15. Première mission - Partie 9

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Le bouche-à-oreille allait bon train dans la petite bourgade. Les habitants étaient allés interroger Maixent aussitôt qu'ils avaient vu le groupe quitter sa maison. Et tandis que les trois hommes revenaient, ces gens jetaient des regards haineux en direction du monstre. Certains serrèrent les poings, d'autres se mirent à chuchoter des insultes à peine audibles.

"Bonjour." lança Mezhelan d'un ton neutre, bien loin d'être impressionné.

L'appréhension se lisait sur les traits de Zeleph alors qu'il observait la confrontation qui s'engageait entre le magicien et les villageois. Son regard semblait chercher malgré lui un signe d'acceptation ou de compréhension dans cette mer de visages hostiles.

"Que cherchez-vous à faire ?! C'est un tueur !"

"Le monstre les a eus, eux aussi !"

Un homme leva même une pierre pour la lancer sur Zeleph, son visage tordu par la colère et la peur.

La roche fendit l'air, rapide, violente. Mais elle ne toucha jamais sa cible. Elle changea brusquement de trajectoire, comme happée par une force invisible, et atterrit dans la paume tendue de Mezhelan.

Un vent glacé se leva, brutalement : "Le prochain qui fait quelque chose de stupide aura affaire à moi… Je suis le Mage de Sa Majesté le roi Vardan al'Cynan, et toute agression envers quelqu'un sous ma protection sera synonyme de conséquences." mit en garde Mezhelan d'une voix distincte et menaçante : "Que personne ne s'approche de lui." ordonna-t-il, ouvrant les paumes pour créer une bourrasque, semblable à un mur, qui frappa la foule de plein fouet, les forçant à reculer.

Un silence de mort s'abattit sur place, et tous les regards, choqués, étaient braqués sur Mezhelan.

Ce dernier restait droit, l'expression impassible, laissant son autorité imprégner les lieux. Il le percevait clairement. Là où, quelques instants plus tôt, c'était Zeleph qui incarnait la crainte et la haine des villageois, c'était désormais lui qu'on observait avec méfiance. Des visages tendus, des lèvres pincées, des corps légèrement reculés, comme si tous prenaient conscience, en cet instant, du pouvoir qu'il détenait. C'était un retournement saisissant.

Le mage laissa son regard balayer la foule, analysant la manière dont ils se recroquevillaient sous la menace implicite qu'il représentait. Ce n'était pas la première fois qu'on le regardait avec cette crainte. Ce ne serait sûrement pas la dernière.

À ses côtés, Soren ne bougeait pas, mais quelque chose dans sa posture trahissait une légère tension. Il ne le regardait pas avec effroi… mais avec un choc manifeste.

Mezhelan s'autorisa une inspiration lente, puis sa voix s'éleva, aussi calme qu'implacable : "Laissez-moi éclaircir la situation : Zeleph est simplement victime d'une malédiction, il n'a jamais souhaité la mort de Philomène, ni des deux autres hommes. Mon but maintenant, c'est de trouver la personne qui l'a maudit. La magie est quelque chose de complexe, qui peut vite échapper au contrôle d'une personne ne sachant pas s'en servir, encore plus quand cette personne n'a pas conscience de ce dont elle est capable."

Cette déclaration résonnait presque dans les bois, créant une symphonie discordante de peur, de colère et de désespoir lorsque chaque personne présente se confrontait à la vérité dérangeante.

"Et vous, vous avez condamné Zeleph sans chercher à comprendre..." conclut le jeune homme d'un ton plus conciliant.

"Êtes-vous en train de dire… que c'est quelqu'un d'autre, l'assassin… ?" questionna une voix angoissée.

"Il est possible qu'il n'y ait pas de vrai coupable à cette tragédie." déclara Mezhelan quand, soudain, un mouvement attira son attention.

Soren venait de lever légèrement la main, comme pour capter discrètement son attention.

Mezhelan plissa légèrement les yeux et suivit l'orientation de son regard : Astrid.

