie.

"Qui que ce soit… qu'est-ce que vous comptez lui faire ?" interrogea Zeleph.

"Pour interrompre cette malédiction, il faut s'occuper de son origine. Je ne sais pas encore comment m'y prendre, mais j'aviserai. La tuer serait forcément efficace, mais je préfèrerais éviter d'en arriver là." dit Mezhelan.

"D-D'accord." bafouilla Zeleph en l'accompagnant jusqu'à la porte.

"Tu viens ?" questionna-t-il.

"Euhh… est-ce que c'est vraiment une bonne idée ?" s'inquiéta Zeleph.

"C'est une bonne occasion pour toi de rétablir la vérité sur ce qui s'est passé. Tu n'y étais pour rien. Et la réaction des gens envers toi m'aidera peut-être à trouver plus facilement la source." expliqua Mezhelan.

Zeleph se sentit quand même réticent : "Vous avez conscience que les réactions risquent d'être violentes si vous retournez là-bas, accompagné du monstre ? Ils diront sûrement que…"

"Que tu m'as corrompu ? Jeté un sort ? Pas important. Remets-t'en à moi et suis-moi, tout simplement." coupa le jeune homme en sortant.

"Oh… Entendu." accepta Zeleph, de plus en plus surpris par son attitude assurée. Il le suivit sagement en regardant son dos fluet. Il n'avait pas du tout l'impression d'avoir affaire à une personne aussi jeune, mais d'être plutôt face à un homme strict. Il s'estimait chanceux, cependant, d'être tombé sur quelqu'un d'aussi patient et profondément bon. Il avait pris le temps d'écouter sa version, l'avait crue, et essayait même d'aller au bout des choses pour les résoudre. Pourtant, ç'aurait été bien plus simple pour lui de s'arrêter à la demande initiale des villageois, qui était de l'exécuter. Le roi avait une personne bien singulière à son service.

Alors que Mezhelan surveillait Ébène pour qu'il ne s'approche pas de Zeleph, il s'arrêta à côté du grand pin sur le chemin, puis il posa les deux mains dessus en levant la tête vers les branches mortes.

"Vous… faites quoi ?" interrogea l'homme, non loin derrière, en le regardant d'un air dubitatif.

"Je lui donne un petit coup de pouce." répondit Mezhelan en se tournant pour échanger un regard avec Zeleph, avant de reprendre la route.

Lorsqu'ils approchèrent de la bourgade, Ébène quitta le pied du jeune homme pour rejoindre son maître en courant.

Ce dernier regarda son camarade en demandant : "Ça a été ?"

"Oui, j'ai ramené Zeleph avec moi." commenta simplement Mezhelan en indiquant de son pouce, l'homme dans son dos.

L'homme en question regarda Soren et lui fit un signe de main hésitant en guise de salutations.

"Je ne comprends pas…" fit ce dernier sans cacher sa confusion.

"Zeleph, voici Soren, mon guide." présenta naturellement Mezhelan, avant de préciser dans l'autre sens : "Cette affaire était plus compliquée qu'il n'y paraît. Tu ne touches Zeleph sous aucun prétexte, Soren, et fais en sorte qu'Ébène ne le fasse pas non plus, ni personne d'autre, d'accord ?"

"Compris." accepta le guide en regardant Zeleph avec curiosité.

Les pupilles rivées sur son objectif, Mezhelan prit la tête du groupe tandis que Soren suivait d'un pas plus mesuré, Ébène sur ses talons. Le regard du guide oscillait entre son camarade et Zeleph, qui traînait en retrait derrière, jetant des coups d'œil prudents autour de lui.

Le maudit s'attendait à tout moment à voir des visages hostiles surgir des maisons. Il n'avait pas remis les pieds ici depuis l'incident, et la simple idée d'affronter le regard des habitants lui donnait envie de tourner les talons.

Le premier à briser le silence qui s'était installé fut Soren : "Vous comptez m'expliquer ce qui se passe, ou je dois deviner ?"

Mezhelan ne ralentit pas, mais répondit d'un ton calme et assuré : "Zeleph n'est pas coupable. Ce n'est pas lui qui a causé la mort de Philomène, ni celles qui ont suivi. Il est simplement victime d'une malédiction qui ne vient pas de lui."

Soren arqua un sourcil : "Une malédiction ?"

"Une magie incontrôlée. Résultat : tout ce qu'il touche meurt ou pourrit." expliqua-t-il.

