14. Première mission - Partie 8
Soren observa Mezhelan, toujours parfaitement immobile, glisser lentement sa main le long de la porte avant de la retirer. Son expression était toujours sérieuse, mais moins dure qu'il y a quelques instants.
Le jeune homme se tourna et son regard balaya ses compagnons en laissant échapper un soupir : "Je pense… que je me suis trompé." annonça-t-il d'une voix mesurée.
Soren redressa un sourcil : "C'est une première." fit-il d'un ton faussement léger.
Zeleph, quant à lui, tressaillit légèrement. Il leva enfin le menton pour le regarder plus franchement : "Vous voulez dire… que ce n'est pas lui ?"
Le guide interrogea également : "Qu'est-ce qui vous fait dire ça maintenant ? Vous aviez l'air assez sûr de vous, il y a un instant."
Le magicien s'expliqua : "J'ai senti l'énergie du vent le contourner derrière la porte… Et si le flux du monde l'évite, alors il n'a jamais été un canal. Quand une personne est éveillée à la magie, même inconsciemment, l'énergie circule en elle. Ça ne veut pas dire qu'elle sait l'utiliser, mais qu'elle la canalise malgré elle. Il n'a donc pas pu maudire qui que ce soit." Il croisa les bras, observant la porte close devant lui.
"Mais alors… pourquoi il réagit comme ça ?" souffla Zeleph.
"Parce qu'il te hait." répondit Soren sans ambages.
L'homme serra les mâchoires avant de réagir : "À ce point… hein ?"
"T'as pris sa fille et elle est morte. Peu importe les circonstances, t'es le seul sur qui il peut jeter la pierre." répliqua le guide avec un pragmatisme désarmant. Il n'avait pas envie de tourner autour du pot. C'était une vérité brutale, mais il valait mieux que Zeleph l'entende clairement.
Le regard toujours fixé sur la porte, Mezhelan acquiesça lentement : "Ça ne change rien. J'ai besoin de lui parler." Il frappa à nouveau, plus fermement cette fois : "Maixent Fulbert. Ouvrez-moi !"
Soren devina la suite : Rien.
Mezhelan inspira profondément : "Je sais que vous êtes là. Vous ne voudriez pas que je détruise votre porte ?"
Toujours rien.
Le guide souffla et roula des yeux : "Ça va pas être simple." remarqua-t-il avant d'ajouter d'un ton réprobateur : "Mais vous allez quand même pas défoncer sa porte ? C'est une belle porte."
Son interlocuteur ne bougea pas, prenant une profonde inspiration. Il adoucit légèrement sa voix pour tenter une autre méthode : "Je comprends que vous ne vouliez pas voir Zeleph. Mais il n'a rien à voir avec ça."
Toujours pas de réponse.
Soren plissa les yeux : Mezhelan était tendu. C'était à peine perceptible, mais il vit ses doigts bouger légèrement. Il comprit qu'il songeait sérieusement à forcer l'entrée. Il se rapprocha pour lui chuchoter : "Je peux essayer ? Il m'ouvrira peut-être plus facilement qu'à toi."
Le jeune homme hésita une seconde, avant de lui céder la place.
Le guide avança et s'adossa pratiquement à la porte : "Monsieur Fulbert, c'est Soren."
Un instant de flottement.
"Je sais que c'est difficile. Et je vous promets que le mage ne va rien faire à votre porte." assura-t-il en lui jetant un regard en biais pour s'assurer qu'il comprenait le message : "Je vous en prie, ouvrez-nous. C'est important qu'on discute de ce qui se passe. Zeleph est ici parce qu'il cherche la vérité, lui aussi. S'il est innocent, vous devriez le savoir, non ?"
Soren entendit un frottement léger. Un bruit feutré. Quelqu'un hésitait. Ça marchait.
Puis, lentement, le verrou tourna dans un grincement, et la porte s'ouvrit finalement sur Maixent. L'homme leur faisait face, les traits creusés, la mine défaitiste et des cernes sombres sous les yeux. Mais ce fut surtout son regard, enfoncé dans ses orbites, qui frappa le guide. Ce n'était pas simplement un père en deuil. Il était en colère. Son regard passa immédiatement au-delà de ses épaules pour se fixer sur le maudit.