Elle était là. C'était bien cette femme qu'ils avaient croisée en arrivant, celle qui les avait renseignés sur le chemin… Elle se tenait dans la foule, figée sur place. Elle ne pleurait pas. Elle ne criait pas. Elle était tétanisée.

Le magicien prit soudainement sa direction d'un pas lent, alors que les gens s'écartaient à son passage.

Et plus il avançait, plus elle reculait.

Il appela d'une voix ni sévère, ni menaçante : "Astrid."

Pourtant, la femme pâlit. Il la vit jeter un regard nerveux à son entourage, comme une bête traquée.

"Tu as peur." déclara-t-il : "Pourquoi ?"

Puis, comme si elle réalisait qu'elle ne pouvait pas s'échapper, elle murmura, d'une voix blanche : "Je… je n'ai rien fait."

Le regard du mage ne la quitta pas : "Pourquoi es-tu si nerveuse, alors ?"

Astrid déglutit : "Vous… vous me faites peur… !"

Mezhelan se stoppa devant elle, le regard pesant. Puis, lentement, il leva la main.

La femme tressaillit violemment, croyant peut-être qu'il allait la frapper ou user de son pouvoir sur elle.

Mais il se contenta de tendre ses doigts, paume ouverte : "Donne-moi ta main."

Astrid secoua la tête avec horreur : "Pourquoi ? Que voulez-vous me faire ?"

"J'ai quelque chose à vérifier." rétorqua-t-il. Il commençait à être lassé par toutes ces récalcitrances futiles, il se saisit donc de son poignet sans lui laisser le temps de reculer davantage. Et lorsqu'il sentit le flot d'énergie qui circulait dans son corps, il confirma sans détours : "C'est toi."

"Je-Je…" bégaya la femme avec surprise.

"Comment ça, c'est elle ?" s'exclama une voix qu'il reconnut comme étant celle de Maixent.

L'instant d'après, la foule s'agita. Les murmures devinrent un grondement confus. Les regards convergèrent instantanément vers la femme.

"C'est elle qui a maudit Zeleph." précisa le jeune homme en plantant son regard dans celui de la femme pour questionner : "Quel est ton problème avec lui ?"

"Je… jure que je ne savais pas !" se défendit-elle immédiatement, comme si elle saisissait doucement ce qui se passait. Elle commençait même à trembler de désespoir, réalisant soudainement le poids de ses paroles innocentes devenues instruments de malheur.

"Ce n'était pas la question." rétorqua Mezhelan.

Elle éclata en sanglots : "Je… je l'aimais, mais il n'en avait que pour Philomène ! Et je l'ai détesté pour ça !"

Zeleph sembla estomaqué, et s'emporta pour la première fois : "Philo' n'y était pour rien, putain ! Et maintenant, elle est morte !"

Maixent fixa la scène, alors que les mots ne lui vinrent même pas.

"Je n'ai jamais souhaité sa mort, ni la mort de personne d'ailleurs… !" se défendit la femme, en parlant vers Zeleph : "J'espérais… que tu ne toucherais jamais personne d'autre que moi. Et après, j'ai appris qu'elle était morte… Qui aurait pu savoir que c'était mon vœu… qui s'était exaucé ?" poursuivit-elle en fondant en larmes, incapable de fuir le poids de ses responsabilités.

Le jeune mage la regarda quelques instants, puis la tira à travers la foule avec un visage de marbre : "Touche-la." dit-il devant le maudit.

Ce dernier recula instinctivement en rétorquant : "Non !"

Les mots de la femme, prononcés dans un élan de jalousie aveugle, avaient déclenché une tragédie qu'elle n'avait jamais envisagée. Mais le fait qu'elle ait détruit sa vie en le faisant demeurait, et pourtant Zeleph ne lui souhaitait toujours pas de mal : "Fais-moi confiance, touche-la." répéta-t-il.

L'homme fronça fortement les sourcils en soufflant : "Je ne veux pas qu'elle meure…"

"Je sais." assura simplement Mezhelan.

