7.4

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Après un moment, lorsque le feu réchauffa suffisamment l’air, nous nous assîmes en cercle autour pour profiter de sa chaleur. Hide farfouilla ensuite dans les sacs et en sortit de la nourriture. Chips, sandwichs, compotes. Un véritable festin. Il précisa fièrement qu’il avait lui-même confectionner notre repas, et je vis au regard amusé de Iason qu’il allait inévitablement le taquiner :

« Regardez comme il est devenu grand ! Il est enfin prêt à marier ! Il va falloir lui trouver un époux, et très vite !

  • Je me trouverai un époux tout seul, merci », fit celui-ci, une mine boudeuse qui s’effaça aussitôt.

Je croisai le regard de Calithra qui confirma mon interrogation : oui, Hide était gay, lui aussi. Si ma première pensée fut de trouver cela étrange, je me rappelai qu’à mon époque, la morale abhorrait notre existence. Hommes et femmes se cachaient et n’osaient se dévoiler à personne par peur d’être rejetés, pas même à leurs proches. Désormais, tout semblait différent. Les concernés en parlaient librement.

« Tu ne savais pas ? me questionna Rosalya avec un sourire amical.

  • Ce n’est pas écrit sur son front.
  • Certains disent que si ! fit-elle d’un air embêté en dirigeant vers son ami un regard compatissant.
  • Comment ça ?
  • Des idiots qui se basent sur des stéréotypes stupides, grogna Hide en roulant des yeux sur le côté.
  • Sûrement les mêmes qu’à mon époque, soupirai-je, ces choses-là n’évoluent pas. Laisse-moi deviner, tu as osé porter du rose ? Tu étais trop bien apprêté ?
  • Dans ce genre-là. »

Bon. Tout n’était pas si différent.

« Ne t’inquiète pas, reprit Iason, nous avons un candidat tout trouvé pour toi ! Notre très cher Calithra est célibataire, jusqu’à preuve du contraire. »

Ses yeux glissèrent une courte seconde jusqu’à moi : voulait-il voir ma réaction ou se doutait-il de quelque chose ? Je reportai mon attention sur le concerné, l’air de rien.

« Arrête, s’il avait dû se passer quelque chose entre lui et moi, ce serait déjà fait, rit celui-ci.

  • Tout à fait d’accord ! On est juste ami ! renchérit Hide. Je l’aime beaucoup, mais je n’ai jamais eu la petite étincelle, ni le grain de folie qui vous lie toi et Rosa.
  • Allez-y, enviez-nous ! se moqua Iason en embrassant sa dulcinée.
  • Et toi, Bonten ? »

La question était venue de Félicité. Prononcée sur un ton doux, elle ne se voulait pas mesquine, mais me mit profondément mal à l’aise.

« Quoi, moi ? grognai-je, sur la défensive.

  • T’as déjà eu quelqu’un ?
  • Intéressée ? » sursauta Iason en ondulant des sourcils dans sa direction.

Devant le regard sévère de la jeune femme, son sourire se crispa puis il se tourna vers moi pour attendre ma réponse.

« J’ai eu une vie bien remplie, avec les missions, et… les missions, répondis-je en évitant précautionneusement chaque regard.

  • Ça veut dire non, chuchota Iason presque à haute-voix.
  • Oui, ça veut dire non, le grondai-je brusquement. Je ne vois pas le problème. Je n’avais pas le temps.
  • Personne ne te juge, m’assura Calithra en posant brièvement sa main sur mon bras pour me calmer. Ce n’est pas grave, c’est courant, même aujourd’hui.
  • Ça ne devait pas être très drôle, Black Diamond, commenta pensivement Félicité. Au moins ici, à Aconitum, tant que tu as fait ton quota hebdomadaire, tu fais ce que tu veux ensuite. Tu devrais peut-être nous rejoindre ? Je suis certaine que le Maître serait ravi de t’accueillir.
  • Non. J’appartiens à Black Diamond », répondis-je plus sèchement que je le voulais.

Ils échangèrent tous le même regard entendu puis le silence s’installa. Voilà, j’ai encore manqué une occasion de me taire.

