7.2

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Une délicieuse odeur provenant du réfectoire traversait le couloir où j’attendais patiemment Calithra. Il n’arriva qu’un long moment après, le nez sur son téléphone et faillit passer devant moi sans même me remarquer.

« Oh, tu es là ! fit-il en se stoppant net.

  • Nous avions convenu de nous retrouver ici, non ?
  • Oui ! Désolé, j’étais en train de… peu importe ! Allons-y ! »

Il me fit signe de passer devant tandis qu’il pianotait de nouveau sur son appareil. J’avais déjà remarqué que la plupart des gens ne semblaient pas pouvoir vivre sans, sans comprendre pourquoi. À mon sens, être joignable n’importe quand privait quelque peu de liberté. J’avais toujours aimé partir sans savoir où et surtout, sans rien à dire à personne. Si autrefois, Aldegrin avait pu me joindre tout le temps, il ne s’en serait pas privé, et mes longues balades en solitaire n’auraient jamais existé.

Nous entrâmes dans la grande salle et vîmes rapidement nos camarades qui nous attendaient à l’une des tables. Soudain, une masse me fonça dessus, m’attrapa pour me soulever et me serrer dans ses bras.

« Merci, merci, merci ! hurla Félicité. Je ne sais pas comment tu as fait, mais merci mille fois ! »

Elle me secoua dans un sens, puis dans l’autre. Je n’opposai aucune résistance – vaine, à n’en point douter – même si je n’éprouvais aucun plaisir de ce contact. J’étais une vulgaire marionnette entre ses bras, qu’elle pouvait câliner à volonté. Je tournai cependant un regard accusateur vers Calithra qui m’assura immédiatement avoir gardé le silence.

« Je suis si heureuse ! Tu ne peux pas savoir ! » poursuivit le Kraken.

Je ne savais comment me défaire de ses tentacules, j’étais persuadé qu’elle avait déjà coulé plusieurs navires tentant de lui échapper. Il fallait la jouer fine, assurément ! À côté, mes quatre camarades semblaient prendre beaucoup de plaisir à ce gênant spectacle : Iason riait, levant ses deux pouces dans ma direction et me faisant plusieurs clins d’œil avant de pointer son téléphone vers nous. Crétin… Quant aux trois autres, ils tentaient de se retenir de l’imiter.

« Sans toi, je ne serais plus une rang S ! » ajouta-t-elle en me serrant plus fort.

Je crus que mes os allaient se briser et je priais pour qu’elle me relâche enfin.

« Allez, lâche-le ! intervint finalement Calithra, tu vois bien que ça le gêne !

  • Non, continue ! Encore un peu et il va essayer de disparaître ! » se moqua Iason.

Félicité me serra contre elle une dernière fois puis me rendit ma liberté. Les joues rouges, le cœur battant à tout rompre, je détournai nerveusement le regard sans trop savoir quoi dire.

« Mais pourquoi tu as fait ça ? m’interrogea-t-elle.

  • Qui te l’a dit ?
  • Le conseil, bien sûr ! Ils viennent de m’appeler ! Enfin, pas eux personnellement, leur secrétaire. »

La secrétaire… Évidemment.

Félicité se mit soudain à pleurer à chaudes larmes. Déconcerté, je jetai un regard aux autres afin d’en comprendre la raison, et ils eurent tous le même sourire compatissant. Elle garde son rang, pourquoi pleure-t-elle ? Calithra la prit dans ses bras et la berça pendant plusieurs minutes pour la calmer.

« Son rang lui tient très à cœur », me chuchota Hide.

J’étais encore plus perdu. Si c’était le cas, ne devrait-elle pas être soulagée ? Rien ne justifiait ces larmes. Pourquoi accordait-elle l’importance à un rang basé sur des critères décidés par autrui ? Le plus important n’était-il pas les faits ? Elle faisait partie du haut du panier, et grâce à cela, elle aidait les autres là où la plupart des mages ne pouvaient pas agir. Avec ou sans son rang.

« Je t’en dois une, p’tit gars ! me lança-t-elle en me donnant une tape dans le dos après avoir essuyer ses dernières larmes.

  • Considère qu’avec l’autre jour, on est quittes ! » soupirai-je.

Je me dirigeai vers le comptoir avec la ferme intention de découvrir d’où venait l’odeur alléchante qui m’attaquait les narines depuis tout à l’heure – et voulais ainsi me débarrasser de toute cette histoire, mais aussi de Félicité – lorsque la voix de la jeune femme s’éleva à travers le réfectoire :

« Hé, Bonten, je mange avec vous, d’accord ? »

Elle n’attendit pas ma réponse et vint se mettre dans la file derrière moi. Lorsque j’osai un regard dans sa direction, son sourire devint plus grand. Elle a l’air ravie… Sûrement parce qu’elle mange toujours seule. Dès que je me fus assis à une table avec mon plateau, elle s’installa sur la chaise d’à côté. Elle risqua un regard vers moi comme pour s’assurer que cela me convenait et sembla satisfaite de mon silence. Iason nous observa tour à tour, un sourire idiot sur le visage devant l’improbabilité de la situation. Je ne souhaitais qu’une chose : en finir rapidement. Toute la salle paraissait s’amuser à mes dépends et à moins d’une profonde amnésie, on ne m’avait pas engagé comme clown.

Au cours du repas, je ne pus que constater à quelle vitesse Félicité s’était intégrée. Il a dû s’en passer des choses, en mon absence. Elle échangeait avec la même légèreté que mes camarades, agissait si naturellement avec eux que je me mis à l’envier.

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