CHAPITRE 8

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Joyce osait à peine respirer. Elle regarda un grain de poussière qui avait atterri sur sa veste, mais ne fit pas le moindre geste pour le déloger. Après avoir entendu la porte d'entrée claquer, elle attendit encore vingt bonnes minutes.

J'espère qu'il ne va pas revenir trop tôt.

Elle poussa un long soupir. La faim la tenaillait, sa vessie était sur le point d'exploser. Elle tira la trappe vers elle, fit glisser l'échelle pliable et descendit du grenier. Elle posa ses pieds sur le sol du couloir. Elle avait retiré ses chaussures pour ne pas laisser de traces et pour éviter de faire du bruit. Elle avança prudemment, l'oreille aux aguets. Personne. Ses épaules se relâchèrent un peu. Elle se dirigea vers les toilettes, puis alla dans la cuisine. Tout était bien à sa place. Elle se lava les mains, but à même le robinet. Puis elle farfouilla dans les placards. Son estomac gargouillait. Elle grignota quelques cacahuètes trouvées dans un sachet entamé.

Elle songea à Jérémy Preston. Sa colère recommença à monter. Il avait beau faire des sourires à tout le monde, cet homme appartenait à la classe supérieure. Comme les autres, ce qui comptait, c'était rester bien au chaud dans sa maison bourgeoise, à l'abri, et faire semblant d'avoir de la considération pour tout le reste de l'humanité. Elle l'avait mis sur un piédestal, elle s'était trompée. Quand elle le croisait dans les couloirs d'Open Gate, le fameux laboratoire, elle se sentait toujours comme ragaillardie. Comme si le seul fait de sa présence mettait en relief sa propre existence. Il avait toujours ce petit bonjour accompagné d'un vrai sourire qui la faisait se sentir un peu spéciale. Elle n'était pas naïve pour autant. Elle n'avait pas l'exclusivité de son savoir-vivre. Cependant, un peu de considération lui faisait chaud au cœur. La différence avec Jérémy Preston, c'est qu'il disait vraiment bonjour alors que les autres récitaient un texte sans y mettre aucune intention.

Elle avait tenté sa chance auprès de lui, il était le seul à pouvoir l'aider. Mais il l’avait trahie. Elle avait dû le rappeler à l'ordre en lui assenant un de ces beaux cailloux sur le coin du crâne. Bien fait !

Elle s'enhardit un peu et décida d'inspecter les lieux. La décoration des pièces était très sobre. Les couleurs oscillaient entre un blanc crème, un beige foncé et un brun clair. Peu de fantaisie, aucun désordre. Chaque objet se trouvait à l'endroit exact où il était censé être.

Elle ouvrit la porte donnant sur la chambre. Son regard balaya l'espace et resta suspendu au-dessus du lit. Qu'il ferait bon prendre une douche chaude et se glisser dans les draps frais. Elle activerait son implant et plongerait dans de doux rêves... Au lieu de ça, elle referma doucement la porte, secoua la tête pour chasser des pensées qu'elle ne souhaitait pas avoir et ses longs cheveux tressés volèrent autour de son visage. Elle retourna sur les lieux du crime. Tous les assassins font ça. Minou l'accueillit avec un petit miaulement léger. Il s'étira de tout son long puis sauta du banc pour venir se frotter tout contre elle.

— Oh mon joli petit chat, toi au moins tu ne m'as pas abandonnée.

Elle sortit son paquet de cigarettes, l'envie était trop forte. Elle s'assit sur le banc, le chat la suivit, heureux d'avoir de la compagnie. La lumière bleutée du patio ne s'était pas mise en route car on bénéficiait encore de la luminosité du ciel. Joyce inspira et expira avec soulagement.

Lorsque le chat l'avait alertée, elle n'avait pas eu le temps de réfléchir. Son corps avait agi en mode automatique. Son cerveau aussi. Après avoir mis Jérémy Preston hors d'état de nuire, elle avait ouvert la porte principale de la maison pour simuler sa fuite. Puis elle avait poussé la trappe du grenier et s'était dissimulée là-haut.

Elle n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Seule, elle ne s'en sortirait jamais. Elle avait besoin d'aide. Elle pensa à Mattéo, son voisin et ami. Lui ne la trahirait pas. Elle avait des preuves mais elle n'avait pas eu le temps de les montrer. Preston l'avait dénoncée et avait tout gâché. Elle était sûre d'une chose au moins à son sujet : il était innocent. Les deux hommes qu'elle avait surpris en train de se vanter en riaient ce soir-là. Que c'était drôle de tromper l'éthique et l'honnêteté d'un homme de science ! Ils sont si naïfs, si décalés dans leur environnement ! Du moment qu'ils atteignent leur but, on peut leur faire avaler toutes les couleuvres qu'on veut. Preston n'était pas au courant des malversations de la KC, mais elle trouverait une solution pour lui faire ouvrir les yeux. Plus tard. Elle retenterait pas sa chance ici. D'abord elle devait s'échapper et se rapprocher de Mattéo. Acheter des faux papiers, changer d'air. Se faire oublier. Disparaître, n'avoir jamais existé.

Le ronronnement d'une moto parvint à ses oreilles. Le bruit augmenta en volume pour ensuite disparaitre totalement.  C'est lui ! Joyce bondit et quitta le patio à toute allure. Elle remonta l'échelle et rejoignit le grenier. La trappe l'engloutit.

Avait-elle oublié de remettre quelque chose en place? Elle essaya de calmer sa respiration. La grande porte claqua. Elle sursauta.

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