« Pour de vrai ? Ça ne te dirait pas de faire partie d’Aconitum ? m’interrogea Calithra qui peina à masquer sa déception.

  • Je dois beaucoup à votre guilde, mais… je n’ai plus envie de faire partie de l’une d’entre elles. Je sais que Black Diamond n’existe plus, je n’en étais même plus membre lorsque j’ai été scellé. Aldegrin m’avait demandé de la quitter. Mais nous sommes indissociables, elle et moi. »

Il y eu un silence où tous plongèrent dans leurs pensées.

« Black Diamond était tout pour moi, me justifiai-je, ma maison, ma famille, et c’est elle qui m’a donné un avenir.

  • Comme Boucher de Yokusai ? souligna Calithra, les sourcils froncés. Tu ne lui dois rien. »

Je baissai la tête, conscient qu’il avait raison. Au fond de moi, je le savais. Et je ne trouvai rien à répondre pour le contredire. Je me sentais responsable du sort de mon ancienne guilde, persuadé que si les choses avaient si mal tourné, j’y étais pour quelque chose. Si Aldegrin m’avait mis dans la confidence, je l’aurais convaincu de ne pas céder à la folie. Si j’avais été plus accessible, j’aurais pu rallier le reste des membres afin qu’ils abandonnent l’idée de le suivre. Et si j’avais été plus humble, je n’aurais pas nourri la jalousie d’Orchid et Andras qui avaient incité mon mentor à se débarrasser de moi.

« Je comprends, fit pensivement Félicité d’une voix sage, Black Diamond t’a tout offert alors que tu n’avais rien. Peu importe ce qu’elle est devenue par la suite, toi, c’est celle-là que tu as connue. Mais tu ne devrais pas t’accrocher à ce souvenir comme si tu ne pouvais pas t’en créer d’autres ailleurs. Que ce soit à Aconitum ou dans une autre guilde, tu peux y retrouver la même chose et plus encore. »

Et tout foutre en l’air ? Encore une fois.

« Tu n’es pas obligé d’y penser maintenant, me rassura Hide sur un ton chaleureux. D’ailleurs, personne ne te demande de choisir maintenant. »

Son regard passa sur Calithra dont la mine boudeuse laissait entendre les pensées. Puis le silence s’imposa de nouveau.

« Froid, froid, froid ! fit soudain Iason d’un air plaintif en se glissant derrière Rosa pour l’entourer de ses bras et fourrer ses mains dans les poches du manteau de la jeune femme. Dîtes-moi qu’on va pas se cailler autant dans la tente !

  • C’est qu’il est délicat, le pauvre garçon ! » le railla Félicité qui, malgré son sourire moqueur, semblait redoubler d’effort pour ne pas se frotter vigoureusement les épaules pour se réchauffer.

Un rapide coup d’œil me fit comprendre que j’étais le seul à ne pas souffrir du froid – pour y être habitué depuis trois mois.

Pendant encore un moment, je les écoutais parler de tout et de rien, le ton léger comme pour faire oublier le sujet épineux que nous avions abordé. Quand il fut l’heure de se coucher, je restai près du feu ; Iason, Rosa et Hide se précipitèrent dans la tente la plus grande, nous souhaitant une bonne nuit avant de s’y enfermer. Félicité alla s’installer en premier dans l’autre, tandis que Calithra attendait silencieusement que j’amorce un mouvement.

« Tu ne viens pas ? finit-il par demander en voyant que je restais parfaitement immobile.

  • Dans un moment, si cela ne te dérange pas.
  • D’accord. »

Il s’engouffra à son tour dans la tente, manifestement toujours contrarié par mon refus de rejoindre Aconitum. Si tu tiens tant que ça à cette guilde, tu ne devrais pas me demander d’y entrer…

Du bout d’une brindille, je tisonnai pensivement le feu et ajoutai une bûche. Les flammes en léchèrent avidement chaque contour et crépitèrent comme pour me remercier. Lorsqu’un peu plus tard, je reposai les yeux dessus, il ne restait que des braises.