"Pourquoi il est là ?" questionna-t-il d'une voix rauque : "N'aviez-vous pas dit que vous l'élimineriez ?"
"Je ne me souviens pas avoir affirmé cela, j'ai uniquement dit que je m'en occuperai." répliqua Mezhelan en faisant un pas en avant.
Maixent ne bougea pas : "C'est lui qui aurait dû mourir. Pas ma fille." cracha-t-il.
Soren sentit Zeleph se crisper derrière eux comme si les mots l'avaient frappé de plein fouet. Il encaissait. En silence.
Le mage, en revanche, n'avait même pas cillé. Il planta son regard dans celui de Monsieur Fulbert et, d'une voix aussi ferme que tranchante, remarqua : "Si vous voulez qu'elle repose en paix, soyez ouvert à la discussion."
"Vous ne savez rien, sinon vous ne seriez jamais venu à ma porte avec lui !" cria Maixent sans prévenir.
"Je sais que vous ne vouliez pas de ce mariage. Vous avez donné votre bénédiction et vous vous en voulez. Je comprends pourquoi vous réagissez ainsi : vous ne pouvez pas accepter de le voir vivant, alors que Philomène, elle, est morte. Mais il n'en porte aucune responsabilité." expliqua le jeune homme, patient.
"Et vous l'avez cru !? Il vous a menti ! Il a prétendu vouloir l'épouser et elle l'a cru aussi, la pauvre sotte ! Regardez où elle est maintenant…" accusa Maixent de façon plutôt désespérée.
Mezhelan rétorqua calmement : "Zeleph n'a pas eu besoin de me mentir : il est victime d'une malédiction que j'ai pu constater moi-même. Tout ce qu'il touche meurt, et il n'en est pas à l'origine, j'en suis formel. Ce que je veux découvrir maintenant, c'est qui l'est réellement ?"
Un silence s'installa après sa déclaration.
Monsieur Fulbert resta figé sur place. Son souffle sembla se couper un instant, et son visage, crispé par la colère, perdit un peu de sa rigidité. Il ouvrit la bouche… puis la referma. Ses mains, jusque-là contractées sur l'encadrement de la porte, tremblèrent imperceptiblement : "Non…" souffla-t-il finalement, presque à lui-même. Son regard sombre se perdit quelque part entre ses pieds et le vide.
Mezhelan ne le lâcha pas des yeux, mais ses mots se firent plus mesurés : "Monsieur Fulbert, s'il vous plaît, donnez-moi votre main." sollicita-t-il en tendant la sienne.
Maixent releva brusquement le regard, comme si on venait de lui demander l'impensable : "Quoi ?" lâcha-t-il, méfiant, son instinct de repli refaisant aussitôt surface : "Qu'est-ce que vous voulez me faire ?" Il serra instinctivement sa main droite contre son torse, comme si le simple fait qu'on la lui réclame représentait une menace.
Soren leva les paumes, tentant d'apaiser la tension : "Rien qui puisse vous faire du mal. Vous avez ma parole."
Le regard naviguant entre le guide et le mage, Maixent serra les dents : "Et pourquoi je devrais vous faire confiance ?"
"Vous n'avez pas vraiment de raison de nous faire confiance, je le sais fort bien. Mais écoutez… vous voulez la vérité, non ?" commença Soren.
Monsieur Fulbert ne réagit pas tout de suite, son regard s'arrêta sur Mezhelan comme s'il cherchait à déceler un piège.
"Si c'est le cas…" reprit-t-il avec calme : "...laissez-le faire. Vous avez perdu votre fille. Vous méritez de savoir ce qui s'est vraiment passé."
Toujours méfiant, Maixent pinça les lèvres : "Et s'il voulait me faire quelque chose ?"
Mezhelan ne bougea pas d'un pouce et son expression resta impassible malgré ce qu'il entendait.
