27. Mystères d'Iserlohn - Partie 7

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Johannes serra les dents, sentant l'épuisement gagner son corps, mais réfléchissant toujours à une solution. Et au plus le combat avançait, au moins la robe de leur ennemie la couvrait : 'Elle se régénère trop vite…' observa-t-il en voyant des blessures sur son thorax se refermer presque instantanément. Puisqu'il en avait fait l'expérience, il ne lui était pas difficile d'imaginer qu'une autre victime était à déplorer aujourd'hui.

Ses efforts incessants pour protéger Mezhelan commençaient à le ralentir, et chaque coup résonnait dans ses os comme un rappel brutal de leur situation désespérée. Il savait qu'ils ne tiendraient pas longtemps à ce rythme. La vampire était incroyablement puissante, et malgré leur détermination, ils semblaient incapables de la vaincre : "Si seulement elle pouvait arrêter de bouger !" cria-t-il d'une voix rauque au milieu de ce chaos.

"Oui… mais comment… ?" murmura Mezhelan, ses yeux suivant chacun de ses mouvements. Il se forçait à rester concentré, sachant que la moindre erreur pouvait être fatale.

Les attaques acharnées contre le mage montraient clairement que la créature lui en voulait particulièrement. Peut-être à cause de la tornade de feu de la veille, mais Johannes n'avait pas le luxe d'y réfléchir pour l'instant. Ils restaient complémentaires dans ce combat, mais il y avait une grande différence d'expérience entre eux. Le jeune homme commençait à paniquer, et c'était d'autant plus évident que ça dénotait considérablement avec son calme habituel.

Même s'il se sentait un peu désolé pour son propriétaire, Johannes tirait parti des hautes flammes du voilier, lui permettant de mieux suivre la femme du regard lorsqu'elle approchait, mais aussi d'avoir un meilleur aperçu de la situation globale. Il scrutait les environs, cherchant désespérément une idée.

Mezhelan, derrière lui, continua de lancer des sorts de feu, mais leur adversaire les esquivait avec une facilité déconcertante. Il semblait à bout de souffle, et ses sorts de moins en moins efficaces.

Johannes savait qu'il devait trouver une solution pour inverser la tendance, ou ils étaient foutus. Connaissait-il une autre forme pour les tirer de là ? Celle du mage ne serait visiblement pas leur salut aujourd'hui, surtout si ça signifiait perdre leur bouclier au passage. Celle du vampire ? Ils joueraient alors à armes égales et l'avantage serait donné par Mezhelan… ? Mais s'il ne se contrôlait pas bien et aggravait les choses ? Si, au milieu du combat, son allié avait du mal à les différencier ? La forme d'un animal, peut-être ?

Non, rien ne pourrait rivaliser avec cette vitesse, et Edyrn était très efficace pour les défendre. Son regard se posa tout à coup sur des filets de pêche accrochés au mât d'un bateau non loin : "Mezh', écoute-moi !" dit-il en parant une nouvelle attaque de la créature : "Si elle continue à bouger aussi vite, on n'a aucune chance."

"Je sais…" répondit le mage entre deux respirations haletantes.

Le doppler esquissa un sourire grimacé pour déclarer : "J'ai une idée." Puis, il tira sur son collier et le lança dans les mains de son camarade : "Alors garde son attention et n'te fais pas tuer !"

Mezhelan attrapa le collier et hocha la tête, néanmoins inquiet de voir sa défense s'éloigner en courant sans crier gare. La puissance de la pierre de lune à la main, il changea de stratégie, remplaçant ses attaques de feu de plus en plus faibles, par des piques de glace sortant du lac à un rythme effréné, les envoyant vers elle en ligne droite.

La femme, bien que rapide et agile, se trouva davantage sur la défensive face aux attaques plus variées et incessantes du mage. Elle sembla confuse par la vitesse et le soudain regain de puissance.

Durant ce temps, Johannes se précipita vers le bateau et arracha le filet épais des crochets. Il le traîna rapidement vers le lieu de l'affrontement. Pendant que le jeune homme continuait de la distraire, il commença à disposer le filet.

"Dépêche-toi !" s'écria Mezhelan, se sentant de plus en plus acculé en voyant qu'elle s'adaptait déjà à ses nouvelles attaques. Les piques de glace se plantaient dans les façades des maisons multicolores, causant des dégâts considérables dans tout le port, et la créature guérissait déjà de celles qui l'avaient touchée.

"C'est bon, c'est prêt !" répondit Johannes, terminant de positionner le filet de manière à ce qu'il puisse être utilisé pour la piéger.