« Bonten, me fit sursauter la voix d’un Calithra qui se frottait les yeux avec sa manche, l’air à moitié endormi, tu ne dors pas ? »

Je secouai négativement la tête et laissai échapper un long soupir. Emmitouflé dans un duvet épais, il vint s’asseoir à côté de moi et en glissa une partie sur mes épaules.

« Si c’est pour ce que j’ai dit tout à l’heure…

  • Ce n’est pas ça.
  • Alors, qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi tu n’es pas venu te coucher ? Quelque chose t’inquiète ?
  • Je pensais à Aldegrin.
  • Encore lui ? Ça ne peut pas attendre demain matin ?
  • Il doit savoir qui m’en veut.
  • Pourquoi il le saurait ? fit-il en baillant.
  • Parce qu’il en sait plus sur moi que n’importe qui. Mais… je voudrais ne jamais le revoir.
  • Je pourrais essayer de le retrouver et de lui demander ?
  • Et le priver d’une chance de refaire partie de ma vie ? Il ne te dira rien. Je me demande…
  • Oui ? m’encouragea-t-il.
  • Je me disais que s’il avait trouvé un moyen de vivre aussi longtemps, peut-être qu’Orchid ou Andras, voire les deux, l’ont aussi trouvé.
  • Tu crois qu’ils pourraient être derrière tout ça ? Après tout ce temps ?
  • Je n’en sais rien. Il y a peu, je croyais encore qu’Aldegrin était mort.
  • Tu devrais en parler au Maître, il aura peut-être une solution. Et si… si tu allais voir la mémoire des lieux à Black Diamond ? Peut-être que tu en sauras plus là-bas ? Ou peut-être qu’ils n’y ont pas remis les pieds depuis longtemps, mais c’est le seul lieu où chercher quelqu’un qui pourrait t’en vouloir, non ?
  • Je suppose. Si cela peut m’éviter Aldegrin. »

Calithra laissa son regard posé sur moi sans que je parvienne à comprendre ses pensées.

« Tu vas bien ? lâcha-t-il après quelques secondes.

  • Oui.
  • Tu n’as pas beaucoup réagi depuis que tu l’as revu.
  • Calithra…
  • Je veux juste être certain que tu vas bien », fit-il avec un sourire forcé.

Ses yeux plongèrent dans les miens à la recherche d’une réponse que je ne voulais pas donner. Comme à l’habitude, j’avais tout enfoui au fond de moi, couvert un feu ardent qui ne demandait qu’à tout brûler. Une étrange sensation se fit ressentir sous mes paupières, comme de petits picotements. Dans ma poitrine, mon cœur se serra soudain vivement. Puis ma vue se brouilla. Quelque chose glissa le long de ma joue que je récupérai sur mon doigt pour l’examiner : une goutte. À l’intérieur du petit dôme transparent se reflétait les braises rouges du feu de camp. Je jetai de nouveau un regard vers Calithra, presque hébété par cette perle humide. Je ne savais pas quoi en faire. Je ne voulais plus la voir, pourtant j’étais incapable de la faire disparaître.

« Qu’est-ce que… fis-je en constatant qu’une autre s’appropriait ma joue.

  • Ce n’est pas… ce n’est pas grave, tenta de me rassurer Calithra en passant un bras autour de mes épaules.
  • Pourquoi… pourquoi tu es toujours là à te préoccuper de moi ? lui reprochai-je en m’empressant de faire disparaitre ces fichus gouttelettes.
  • Tu le sais déjà, je t’aime. Je suis là pour toi, Bonten. Tu peux te laisser aller, je ne vais pas te juger. Je serais même honoré de pouvoir t’aider à passer ce mauvais moment.
  • Ce n’est pas dans mes habitudes.
  • Je sais. Mais regarde, il n’y a que toi et moi, les autres dorment. Et il est temps que ça sorte, tu ne crois pas ? »

Il resserra doucement son étreinte et attendit patiemment, son regard dirigé vers les braises comme pour ne pas être trop insistant. Ou peut-être avait-il compris la honte que me procuraient ces premières larmes.

