CHAPITRE 15

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— C'était la dernière... murmura Joyce en écrasant d'un geste dépité son mégot de cigarette.

Elle se leva et quitta le patio. Elle se dirigea vers la cuisine, ouvrit tous les tiroirs et trouva enfin ce qu'elle cherchait : un grand ciseau. Ça fera l'affaire, pensa-t-elle. Elle tourna les talons sans se donner la peine de refermer les tiroirs et fila dans la salle de bain. Elle se posta devant le miroir et entreprit de couper ses tresses à ras du crâne. Les longues nattes tombèrent une à une un peu partout autour de la jeune femme comme une nuée de serpents. Certaines atterrirent dans le lavabo.

C'est parfait. Son apparence s'en trouvait radicalement transformée. Elle coupa quelques petites mèches de cheveux pour égaler sa nouvelle coiffure, puis elle pencha un peu la tête de tous les côtés pour vérifier qu'elle n'avait rien oublié.

Elle recueillit ensuite tous ses cheveux épars et les jeta dans un sac-poubelle. Elle se déshabilla et ses vêtements rejoignirent les tresses coupées. Après avoir pris une douche bien chaude et avoir éliminé les petits cheveux collés à sa nuque et son dos, elle enfila le peignoir de Jérémy et gagna la chambre à coucher. Elle regarda ce que la penderie contenait, jetant les habits sur le lit. Une veste de survêtement bleu nuit attira son attention et elle la mit de côté. Tout était trop grand. Elle trouva quand même un tee-shirt noir uni en coton qu'elle enfila. Il y avait également un bon nombre de pantalons de jogging dont la moitié rejoignit les vêtements gisant sur le lit. Joyce repéra celui qui correspondait à la veste et fit un nœud, le plus serré possible, avec le cordon qui servait de ceinture. Elle mit la veste, une casquette noire. Avec une paire de lunettes de soleil et son vieux sac usé sur le dos, elle était méconnaissable.

Personne ne ferait attention à elle.

Dehors, à peine un peu plus bas, une foule pressée et gesticulante l'attendait. Noyée dans la masse, elle pourrait se déplacer jusqu'à la périphérie. Elle demanderait ensuite de l'aide à Mattéo. Elle croisa les doigts pour qu'aucun agent ne la contrôle pendant ce périple. Mais c'était un bon plan. Marcher vite, comme les autres, ne regarder personne, garder une démarche un peu raide et surtout ne pas onduler du bassin. Le subterfuge passerait comme une lettre à la poste. Ça pullulait de types dans son genre, des basanés ou des noirs, en jogging et casquette. Certains conduisaient des cyclosols, d'autres vendaient des médicaments, leur carte professionnelle agrafée sur leur veste. D'autres encore vous demandaient une minute pour répondre à leur sondage.

Elle récupéra le sac-poubelle. Elle le jetterait au passage dans le container dehors. Enfin, elle retourna dans la chambre, ouvrit la fenêtre, l'enjamba et disparut sans le moindre regret.

*

Tout en garant sa voiture à proximité de la maison de Jérémy Preston, Marcus Skinner songeait aux derniers mots de Maîtresse. Venge-moi, avait-elle dit, les yeux brûlants de haine. C'est pour ça qu'il aimait cette femme. Elle avait en elle une puissance terrible, bien dissimulée sous une apparence frêle. Jamais il n'avait rencontré de toute son existence une femme comme elle. Elle était la seule personne au monde qu'il craignait et qu'il admirait.

Rien à voir avec sa stupide de mère, cette espèce de paillasson humain sur lequel vous pouviez vous essuyer les pieds constamment et qui ne disait jamais rien. Même lorsqu'il avait commencé lui aussi à la frapper, elle ne s'était pas rebellée. Une moue de dégoût apparut sur son visage au souvenir de cette femme pour qui il ne ressentait que du mépris. Le jour où il avait appris sa mort, cela ne lui avait fait ni chaud ni froid. Pour lui, elle était morte depuis longtemps déjà. Depuis son enfance. Elle n'avait jamais pris soin de lui correctement et il la détestait pour ça. Elle avait toujours été passive, se soumettant sans se plaindre aux turpitudes de sa vie. Il savait bien que la plupart des femmes, telles sa génitrice, n'était que des sous-genres de l'humanité, incapables d'avoir une once de courage ou de caractère.

Heureusement, il y avait des exceptions. Flora King en était le plus bel exemple. S'il était honnête, il devait reconnaitre que Naxi Bing en faisait également partie. Mais il n'avait pas envie de penser à Naxi Bing maintenant.

Il sortit de sa voiture et traversa la rue à grandes enjambées. Il voulait en finir vite avec Preston. La fille se cachait chez lui, il la sortirait de là par les cheveux et la jetterait aux pieds de Maîtresse. Maîtresse serait si contente de lui qu'elle le récompenserait. Peut-être aurait-il enfin le droit de lécher ses seins, ou encore mieux, de la pénétrer. À cette idée son sexe se durcit. Il attrapa son canif dans un mouvement réflexe pour se calmer. Une fois devant la porte d'entrée, il crocheta la serrure et referma sans bruit la porte derrière lui.

Quelqu'un avait mis de la pagaille dans cette maison. Les placards de la cuisine étaient grands ouverts. Skinner avança dans le couloir à pas feutrés. La chambre était en désordre, un peignoir humide traînait par terre. Il se baissa pour le ramasser et mit le nez dans le tissu. Son regard se dirigea vers la fenêtre ouverte et il fronça les sourcils. Il arrivait trop tard, la proie avait détalé. Maîtresse ne donnerait pas de récompense. Il poursuivit tout de même son inspection. La salle de bain sentait l'humidité, il y avait encore de la buée sur le miroir et sur les parois de la douche.

Je l'ai ratée de peu, pensa-t-il. Un grand ciseau de cuisine dormait sur le lavabo. Skinner se demanda ce qu'il faisait là. Il s'accroupit, regarda le sol, déplaça la petite poubelle à côté du lavabo. Une mèche de cheveux noirs s'était coincée entre la poubelle et le mur, confirmant ses doutes.

Il quitta aussitôt les lieux, certain qu'il n'apprendrait plus rien d'intéressant ici. Une fois dehors, il se dirigea vers la grosse poubelle qui se trouvait dans l'angle à gauche de la maison. Il souleva le couvercle et découpa d'un coup de canif le sac en plastique le plus au-dessus de la pile. Il plongea la main à l'intérieur et en ressortit quatre nattes d'un noir de jais. Il récupéra le sac-poubelle et le déposa dans le coffre de sa voiture. Au moins il ne rentrait pas bredouille mais ça ne suffirait pas.

Tu te crois plus maline que moi, sale petite pute. Je vais te trouver et je te tuerai.

Un sourire malsain apparut sur son visage tandis qu'il enserrait son canif. Il remonta dans sa voiture sans jeter un dernier regard sur la maison de Preston et disparut.


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