Zeleph regarda le poignet qu'il tenait dans sa direction, puis Astrid qui ne pouvait s'arrêter de pleurer, avant de finalement attraper sa main. Et il ne se passa rien du tout. Il fronça les sourcils un peu plus fort, pendant qu'une grande tristesse apparut sur son visage. C'était l'explication derrière une année de souffrance. Il la lâcha rapidement en demandant d'une voix hésitante : "Vous… allez faire quoi d'elle ?"

"Bonne question. Il n'y a pas énormément d'options. Pourrais-tu supporter ça potentiellement toute ta vie… ? Sans certitude qu'elle ne crée pas d'autres problèmes ?" interrogea Mezhelan.

"Non." répondit immédiatement le maudit : "J'n'en peux plus… Je veux repartir sur les routes, loin de tout ça… loin d'ici."

"Alors, soit elle meurt, soit je trouve un moyen de couper son énergie magique." énuméra Mezhelan.

Zeleph ne réfléchit pas longtemps avant de choisir : "Retirez-lui sa magie, plutôt."

"J'ai une fille, Monseigneur… elle a besoin de sa mère." implora Astrid en regardant le garçon, semblant craindre pour sa vie : "Je n'ai jamais souhaité la mort de personne… ! Je vous supplie de me croire et de m'épargner…"

Le magicien regarda la femme d'un air calme : "Si tu ne tiens pas à mourir, Astrid, tu devras m'obéir au doigt et à l'œil."

"Tout ce que vous voudrez…" acquiesça Astrid, sans beaucoup d'autres options.

Mezhelan se tourna vers Soren en questionnant : "Saurais-tu t'occuper d'une fillette ?"

Ce dernier ouvrit des yeux ronds en se pointant du doigt : "Euhh… Je suis guide, pas nourrice."

"Saurais-tu, oui ou non ?" insista Mezhelan.

"Bah hmmmm… je suppose. Une môme, ç'a juste besoin de manger, de dormir, et de se dépenser… Mais je ne suis pas payé pour ces conneries, moi." remarqua Soren avec réticence.

Le jeune homme se sentit amusé mais n'en montra rien : "Je te paierai davantage."

"D'accord, Maître, tout ce que vous voudrez." accepta presque aussitôt le guide avec un grand sourire.

Mezhelan secoua légèrement la tête, puis expliqua à Astrid ce qui allait suivre : "Soren va s'occuper de ta fille jusqu'à ce que tu libères Zeleph de son sort, on va donc passer ce temps tous les trois chez lui en attendant que tu y parviennes. Quand ce sera fait, toi et ta fille viendrez avec nous à la capitale, car ça risque d'être long avant que je ne trouve une solution concernant ta magie."

"Maître mage… ? Êtes-vous en train de dire que personne ne paiera pour la mort de ma Philomène… ?" intervint Maixent.

"J'en suis sincèrement navré, Monsieur Fulbert, mais ceci n'était finalement qu'un regrettable accident. Il n'y a personne à blâmer aujourd'hui." expliqua Mezhelan, en voyant le visage de ce père éploré qui se décomposait à vue d'œil.

"Mais… Si ! C'est Astrid et sa jalousie qui sont directement responsables, non ? Comment pouvez-vous dire que c'est un regrettable accident… ? Zeleph a tout subi à sa place depuis un an, alors que c'était à cause d'elle depuis le début !" s'emporta Maixent.

Mezhelan fixa l'homme d'un air calme, puis dit : "Parlons-en… Zeleph est indéniablement celui qui a le plus souffert de cette situation. Il a perdu un avenir avec une femme qu'il aimait, le jour de ses noces, simplement pour l'avoir touchée. Pouvez-vous imaginer ce qu'il a pu ressentir ? Ce que ça fait d'être traité de meurtrier et de monstre à cause de ça ? La culpabilité… ? Pourtant, il ne souhaite pas la mort d'Astrid. Et je respecterai cette volonté, Monsieur Fulbert, tout comme vous. Faites honneur à la personne que votre fille avait choisie."