Mezhelan avait rapidement compris l'idée, et utilisa instantanément un large et violent sort de vent pour projeter l'ennemie dessus, en balayant au passage une partie des quais.

Ne s'y attendant pas, la vampire fut instantanément désorientée et trébucha directement dans le filet.

Johannes tira tout aussi vite sur les cordes, lâchant son bouclier pour utiliser toute la force à sa disposition et refermer les mailles autour d'elle.

"Tiens-la bien !" cria Mezhelan en courant vers eux.

Complètement empêtrée, la vampire se débattit furieusement. Ses griffes déchirèrent légèrement le cordage dans une tentative désespérée de s'échapper, mais les épaisses mailles serrées du filet de pêche étaient conçues pour capturer de gros poissons et se montraient étonnamment efficaces.

Mezhelan concentra toute sa volonté dans un sort de scellement. Sa magie résonna dans l'air alors qu'il imposait son autorité sur les éléments, rendant le filet encore plus résistant. Puis, il put enfin se relâcher en essuyant la sueur de son front : "Ça devrait la retenir pour un moment."

"Bien joué." répondit Johannes, haletant : "Mais ça ne tiendra pas éternellement, si ?"

Mezhelan se laissa tomber sur le sol en reprenant son souffle pour déclarer : "Jusqu'au lever du jour suffira… Et c'est toi qui as vraiment bien joué, sans toi, je serais mort dix fois cette nuit…"

Johannes se mit à sourire, lâchant enfin les cordes pour s'asseoir non loin du mage et profiter de ce moment de répit mérité.

La vampire, furieuse mais piégée, se calma progressivement. Elle tenta de couvrir sa poitrine en crachant : "Vous ne comprenez même pas que vous êtes tous condamnés !"

"Quoi ?" réagit Johannes, légèrement perturbé. Il échangea aussitôt un regard perplexe avec son comparse.

Mezhelan leva un sourcil pour interroger : "Quelle est cette menace ?"

Le vampire rit de manière sardonique : "C'est toi ! Mais tu ne le sauras que lorsque ce sera trop tard. Prépare-toi à affronter les ténèbres ! Connard !"

Dans le vacarme de ses injures, de ses cris, et d'une peur montante qu'elle ne contrôlait pas dans le silence des quais, Mezhelan et Johannes étaient devenus soudainement très calmes. Ils ne parvenaient pas à apprécier pleinement leur victoire, puisqu'ils s'interrogeaient tous deux sur le sens de ses paroles.

Ils attendirent ainsi les premières lueurs de l'aube naissante, assis au sol, en regardant tantôt les flammes envoûtantes qui consumaient le voilier en éclairant les nombreux pontons de la baie, tantôt la captive qui se débattait et s'épuisait futilement.

Les habitants de la zone, bien que forcément réveillés par le combat, ne semblaient toujours pas trouver le courage de sortir de chez eux.

Sous les premiers rayons du jour, la vampire poussa soudain un hurlement strident en se tordant dans le filet, ses yeux sauvages cherchant désespérément une échappatoire. Mais sa prison de cordes résistait à tous ses efforts tandis que la lumière du jour commença rapidement à consumer sa chair.

Les deux compagnons observaient avec une fascination mêlée d'horreur ses ultimes instants. En quelques instants, les cris s'éteignirent, et de la fumée s'éleva de son corps calciné pendant qu'elle était réduite en cendres. Contemplant le calme retrouvé sur les quais du lac, ils savourèrent le sentiment de paix et de satisfaction qui accompagnait leur victoire. Ils commençaient à peine à réaliser qu'ils avaient enfin mis fin à un cycle de peur et de souffrance à Iserlohn. Un vampire… ? Aucun d'eux n'y avait réellement cru en acceptant cette mission, et pourtant…

"Nous avons réussi…" murmura finalement Mezhelan en soupirant de soulagement.

"Ouais…" répondit Johannes, dont les épaules se détendirent légèrement.

Mezhelan comprit combien cette courte réponse était lourde de sens : "Profitons de l'instant." conclut-il : "Ce n'était pas facile, et c'est une victoire."

La lumière du matin illuminait désormais tout le lac, et ses reflets dansants dans le port donnaient un spectacle magnifique.

"Tu peux me rendre mon porte-bonheur ?" réclama le doppler en voyant que Mezhelan serrait toujours fortement la pierre dans sa paume.

Ce dernier fronça les sourcils pour ouvrir la main en la fixant. Il semblait réticent alors qu'il croisa le regard de Johannes, mais finit par tendre la main.