'Heureusement que je suis là pour tempérer les choses…' songea Soren, parce qu'il était évident que ce n'était pas Zeleph qui aurait pu le faire à leur place : "Vous pensez vraiment qu'il aurait besoin de votre accord pour ça ? Il a toute autorité : il est le Mage du roi, et je l'ai vu invoquer le vent et le feu. Je n'avais jamais rien vu d'aussi effrayant jusque-là. S'il vous voulait du mal, il ne prendrait pas la peine de demander."
Maixent ravala sa salive, visiblement entre le choc de ce qu'il avait entendu et l'agacement de cet argument qu'il ne pouvait réfuter.
Le maudit, quant à lui, ouvrit des yeux ronds à ce qu'il venait d'entendre.
Un nouveau silence s'installa puis, les épaules du père éploré s'affaissèrent légèrement lorsque ses doigts desserrèrent à contrecœur leur prise sur l'encadrement, afin de se tendre lentement vers son compagnon de route.
Le contact fut extrêmement bref, le temps d'une confirmation. Le magicien lâcha la main de l'homme et son verdict tomba, simple et sans appel : "Il n'a effectivement rien à voir avec la malédiction."
"Évidemment… !" déclara le père en deuil, non sans une dose de soulagement perceptible.
"Bon, et on fait quoi maintenant ?" interrogea Soren.
"On trouve le vrai responsable." dit simplement Mezhelan : "Monsieur Fulbert, avez-vous connaissance d'une personne qui désapprouvait ce mariage ? Une personne qui avait du ressentiment pour votre fille ou pour Zeleph ?"
Maixent plissa les yeux, sa mâchoire se crispant : "Vous croyez que je vais vous donner le nom d'un voisin, au hasard ?" s'agaça-t-il.
"Je cherche des pistes. Il n'est pas question d'accuser à tort." assura le jeune homme.
Le guide ajouta, plus doucement : "S'il vous plaît Monsieur Fulbert, essayez de coopérer."
Ce dernier riva son regard sur Zeleph. Son hostilité envers lui ne s'était pas dissipée, mais quelque chose dans son expression se fissura légèrement. Il soupira enfin, d'une voix grave : "Je suppose que certains ne comprenaient pas ce que ma fille lui trouvait. Peut-être qu'ils murmuraient dans son dos. Mais est-ce vraiment étonnant ? Zeleph n'était pas du village."
"Des noms ?" insista Mezhelan.
L'homme hésita, puis haussa vaguement les épaules : "Si vous voulez des commérages, allez voir Mirella. Cette vieille pie entend tout."
Soren se sentit amusé.
Mezhelan, lui, ne perdit pas de temps : "Où habite-t-elle ?"
"Sur le chemin du lavoir." indiqua-t-il en pointant la direction du doigt : "Sa maison est bordée de tulipes."
Sans un mot de plus, le mage hocha la tête et tourna les talons : "Allons-y."
Monsieur Fulbert les regarda partir sans un mot.
Le petit groupe s'éloigna de sa maison et, comme prévu, les habitants qu'ils croisèrent continuaient de jeter des regards furtifs depuis qu'ils avaient observé leur retour. Certains s'écartaient de leur passage, d'autres feignaient l'indifférence.
Sur les talons de Mezhelan, Soren jeta un regard sur l'air abattu de Zeleph. Ce dernier gardait la tête basse, évitant soigneusement de croiser les yeux des villageois. Il hésita puis s'enquit finalement : "Ça va… ?"
L'homme sembla surpris et se tourna vers le guide pour répondre : "Ça vous intéresse réellement ?"
"J'ai pas le droit ? T'as une mine affreuse, même si c'est mieux que ce à quoi je m'attendais." répondit Soren avec un regard et un sourire en coin, tandis qu'il rattrapait tout à coup le collier d'Ébène.
Zeleph avait également fait un pas de côté pour s'éloigner de l'animal : "Qu'est-ce que vous voulez dire ?" demanda-t-il en levant un sourcil.
Soren accentua sa plaisanterie : "Bah… tout le monde parlait d'un monstre. Moi j'te trouve plutôt charmant, comme monstre."
Un sourire fugace passa sur le visage du maudit : "Ah ouais ? J'vous plais ?"