Tout en l'écoutant, Maixent tomba lamentablement à genoux en pleurs.

Le jeune homme se tourna vers Zeleph : "Je suis navré de t'imposer la présence d'Astrid chez toi, mais ensuite, tu seras libre."

Mais l'homme s'inclina en avant : "Je ne pourrai jamais assez vous remercier d'avoir pris la peine de m'écouter, et de m'avoir cru sur parole…"

Mezhelan lui mit spontanément des petites tapes réconfortantes dans le dos en réponse.

Soren s'exclama avec choc : "Qu'est-ce que vous faites !? Vous aviez dit qu'il ne fallait surtout pas le toucher !"

Mezhelan se tourna vers lui en levant un sourcil : "Ce n'est pas cela qui aura raison de moi, Soren. Je ne vais pas mourir d'une petite malédiction alors que je suis le mage du roi."

"Pfff… Vous êtes incorrigible…" remarqua le guide.

À force de conseils et d'explications, il fallut pas moins de deux jours à Mezhelan avant qu'il ne parvienne à faire briser la malédiction par Astrid.

Elle échoua plus d'une fois, s'accrochant à ses doutes et son incrédulité, jusqu'à ce que le magicien l'oblige à affronter la vérité.

Astrid, fébrile, peinait beaucoup à croire qu'elle était à l'origine de tout ça, et encore plus qu'elle avait le pouvoir d'y mettre fin. Sa voix tremblait à chaque tentative, et son regard fuyait constamment celui du jeune homme : "Ça ne marche pas. Je… je ne peux pas…"

Mezhelan faisait preuve d'une patience inébranlable, mais ne tolérait aucun détour : "Bien sûr que si. Tu l'as créée sans t'en rendre compte, tu peux la dissiper en le décidant. Ce n'est qu'une question de volonté et de concentration."

La rupture, lorsqu'elle survint enfin, fut presque imperceptible. Pas d'éclat de lumière. Pas d'explosion. Mais Zeleph, lui, la ressentit immédiatement. Comme une chape de plomb qui se soulevait après une année d'oppression invisible. Son souffle se coupa un instant, avant qu'un éclat humide n'apparaisse dans ses yeux : "C'est fini ?" souffla-t-il.

Le mage prit sa main, avant de confirmer d'un hochement de tête.

"Merci…" lui dit-il. Son regard glissa une dernière fois sur Astrid, mais il n'eut aucune parole à lui adresser. L'ancien maudit pouvait enfin retrouver une vie normale et se détourna rapidement pour récupérer ses affaires. Aucune explosion de joie, aucune euphorie. Simplement un départ, sans se retourner. Avant de quitter Millepins, il céda néanmoins sa maison et tout ce qu'elle contenait à son ex-beau-père, comme pour clore définitivement ce chapitre.

Mezhelan, Soren, Astrid et sa fille Elaine prirent la direction de la capitale ensemble. Le guide, s'étant un peu rapproché de la fillette de huit ans, la prit avec lui sur son cheval, alors que le magicien partagea sa monture avec la mère. Ils s'arrêtèrent d'ailleurs pour profiter de l'hospitalité des habitants du hameau de l'incident du puits sur le retour. Mais après trois jours de voyage en tout, ils passèrent enfin les portes fortifiées de Dafan à la tombée de la nuit.

Elaine était impressionnée pour pas grand-chose et n'arrêtait pas de parler : "Soren ! C'est quoi cette tour ? Et pourquoi y'a des drapeaux partout ? Et pourquoi c'est si grand ?"

Le guide, qui la gardait sur son cheval, leva les yeux au ciel : "Parce que c'est la capitale. Et parce que c'est fait exprès."

"Fait exprès pour quoi ?"

"Pour faire parler les gamines qui posent trop de questions." assura l'homme.

Elaine fronça les sourcils, pas dupe. Mais elle rit.