"Merci." dit Johannes en repassant son collier au cou avec soulagement. Il avait craint un instant qu'il ne la lui rende pas, maintenant qu'il y avait goûté. Mais vu l'aide qu'il lui avait apportée dans cette mission, ç'aurait été sacrément ingrat.

Lorsque les premiers habitants apparurent dans les rues, ils prirent lentement la direction de l'auberge, laissant derrière eux les cendres de leur adversaire ainsi qu'un bazar sans nom. Mais leurs esprits étaient seulement emplis de questions et de réflexions sur les événements qui venaient de se dérouler.

De retour à l'auberge, la lumière du matin filtrant à travers les fenêtres apportait un semblant de sérénité après leur nuit agitée.

La fatigue pesante les fit monter directement dans leurs chambres pour dormir.

L'aubergiste les aperçut d'un regard curieux, mais n'osa pas interrompre leur silence.

Le lendemain après-midi, Johannes descendit et fut immédiatement frappé par l'agitation inhabituelle dans l'auberge. Des conversations animées emplissaient la salle commune, mêlées aux murmures des clients sur les événements de la nuit précédente. Il repéra rapidement l'un des consuls attablé, reconnaissant les armoiries brodées sur sa tunique, et alla directement à sa rencontre : "Bonjour, vous êtes ici pour Maître Mezhelan, n'est-ce pas ?" questionna-t-il.

L'homme se tourna avec curiosité, puis son visage s'éclaira d'une lueur de reconnaissance : "En effet." répondit-il : "Vous êtes le soldat au bouclier qui était avec lui sur les quais cette nuit ?"

"C'était bien moi." confirma Johannes.

L'homme se leva alors, esquissant un sourire empreint de respect : "Je suis honoré de vous rencontrer." déclara-t-il : "Comment vous appelez-vous ?"

Johannes réfléchit un instant, avant de répondre la seule chose possible : "Edyrn."

"Je suis enchanté, Seigneur Edyrn, je suis Missan Ferrand, l'un des consuls de la ville." se présenta l'homme avec un signe de tête respectueux : "Nous souhaiterions vous inviter à nous rejoindre sur les quais, dès que vous serez disponible ?"

Johannes hocha la tête en signe d'accord : "Je vais transmettre au mage quand il sera levé." assura-t-il.

Les quais, en début de soirée, étaient noirs de monde. Il y avait beaucoup de curieux sur place, en plus des volontaires et sinistrés. Même si les habitants avaient déjà en partie déblayé les débris de bois et d'étals, il y avait encore fort à faire. Des bateaux endommagés le long du rivage, dont certains présentant des brèches dans leur coque. Le voilier qui avait été la proie des flammes était désormais un amas de cendres flottant sur l'eau, et plusieurs autres embarcations avaient subi des dommages causés par le feu. Des murs présentant des fissures et des vitres de maisons avoisinantes brisées par les piques de glace. Les bâtiments environnants portaient tous les stigmates de la bataille de la nuit précédente.

Malgré l'ampleur des dégâts, l'esprit de solidarité régnait sur les quais. Des groupes de travailleurs s'organisaient pour réparer ce qui pouvait l'être, tandis que d'autres aidaient à évacuer les débris.

Les consuls de la ville étaient tous présents, coordonnant les efforts et prêtant assistance. Ils avaient également organisé une petite cérémonie de remerciements pour les sauveurs de la ville.

Johannes et Mezhelan jetaient des regards autour d'eux en avançant, l'étendue des dégâts leur paraissant plus évidente sous un nouveau jour. Ils échangèrent un regard entre eux lorsqu'ils comprirent l'intention des consuls, et allèrent finalement à leur rencontre.

"Les héros de la ville !" s'exclama Missan, attirant l'attention des gens aux alentours.

Rapidement, une petite foule se rassembla pour assister à la cérémonie.

Les consuls firent un discours émouvant, exprimant leur gratitude envers Edyrn et Mezhelan pour leur bravoure et leur détermination.

Les habitants, malgré la fatigue visible sur leurs visages, murmuraient des remerciements et des mots d'admiration pour le courage dont les deux hommes avaient fait preuve.

Durant le speech, Johannes croisa le regard du mage et put presque y lire ses pensées, mais choisit de l'ignorer. C'était Edyrn qui était remercié, et bien qu'il n'était pas insensible à l'intention de ces gens, ce n'était pas lui.

Après la cérémonie, ils profitèrent du banquet improvisé en leur honneur. Assaillis de questions, ils partagèrent des anecdotes sur leur combat et les défis surmontés. Les conversations animées et les rires sporadiques témoignaient du soulagement des habitants.