Zeleph garda la tête baissée à ces mots.

D'un air pensif, Soren se frotta la nuque : "Et vous, vous pensez que c'est le père de la mariée, c'est ça ?"

Mezhelan acquiesça : "Maixent Fulbert était contre ce mariage et n'a jamais approuvé Zeleph : c'est le principal suspect. Peut-être qu'au moment où il a donné sa bénédiction, il l'a fait à contrecœur."

Le guide ne cacha pas son scepticisme. "C'est un peu rapide comme conclusion, vous ne croyez pas ?"

"C'est la seule piste concrète que j'ai. Je veux le voir. S'il est innocent, je le saurai immédiatement. Honnêtement, dès l'instant où il a ouvert sa porte, je l'ai trouvé étrange…" confia le mage.

Un vieillard, qui rassemblait du bois dans un vieux hangar en bois ballant, s'immobilisa en apercevant Zeleph parmi eux. Ses mains tremblantes resserrèrent leur prise sur le fagot et il marmonna quelque chose entre ses dents, comme une prière.

Soren poussa un soupir en répondant : "C'est vrai… cette première impression n'était pas joyeuse. Mais vous savez ce que j'ai compris après avoir entendu son histoire ? C'est qu'il est en plein deuil. Il pleure sa fille. Et si vous débarquez pour l'accuser, qui plus est avec celui qu'il considère comme responsable, ça risque de ne pas bien se passer."

Une jeune femme, sur la route devant chez Maixent, blêmit et fit précipitamment demi-tour, courant se réfugier chez elle avant de claquer la porte.

"Je n'ai pas besoin d'accuser. Je dois juste le toucher." rétorqua le jeune homme en ignorant les réactions des habitants.

Mais le regard de Zeleph, lui, s'assombrit. Il s'y était préparé, bien sûr, mais cela ne rendait pas l'épreuve plus facile à encaisser.

"Quelle ambiance…" remarqua Soren.

Le garçon contourna les chevaux toujours accrochés à la clôture de la maison de Maixent, puis s'approcha de la porte, ses iris accrochés à la croix du cycle perpétuel. Tout paraissait… très calme.

"Ça ne va pas être une conversation agréable." commenta le guide en le regardant toquer.

"Je ne suis pas venu ici pour être agréable." trancha Mezhelan sans hésiter.

Après quelques instants d'attente, il n'avait eu aucune réponse.

Le magicien toqua une deuxième fois un peu plus fort. Toujours rien. Il déclara finalement : "Il ne répond pas."

"Ouais, on avait remarqué." lança Soren avec sarcasme.

Mezhelan se tourna vers eux pour dire d'un ton suspicieux : "Il savait que je reviendrais. Pourquoi il n'est pas chez lui ?"

Zeleph, resté près de la clôture, hésita à s'approcher et à prendre la parole : "Il est peut-être… ailleurs dans le village ?"

Visiblement pas convaincu, le jeune homme resta silencieux. Il tendit la main vers la poignée et tenta de tirer la porte. Verrouillée. Il posa ensuite sa paume contre le bois en fermant les yeux plusieurs longues secondes. Son souffle ralentit imperceptiblement. Puis ses doigts glissèrent légèrement contre le bois rugueux, comme s'il cherchait à capter une sensation invisible aux autres.

Zeleph échangea un regard incertain avec Soren. Le garçon ne bougeait plus. Était-il simplement en train de réfléchir, ou était-ce autre chose ?

Lorsqu'il rouvrit les yeux, son expression avait changé. Ce n'était plus de la suspicion, mais une certitude.

Le guide le remarqua et plissa les yeux : "Qu'est-ce qu'il y a ?"

Mezhelan retira lentement la main en observant la porte, comme s'il venait de percevoir une anomalie. Il ouvrit la bouche, mais se ravisa, hésitant.

Ébène aboya alors contre la porte.

Et tout à coup, un bruit feutré résonna de l'autre côté. Zeleph écarquilla légèrement les yeux. Il ne rêvait pas, n'est-ce pas ? Le battant venait de trembler légèrement. Comme si quelqu'un, à l'intérieur, s'était soudainement éloigné.

Soren se redressa, aux aguets.

Le mage, quant à lui, observait le bois d'un air grave. Il finit par déclarer d'une voix basse, mais tranchante comme une lame : "Il est là."

Prochainement : Soren

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