Une onde profonde et douloureuse traversa subitement mon corps, étouffant un peu plus mon cœur, figeant mes poumons et comprimant ma gorge. Je me jetai brusquement contre Calithra, plaquant mon visage contre son torse pour cacher un violent flot près de mes yeux. Je sentis ensuite ses bras m’entourer tandis qu’il posait son menton sur le sommet de mon crâne.

« Pourquoi il m’a trahi ? sanglotai-je d’une voix étouffée. Pourquoi ? Pourquoi il n’a pas pu me faire confiance ? Pourquoi il m’a sacrifié pour ce plan stupide ? Il a toujours dit que j’étais comme un fils pour lui ! Il n’a même pas essayé de me libérer ! »

La main de Calithra caressa doucement mes cheveux ; il resta silencieux, m’incitant à dévoiler un peu plus ce que j’avais sur le cœur.

« Il a été le premier à voir que j’existais, à m’offrir un avenir, et j’ai cru qu’il tenait à moi. Je me disais qu’enfin, je comptais pour quelqu’un. Et jusqu’à mon réveil, ça me suffisait. Je n’avais pas besoin des autres, puisque je l’avais lui. Il était la seule personne qui me rendait fier de ce que j’étais. Le seul en qui j’avais pleinement confiance parce que j’étais certain que jamais il ne me décevrait. Jamais il n’aurait une mauvaise opinion de moi. Jamais il ne me détesterait. Et il a… tiré un trait sur tout ça… sur moi… sans même hésiter.

  • Je ne peux pas répondre pour lui, répondit Calithra avec douceur, mais tu n’es pas responsable de son choix. Ce n’est pas ta faute, ce n’est pas toi qui lui as fait prendre la pire décision de sa vie. S’il était honnête l’autre jour, alors il la regrette, en partie parce qu’il t’a perdu. Je crois… qu’il s’est rappelé tardivement qu’il tenait à toi.
  • C’est trop tard, dis-je en relevant la tête, rien ne pourra redevenir comme avant. Je voudrais pouvoir l’empêcher de faire ce choix, je voudrais avoir été suffisant à ses yeux, qu’il ait été satisfait de m’avoir à ses côtés et qu’il n’ait rien voulu d’autre. Et je n’ai rien vu venir…
  • Tu n’es pas responsable de son choix, répéta-t-il en collant son front contre le mien. Peu importe les circonstances, il a décidé tout seul. Tu n’as aucune responsabilité là-dedans.
  • Mais s’il m’en avait parlé…
  • Il ne l’a pas fait parce qu’il connaissait déjà ton avis, m’interrompit-il, c’est pour ça qu’il ne t’a rien dit. Il savait que tu le dissuaderais. Et il a choisi, là encore, de ne pas remettre en doute sa décision. Lui, Bonten, pas toi. Tout ce qu’il a fait, il l’a décidé seul. »

Calithra encadra mon visage de ses mains chaudes et réconfortantes, puis délicatement, il fit disparaître les larmes sur mes joues avec ses pouces. Une lueur tendre s’était glissée dans ses émeraudes et essayait de m’apaiser. Il était la seule personne devant laquelle j’osai me montrer vulnérable. Je crains un instant que les autres nous aient entendu et se soient réveillés – si ce fut le cas, aucun n’était sorti des tentes. Je me rendis compte soudain que l’espace entre nos deux visages diminuait presque imperceptiblement, puis les lèvres de Calithra se déposèrent sur les miennes ; tout mon corps fut inondé d’une chaleur nouvelle s’érigeant en barrière contre ma peine. Mes pensées s’évanouirent comme soufflées par un vent frais et revigorant. Je me surpris moi-même, lorsqu’il voulut s’éloigner, à l’attirer plus près pour lui rendre son baiser. Une main derrière sa nuque refusait de lui rendre sa liberté, et mes lèvres ne cessèrent de rencontrer les siennes.

« Merci, murmurai-je après un instant. Je ne sais ni pourquoi ni comment tu arrives à m’aimer, mais je crois que j’avais besoin de quelqu’un comme toi.