La traversée de la cité, illuminée par le feu des torches, ne se fit donc pas en silence, mais le jeune mage apprécia cette ambiance. L'innocence de la fillette ne pouvait que mettre de bonne humeur, et Astrid coopérait en faisant son possible pour que tout se déroule sans accroc.

Après avoir laissé les chevaux et Ébène à l'écurie du château, le chef de la garde intercepta le magicien à l'entrée principale des jardins, afin de l'accueillir respectueusement : "Maître Mezhelan, Sa Majesté le roi m'a expressément demandé de vous accompagner dans la salle du trône lorsque vous serez revenu de votre mission. Je vous prie donc de me suivre…"

"C'est gentil, mais il est tard, le roi doit dormir…" remarqua Mezhelan avec surprise.

"Il a également donné des instructions dans ce cas de figure. Il tenait à ce qu'on le réveille." expliqua le capitaine.

"Entendu…" accepta-t-il en jetant un coup d'œil sur les trois personnes à ses côtés.

Arrivés dans l'immense salle du trône vide, ils attendirent une bonne vingtaine de minutes avant que le roi ne les rejoigne.

"Mezhelan." salua-t-il en lui souriant.

Elaine fut tout de suite intimidée et se cacha derrière sa mère, qui lui avait intimement ordonné de faire pareil qu'elle et de ne surtout pas parler.

Le mage posa aussitôt un genou au sol : "Votre Majesté, je suis ravi de vous revoir, mais je me sens désolé d'avoir interrompu votre sommeil en rentrant si tard…"

Le roi se mit à rire, puis jeta un coup d'œil sur les personnes qui accompagnaient son mage et qui venaient de se mettre à genoux à leur tour : "Relevez-vous." ordonna-t-il avant d'interroger : "Je reconnais ton guide, mais qui sont les deux autres ?"

Mezhelan se releva, ce qui donna le courage aux autres d'en faire autant, puis s'expliqua : "C'est… une longue histoire, Sire, mais il n'y avait pas de monstre à Millepins. Simplement un homme victime d'une malédiction. La femme qui m'accompagne en était à l'origine, elle ne maitrise pas sa magie et n'en avait même pas conscience… Quant à la fillette, c'est sa fille et elle ne pouvait être laissée sur place."

"Si elle ne contrôle pas sa magie et est dangereuse, tu n'avais pas besoin de l'amener avec toi." remarqua le roi d'un ton strict.

"Je veux l'aider." précisa calmement Mezhelan, malgré les avertissements de son souverain.

"Ton temps est précieux, et tu n'en as pas à consacrer à cette femme. Il était beaucoup plus simple de t'en débarrasser." reprocha-t-il.

Le jeune homme put entendre un sanglot de peur étouffé venant d'Elaine, dans son dos. Il déclara alors avec assurance : "Je ne sollicitais pas votre assentiment, mon roi."

Ce dernier en resta perplexe un instant, puis éclata de rire soudainement. Il vint ensuite poser la main sur l'épaule de son mage en interrogeant : "Que vas-tu faire, alors ?"

"Pour l'heure, j'ai besoin de dormir. Je vais prendre ces trois-là dans mes quartiers pour les prochains jours et resterai évidemment à votre entière disposition. Je trouverai un moyen de la couper de sa magie." expliqua Mezhelan.

"Bien…" accepta le souverain, avant de jeter un coup d'œil sur Soren : "Et qu'as-tu pensé de ton guide ?

"Il est parfait." assura-t-il simplement.

"Tu m'en vois ravi." dit le roi en faisant un signe de tête appréciateur destiné à Soren. Puis il posa de nouveau le regard sur le garçon : "Mes informateurs m'ont rapporté que tu avais fait sensation partout où tu étais passé. C'était du bon boulot."

"M'avez-vous fait surveiller ?" questionna calmement Mezhelan.

"J'étais naturellement inquiet pour toi et me suis tenu au courant des rumeurs." déclara le roi : "Je suis fier de toi, Mezhelan, alors fais comme tu l'entends." ajouta-t-il en regardant la femme derrière lui.