Le guide éclata de rire. Puis, dans son amusement, il percuta soudainement le dos de Mezhelan qui s'était arrêté : "Mais… ?!"
Le mage le regardait avec une curiosité nouvelle : "Avec les hommes, aussi ?"
"Hein ?" réagit Soren. Ils se fixèrent dans le blanc des yeux un bon moment, puis il se trouva obligé de clarifier : "Non ! C'était de l'humour. Et de ce que j'en ai vu, c'est vraiment pas ton point fort… !" Il en avait même oublié de continuer à le vouvoyer devant Zeleph.
Et ce dernier équarquilla les yeux, visiblement surpris par la familiarité soudaine entre les deux.
"Tu as raison… ce n'est pas mon fort. Je n'avais pas saisi la plaisanterie." admit spontanément le jeune homme d'un ton sincère : "Les relations humaines, c'est complexe, et c'est quelque chose que j'expérimente encore. Toi, en revanche, tu es naturellement doué pour ça. Tu as été un bon médiateur avec Maixent, et j'en déduis que tu essayais de remonter le moral de Zeleph à l'instant, c'est bien ça ?"
"Peut-être bien, mais si tu le dis à voix haute, ça perd tout son charme !" rétorqua Soren en indiquant l'homme pour dire : "Tu trouves qu'il a l'air heureux, là ?"
Mezhelan l'observa attentivement, comme si la question nécessitait une analyse approfondie : "Je dirais plutôt que la perplexité domine en ce moment."
Le guide se tourna vers Zeleph en admettant : "Ouais, c'est pas faux."
Le sujet de la conversation était planté sur place : "Euh…" faisait-il, cherchant visiblement à remettre de l'ordre dans ses pensées : "Non, en fait, je ne sais même pas quoi dire…"
"Y'a rien à dire, désolé pour ça… c'est pas très poli pour toi." s'excusa Soren en dépassant le magicien pour reprendre la route.
Mezhelan inclina légèrement la tête en guise d'excuse avant de lui emboîter le pas.
"Vous… paraissez plutôt proches." remarqua le maudit dans leur dos.
"J'aime bien Soren." confirma le jeune homme avec une sincérité spontanée.
Le guide se tourna vers Zeleph avec un sourire éclatant : "Il a succombé à mes charmes. Et compter un mage royal parmi mes conquêtes, c'est plutôt classe." plaisanta-t-il une nouvelle fois.
"J'espère que c'est de l'humour." souffla le principal concerné avec un sourire discret.
Soren se mit à ricaner tout seul, visiblement fier de lui.
Après plusieurs longues minutes de marche, Mezhelan ralentit et désigna quelque chose du doigt : "Des tulipes."
Haussant un sourcil, le guide regarda dans la direction indiquée. Une maison modeste, à peine plus grande qu'une cabane de bois, avec un jardin regorgeant de plantes et fleurs aux couleurs vives : "C'est des tulipes, ça ?" interrogea-t-il en arrondissant les yeux malgré lui.
Le mage se tourna lentement pour le dévisager : "Tu ne sais pas ça ?"
Il secoua la tête en réponse : "Bah non, j'y connais rien en fleurs. Comment tu le sais, toi ? Y'a des tulipes au château ?"
Mezhelan répondit, surpris : "Pas que je sache. Je l'ai lu dans un livre. Mais ils apprennent quoi aux enfants dans les campagnes ?"
"J'ai appris à lire, écrire et compter et crois-moi, c'est déjà un privilège pour un roturier ! Ils en ont rien à foutre du nom des fleurs !" s'exclama Soren en levant les yeux au ciel.
"Cesse d'être grossier." s'agaça le jeune homme.
"Ouais ouais…" marmonna-t-il, lui passant devant pour toquer à la porte. Du coin de l'œil, il vit qu'une vieille femme les observait déjà par la fenêtre.
Elle disparut pour réapparaitre à sa porte, qui s'entrebailla sur son œil vif, une écharpe de laine passée sur ses épaules.
Soren accompagna son "Bonjour !" d'un sourire courtois.
