7.6
Sur le chemin d’Aurora, je me rapprochai discrètement de Calithra, laissant mes pieds suivre la cadence des siens une fois à ses côtés. Comme je m’y attendais, son visage s’éclaira tel un rayon de soleil perçant le brouillard pour m’apporter sa chaleur.
Lorsque nous arrivâmes en ville, Rosa proposa de s’arrêter dans un café, arguant qu’un petit déjeuner nous réchaufferait. Iason fut le premier à soutenir sa proposition, puis se fut au tour d’Hide et de Félicité.
« Très bonne idée, je meurs de faim ! » fit Calithra.
On ne me demanda pas mon avis, il était évident que j’étais d’accord. Du moment que je reste avec Calithra.
Nous passâmes la porte du Café Crème, accueillis par une chaleur salvatrice qui brûla un instant nos visages engourdis par le froid. Une femme d’une cinquantaine d’année s’avança, une expression bienveillante sur le visage qui retomba dès qu’elle posa les yeux sur moi.
« Vous êtes… Bonten, n’est-ce pas ? » demanda-t-elle d’une voix hésitante.
Je sentis poindre les problèmes et soupirai mon exaspération. Quand allait-on enfin me ficher la paix ? Fallait-il que j’inscrive en lettres épaisses le mot innocent sur mon front ?
« Oh, je voulais juste être sûre, rit-elle tout à coup. Je ne m’attendais pas à vous voir un jour passer ma porte. Qu’est-ce que je vous sers ? »
Je me sentis un peu bête d’avoir cru à ses mauvaises intentions et cherchai du soutient dans le regard vert de Calithra. Sa bouche dévoila ses jolies dents alignées puis il passa commande pour le groupe. Je ne fus pas surpris qu’il connaisse les préférences de chacun. Il était de nature attentive et savait remarquer ces petites choses.
Assis à une table, je remarquai soudain le regard amusé de Rosa. Je penchai interrogativement la tête, mais elle me fit signe comme pour me dire de laisser tomber. Les jours qui suivirent, j’avais plusieurs fois surpris cet amusement dans ses prunelles azur sans en comprendre la raison.
Une fois notre petit-déjeuner avalé, nous rentrâmes à Aconitum. Je laissai mes camarades allaient remettre le matériel à sa place et pris le chemin du bureau du Maître. Des pas résonnèrent derrière moi, puis une main se glissa dans la mienne.
« Tu croyais que j’allais te laisser aller le voir seul ? fit Calithra aussi rayonnant qu’un soleil d’été.
- Je savais que tu viendrais.
- Ah oui ?
- Bien sûr. Tu as dit que tu serais là si j’avais besoin de toi. J’ai besoin de toi. »
Sous l’éclat ému de ses émeraudes, je me sentis comme la septième merveille du monde. Inaccessible à tous, sauf à un privilégié qui avait su percer mes secrets. J’étais heureux que Calithra soit cette personne.
Je jetai un rapide coup d’œil dans le couloir désert et pressai brièvement mes lèvres contre les siennes. Je ne ressentais plus de gêne, comme si montrer que j’étais aussi capable de ressentir, d’être vulnérable, m’avait libéré.
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