"Je vous remercie, Majesté." s'inclina le jeune homme en signe de reconnaissance et de respect. Puis, tandis qu'il était prêt à disposer, il se stoppa pour ajouter : "Si possible, j'aurais une question."

"Demande." encouragea le roi.

"Mon maît…" commença-t-il en s'interrompant pour se reprendre : "Avez-vous des nouvelles d'Engueran ?"

"Aucune, ce rat se terre. Mais il est sans doute déjà loin." affirma le souverain avec ressentiment.

"Je vois…" souffla le jeune homme d'un air songeur.

"Va donc te reposer, j'en ferai de même…" recommanda le roi, avant de quitter la salle du trône.

Mezhelan se retourna vers les personnes à ses côtés pour inviter : "Suivez-moi."

Dans les couloirs du château, Soren confia : "Putain, j'ai eu peur !"

"Ne jure pas. Et pourquoi ? C'était joué d'avance pour toi. Je m'inquiétais bien plus de sa réaction concernant Astrid." expliqua Mezhelan.

"Maman ne craint rien ?" interrogea timidement Elaine en tirant légèrement sur les vêtements du mage.

"Ça ira, j'en ai pris la responsabilité." rassura ce dernier en posant la main sur la tête de la fillette.

"Merci beaucoup…" articula Astrid avec reconnaissance.

Éclairé par la lueur vacillante d'une flamme dans le creux de sa main, Mezhelan guida ses compagnons à travers les sombres couloirs du château, tandis que leurs pas résonnaient dans le silence. Les menant de la majestueuse salle du trône, aux portes des quartiers plus discrets et secrets, réservés à la magie. Ses épaules se raidirent alors imperceptiblement, trahissant sa surprise face à la présence inattendue de plusieurs serviteurs dans ce lieu habituellement privé : "Que faites-vous là ?" questionna-t-il avec perplexité, en détaillant du regard l'attroupement essoufflé et nerveux devant ses portes.

Une vieille femme s'avança pour expliquer : "Votre prédécesseur avait explicitement demandé à ce qu'aucun serviteur n'entre dans les quartiers magiques, il ne voulait personne à son service. Mais durant votre absence, le roi a annoncé que des postes étaient de nouveau à pourvoir… Et voici les personnes qui se sont portées volontaires et ont été retenues."

Mezhelan se sentait heureux et étreignit spontanément la femme : "Nanie…" marmonna-t-il.

La vieille dame mit quelques tapes dans le dos du jeune homme avec émotion : "Allons, ce n'est pas l'attitude d'un Maître…" réprimanda-t-elle gentiment.

"Tu es comme une mère pour moi, je ne serais jamais ton maître…" déclara Mezhelan en s'écartant d'elle pour poursuivre vers les autres domestiques : "Et vous tous n'aviez pas besoin de venir en pleine nuit pour ça, même si j'apprécie l'intention… allez donc dormir."

La vieille femme argumenta : "Personne n'avait le droit d'entrer sans votre autorisation, mais j'imagine que vos invités auront besoin d'un endroit propre où dormir…"

Mezhelan jeta un coup d'œil sur les trois qui l'accompagnaient, et se frotta les yeux en concédant : "J'en conviens… alors ne faites que le minimum. Nous verrons le reste demain." Puis, il déverrouilla finalement les portes pour laisser tout ce beau monde entrer.

Dans la découverte de la vérité, le jeune mage ressentait le poids des événements qui venaient de se dérouler. Il n'était pas dupe : ce n'était qu'un sursis, une accalmie avant d'autres tempêtes. Pourtant, cette affaire était close. Pour Zeleph et pour Millepins. Mais pour lui ? Il n'en était pas certain. Des liens s'étaient tissés et des destins s'étaient croisés… Était-ce un simple hasard, ou le fil d'une prophétie qui s'étendait sous ses pas ? Il n'avait aucune certitude. Il expira lentement. Le voyage ne faisait que commencer ; un chapitre se fermait et déjà un autre s'imposait à lui.

Prochainement : Astrid

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