"Nous vous devons beaucoup." insista Missan, s'approchant d'eux : "Sans votre intervention, nous aurions perdu bien plus que ça. Vous avez sauvé d'innombrables vies cette nuit."

"Nous ne faisions que notre devoir." déclara humblement Mezhelan : "Et nous avons aussi causé pas mal de dégâts… Mais pour l'instant, il est crucial pour vous de rassurer les citoyens."

Le consul hocha la tête pour confirmer : "Nous organiserons une réunion publique pour informer l'ensemble de la ville de ce qui s'est passé et pour répondre à leurs questions."

Alors qu'ils se retrouvèrent enfin un peu seuls, Johannes brisa le silence d'un regard grave : "Qu'est-ce qu'elle voulait dire par C'est toi ?" demanda-t-il, revenant sur les paroles énigmatiques de la vampire.

Mezhelan fronça les sourcils, réfléchissant un instant avant de répondre : "Je n'en ai aucune idée. Peut-être faisait-elle référence à mes pouvoirs ou à quelque chose que j'ignore encore…"

Johannes resta silencieux, laissant son regard errer pensivement sur les quais : "J'ai l'intention de me remettre en route vers Dafan dès ce soir." déclara-t-il soudainement.

Mezhelan haussa les sourcils avec surprise, alors que ses yeux s'arrêtaient sur la pierre à son cou.

Johannes comprit aussitôt ce qu'il avait en tête.

"Nous ne sommes pas pressés, si ?" répondit finalement le jeune homme.

"Je repars ce soir, avec ou sans toi." clarifia Johannes.

Mezhelan commença à froncer les sourcils d'un air songeur, tout en regardant les habitants devant eux. Il finit par prendre une inspiration pour céder : "Alors, je te suis."

Les lèvres du soldat se recourbèrent légèrement. Il n'en dit rien, mais fut satisfait de constater qu'il choisissait de l'accompagner plutôt que de chercher une pierre de lune coûte que coûte.

Peu de temps après leur départ de la ville, le doppler décida de reprendre son apparence de mercenaire. Il échangea le visage d'Edyrn pour retrouver celui qu'il arborait habituellement et se sentit de nouveau lui-même. Puisque le mage connaissait la vérité, il n'avait plus de raison de s'en cacher. Et surtout, il se voyait mal rejoindre Dafan avec l'apparence du capitaine de la garde royale.

Ils firent une halte dans l'auberge d'un petit village quelques heures après la tombée de la nuit, tentant de retrouver un rythme de vie plus commun.

Leur voyage vers la capitale fut une succession de jours épuisants, mais également d'instants de complicité et de réserve. À travers les plaines et les bois, ils laissaient derrière eux leur victoire contre la vampire qui avait semé la terreur à Iserlohn. Leurs discussions étaient chaleureuses et pourtant empreintes de méfiance, chacun gardant ses pensées tout en se rapprochant peu à peu.

Johannes se montra protecteur envers le mage, veillant sur lui lors des arrêts sur les routes dangereuses.

De son côté, Mezhelan était plus désinvolte, mais partagea quelques fragments de son passé, éclairant un peu plus les zones d'ombre qui entouraient sa position.

Enfin, lorsqu'ils arrivèrent à Dafan après des jours à dos de cheval, ils n'étaient malheureusement pas préparés à ce qui les y attendait. Les rumeurs de conspirations avaient atteint leur paroxysme, et l'atmosphère dans les rues était électrique. Ils s'arrêtèrent avec perplexité devant une potence installée sur l'une des plus grandes places de la cité, et y furent témoins d'une série d'exécutions organisées par la famille royale pour réprimer toute tentative de rébellion.

Parmi les condamnés se trouvait le comte de Batz. Le puissant noble, accusé de trahison, était visiblement le clou du spectacle. La scène était saisissante, empreinte de tension, accompagnée par les cris de l'homme qui alternaient entre supplications, excuses, pleurs et insultes de désespoir.

Johannes, fixant le corps tombant aussi soudainement que brutalement dans le vide pour finir suspendu par le cou, ressentit un mélange de colère et d'aversion devant cette démonstration de pouvoir. Les gémissements du comte s'étouffèrent, puis il ne resta pratiquement plus que le bruit de la corde tendue qui se balançait sur la place pourtant bondée. Les yeux du mercenaire balayèrent les autres corps alignés, reconnaissant l'ensemble de sa famille : "J'récupère la récompense et j'me tire d'ici." murmura-t-il.

Prochainement : Mezhelan

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