Mirella les détailla longuement avant de froncer le nez en repérant le médaillon de Mezhelan : "Vous êtes le mage…" Son regard s'arrêta ensuite plus longuement sur Zeleph tandis qu'elle se pinçait les lèvres : "Et lui, c'est le monstre, hein ?"
L'intéressé ne broncha pas, mais détourna légèrement les yeux.
Totalement ignoré, Soren conserva quand même son sourire pour intervenir : "On aimerait simplement vous poser quelques questions, Mirella. On cherche des réponses, et vous êtes connue pour savoir beaucoup de choses."
"Sur quoi ?" répliqua-t-elle immédiatement.
"Sur Philomène Fulbert." dit Mezhelan sans détour.
L'expression de l'ancienne se durcit tandis qu'elle plissait les yeux. Elle s'adossa à l'encadrement de la porte, croisant les bras : "Et pourquoi je vous aiderais, hein ? Je vois pas pourquoi j'irai perdre mon temps pour un meurtrier et ses complices." Son regard s'était de nouveau ancré sur Zeleph.
"Il n'a tué personne." assura le magicien.
"Vous voulez m'faire croire qu'il est innocent ? Que ce qu'on raconte, c'est des sornettes ?" lança-t-elle avec suspicion.
"On veut simplement découvrir ce qui s'est réellement passé. Si vous tenez à la mémoire de cette jeune femme, vous voudrez nous écouter." parlementa Soren.
Un silence tendu s'installa. Mirella hésitait. Puis, après une longue inspiration, elle ouvrit un peu plus sa porte : "Qu'est-ce que vous voulez savoir ?"
Mezhelan ne perdit pas de temps : "Qui, à Millepins, aurait pu désapprouver le mariage de Philomène et Zeleph ?"
La vieille femme réfléchit un instant, son regard se perdant dans le vide : "Oh, y'avait bien des bavardages. Les gens disaient que c'était pas une bonne idée, que c'était trop rapide, que c'était mal avisé d'amener du sang étranger ici… Mais vous savez comment sont les gens, ils parlent beaucoup mais ne font pas grand-chose…" Puis, ses prunelles s'éclairèrent légèrement, comme si elle venait de se souvenir de quelque chose : "Cela dit… il y avait cette petite, là : Astrid."
Le maudit tressaillit presque imperceptiblement.
Soren haussa les sourcils : "Astrid ? C'est qui ?"
"Une femme du village. Elle avait toujours un œil sur lui." raconta Mirella en désignant Zeleph d'un mouvement de menton : "Elle le regardait comme si elle espérait quelque chose. Mais elle n'a jamais rien dit, du moins pas en public. Juste des regards… Un jour, quand je l'ai interrogée, elle m'a souri et assuré que je me faisais des idées. Mais à mon âge, on sait reconnaître ce genre de choses."
Un nouveau silence s'installa et les pupilles de Mezhelan se tournèrent vers Zeleph.
Ce dernier secoua légèrement la tête comme s'il refusait de croire en cette possibilité : "C'est absurde… Je n'ai parlé à Astrid qu'une ou deux fois…"
"Oh, ça se voyait pourtant comme le nez au milieu de la figure." poursuivit l'ancienne en expliquant : "Elle le regardait comme si le soleil se levait dans ses yeux, et ce benêt ne s'en est jamais rendu compte."
"Peut-être que quelque chose t'a échappé ?" hasarda le guide d'un ton plus conciliant.
Le maudit ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit.
Le jeune homme reporta son attention sur Mirella : "Vous pensez donc qu'elle désapprouvait leur union ?" voulut-il confirmer.
Elle réfléchit un instant : "C'est même certain… et je la trouve changée depuis. Elle parait plus… distante."
Mezhelan hocha lentement la tête : "Merci, Mirella. Vous nous avez beaucoup aidés."
La vieille femme fit un vague mouvement de tête, comme si elle-même n'était pas convaincue d'avoir fait quelque chose d'utile. Son regard, cependant, restait méfiant et glissait sans cesse vers Zeleph, comme si elle s'attendait à ce qu'il fasse quelque chose d'inquiétant.