  • C’est peut-être le destin ? hasarda-t-il avec un sourire innocent qui me fit fondre.
  • Je ne crois pas au destin.
  • Et je ne crois pas qu’il faille être spécial pour t’aimer, répondit-il en caressant ma joue du dos de sa main. Il faut seulement apprendre à te connaître.
  • Tu crois que tu me connais ?
  • En partie. On ne sait jamais tous des autres.
  • Oui, c’est vrai.
  • Est-ce que tu te sens mieux ? s’enquit-il soucieusement.
  • Je crois que oui. Mais… hésitai-je en détournant le regard, j’ai encore besoin de temps, pour… digérer ce qu’Aldegrin m’a fait. Et, à mon réveil, je croyais que j’étais complétement seul. Sauf qu’il est encore en vie. Je ne peux pas m’empêcher de penser, d’espérer que j’ai encore un intérêt à ses yeux. Que peut-être il est resté l’homme que j’ai connu et que j’ai aimé comme un père. Et pourtant, lorsque j’y pense, j’exècre ces pensées ! Il a perdu le droit de me considérer comme son fils, il a perdu le droit de faire partie de ma vie !
  • Que tu le veuilles ou non, vous êtes profondément liés. Lui a déjà décidé qu’il voulait renouer le contact avec toi, et il n’a pas cherché à comprendre ce que tu pourrais ressentir à se pointant devant toi comme il l’a fait. Ça montre à quel point il est égoïste ! fit-il sur un ton sévère. J’aimerais te dire de l’envoyer sur les roses, une bonne fois pour toutes, mais… – et sache que je déteste ce que je vais dire – tu ne devrais pas te précipiter. Aussi abjecte soit cet homme, il a eu une grande place dans ta vie. À toi de savoir laquelle tu veux lui donner à présent. »

Les braises avaient pâli et la chaleur qu’elles procuraient avait diminué. Je remarquai les mains de Calithra qu’il frottait l’une contre l’autre sous son duvet et posai ma main dessus pour les réchauffer.

« Tu as probablement raison, dis-je tristement. Mais j’ignore combien de temps cela va prendre.

  • Le temps qu’il faudra.
  • Nous devrions aller dormir, n’est-ce pas ?
  • Sauf si tu as encore besoin d’une oreille attentive.
  • Ou d’une épaule pour pleurer… Je me sens comme un gosse.
  • Tout le monde pleure, pas seulement les enfants, répondit-il en se levant et en m’attirant à lui pour nous envelopper tous les deux dans le tissu chaud et confortable qui l’entourait. Allez, si tu ne viens pas te coucher tout de suite, je me verrais contraint de te porter !
  • Dans tes rêves », soufflai-je en esquissant un sourire.

Il me tira si près de lui qu’il ne resta entre nous que le souvenir d’une distance. Puis il m’embrassa délicatement, comme s’il craignait de me voir réduit en poussière par ce contact. Il ignorait que le simple fait de son regard posé sur moi rendait de sa vigueur à chaque cellule de mon corps. Je me sentais comme un roc invincible qui ne faiblirait pas contre vents et marais. La plus terrible des tempêtes ne parviendrait pas à me faire vaciller ni à me fissurer. Est-ce qu’on se sent toujours comme ça, quand on est amoureux ? La candeur de ma question s’évapora avec le reste de mes pensées. Je me serrai tout contre son torse et fermai les yeux, n’écoutant plus que les battements de son cœur, mesurant la chance que j’avais eu de le rencontrer. Calithra disait ne pas être un être exceptionnel, mais à mes yeux, il était bien plus que cela. Peut-être avait-il une ascendance divine sans le savoir ?

Je me séparai un instant de lui pour ajouter quelques bûches sur les braises, puis le rejoignis dans la tente où Félicité dormait à poings fermés. Calithra se glissa sur un côté, me laissant la place du milieu. Je m’installai précautionneusement pour ne pas réveiller la jeune femme, me glissant dans le duvet prévu pour moi avant de me rapprocher de lui. Sa main tâtonna quelques secondes avant de trouver la mienne qu’il ramena contre son cœur. Et l’esprit apaisé, je m’endormis en profitant du souvenir de nos lèvres liées.

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