À côté de lui, Mezhelan observait attentivement ses réactions. Avant que l'ancienne ne referme complètement la porte, il leva doucement la main : "Une dernière chose."
Mirella s'arrêta et arqua un sourcil avec méfiance : "Quoi encore ?"
Le mage s'approcha légèrement, mais sans brusquerie : "J'aimerais vous remercier pour votre aide." Il présenta alors sa main vers elle.
Cette dernière avait l'air de plus en plus suspicieuse : "Depuis quand on remercie avec des poignées de main ? Vous allez pas essayer de me jeter un sort, hein ?"
Soren leva un sourcil. Qu'avaient-ils tous avec cette peur irrationnelle ?
Mezhelan ne sourcilla pas : "Si j'avais voulu vous jeter un sort, croyez-moi, vous ne m'auriez pas vu lever la main."
Le guide étouffa un petit rire, amusé par sa répartie.
La vieille femme, toujours méfiante, les observa tour à tour, avant de finalement pousser un soupir entre exaspération et résignation : "Pfff… j'sais pas pourquoi je perds mon temps avec vous…" Elle tendit sa main avec lenteur, et le jeune mage s'en saisit brièvement.
Le contact fut rapide, presque anodin, mais Soren savait que son compagnon de route obtenait là toutes les réponses qu'il cherchait : "Merci encore." conclut-il.
Vu sa réaction, Mirella n'était assurément qu'une comère méfiante et superstitieuse. Elle marmonna un vague grognement en guise de réponse avant de leur fermer la porte au nez.
Soren souffla un rire : "Charmante."
Mezhelan demanda soudain avec sérieux : "Avec les vieilles dames également ?"
Le guide le dévisagea, interloqué. Vraiment… ? Il se posait vraiment la question ?
Le mage l'observa un instant, comme s'il évaluait sa réaction : "C'était de l'humour. J'expérimente." lâcha-t-il.
Soren passa la main devant ses yeux, momentanément à court de mots bien que ses lèvres se retroussèrent. Il devait reconnaitre qu'il ne s'attendait pas à ce qu'il tente de le charrier, mais ce n'était pas pour lui déplaire. En revanche, ça allait être difficile de distinguer les blagues sur son visage stoïque. Il retrouva la parole tandis que le bout de son doigt pointait tantôt sa bouche, tantôt le reste de son visage : "Tu sais que ton expression ne suit pas tes blagues ?"
À la grande surprise du guide, Mezhelan eut du mal à contenir un léger gloussement amusé en le voyant faire, mais se tourna déjà vers Zeleph pour retrouver un calme exemplaire : "Allons voir cette Astrid."
Soren ne savait pas ce qui le surprenait le plus : sa blague ou le fait qu'il s'en amuse si ouvertement.
Le pauvre maudit, qui avait gardé le silence jusque-là, déglutit légèrement. Il semblait encore sous le choc de la révélation : "Ça pourrait vraiment être elle… ? Je veux dire, si elle a des sentiments pour moi… comment et pourquoi elle m'aurait maudit ?"
Mezhelan ne répondit pas immédiatement : "Pour l'instant, ça reste une piste. Tu sais où elle habite ?"
"Oui... C'est la première maison en arrivant par le sud. Une mère célibataire."
Le guide ne réfléchit qu'un instant avant d'interroger : "Elle est rousse ?"
"Oui." confirma l'homme.
"C'est la femme qui nous a indiqué la route à notre arrivée." réalisa Soren.
Le magicien pivota dans la direction de la maison de Maixent, devant laquelle ils allaient devoir repasser pour rejoindre celle d'Astrid.
Et le groupe ne manqua pas de le remarquer : au fil des pas, les regards se faisaient plus insistants. Leur présence ainsi que leur petit enquête commençait à être remarquée.
Marchant à côté de Mezhelan, le guile souffla discrètement : "On attire de plus en plus l'attention."
"Ce n'était qu'une question de temps." répliqua le mage sans ralentir le pas, observant le rassemblement devant la maison de Monsieur Fulbert.
Prochainement : Mezhelan
Annotations