Épisode 13. Semelle en détresse et colle d'amour

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J’en avais marre. À peine avions-nous parcouru cinq cents mètres qu’une de mes semelles se décolla. Oh, poisse, quand tu nous tiens !

— Pause ! criai-je.

Personne ne s'arrêta.

— Attendez, j’ai un problème avec ma botte !

Toujours aucune réaction.

— STOP !

Math et Aloye se tournèrent enfin dans ma direction. Le nain haussa un sourcil, visiblement agacé.

— Qu'est-ce que tu as ? grogna-t-il.

Je m'apprêtais à répondre, mais mon regard se posa sur la fille du duc. Hors de question de dire à la PNJ de mon cœur que j’avais une semelle décollée. Elle me prendrait pour un pouilleux. Pire encore, un pervers pouilleux. Niveau glamour, on avait vu mieux.

— J’ai une petite faim, en fait…

Mes deux compagnons soupirèrent en reprenant leur marche. Aloye ouvrit la voie sans même un regard en arrière.

— Nous ferons une pause dans une heure.

Profitant de l'occasion, j'attrapai Math par l'épaule pour l’empêcher de s’éloigner.

— Hé, j’ai vraiment un problème avec ma semelle. Tu peux m’aider ?

Le nain jeta un œil à ma botte avant de crier, bien trop fort :

— Clémentine ! T’aurais pas de la colle ? 7 a des bottes de clodo !

Je me retins de lui lancer ma botte à la figure. Bon sang, il allait me griller devant Aloye ! Pourquoi diable avait-il fallu qu’il se joigne à nous ? Oh, grand programmeur, qu'avais-je fait pour mériter ça ?

Clémentine fit demi-tour et tendit la main vers moi. J’hésitai, puis compris enfin qu’elle attendait ma botte défectueuse. Je m'assis par terre, retirai mon soulier et le lui tendis, penaud.

— Mhhh… J’ai peut-être quelque chose pour ton problème, fit-elle en fouillant dans ses poches.

Son inventaire apparut sous nos yeux ébahis. Une vraie caverne d’Ali Baba (même si, pour être honnête, je ne connaissais personne de ce nom). Des bières, des dizaines, peut-être même des centaines de bières différentes, mais pas que. Des bouteilles de liqueur, d’autres alcools. Elle avait littéralement embarqué tout le stock de la taverne !

Les habitants de Pinte-Pleine allaient vivre une nouvelle catastrophe en découvrant que leur débit de boisson préféré garderait ses portes closes pendant quelques jours. Puis ils mourraient dans d'atroces souffrances sous les coups d’une armée de gobelins. Triste destinée. Mais bon, nous, on avait de quoi boire, et je me sentis étrangement soulagé.

Elle extirpa enfin une petite bouteille au liquide rouge vif.

— C’est quoi, ça ? demandai-je, intrigué.

— Du Chérie Chérie Chérie, répondit-elle en me montrant une étiquette couverte de petits cœurs.

— De la liqueur ?

— Pas que. C’est aussi une colle super efficace à prise rapide.

Sans attendre, Clémentine versa quelques gouttes du liquide entre la semelle et le dessus de la botte. Elle pressa les deux parties avec force, les lèvres pincées en une moue concentrée. Mon regard glissa, malgré moi, du soulier à ce qu’il y avait en arrière-plan : le décolleté de la serveuse.

Elle redressa la tête, ses yeux se plissèrent.

— Et tu voulais partir seul avec Aloye, pervers !

— Hein ? De quoi ?

— Oh, ça va. Je sais très bien ce que tu regardais, espèce de dévergondé.

Mon visage passa instantanément au rouge pivoine.

— Mais pas du tout ! C’est pas ce que tu crois ! Je peux tout t’expliquer !

— Et Math, ton pote là, il a vraiment un problème, ajouta-t-elle en me lançant ma botte au visage avant de rejoindre le nain.

La semelle de fortune me frappa en plein nez. Parfait. Il ne manquait plus que ça. Les trois PNJ me jetaient désormais des regards désapprobateurs et accusateurs. Tant pis. Qu’ils pensent ce qu’ils voulaient. J’avais un plan en tête, un plan qui ferait tomber Aloye dans mes bras. Du moins, c’était ce que j'espérais.

Le reste de la matinée se déroula dans un silence pesant. Chacun marchait dans son coin, sans se soucier des autres.

— J’ai soif ! pleurnicha Math, tête en arrière, langue pendante.

— Nous ferons une pause quand nous arriverons à la forêt, répondit Aloye, imperturbable.

— J’ai pas envie d’aller dans la forêt. Il y a plein d'arbres. C’est nul, les arbres. Et puis on y est bientôt ? J’ai soif.

Clémentine leva les yeux au ciel en dépassant le nain.

— Elle est juste devant, patate. Allez, arrête de traîner.

Je vais vous dire quelque chose. Si j’avais su ce qui nous attendait dans cette forêt, moi aussi j’aurais tout fait pour ne pas y aller.

Vous voulez savoir de quoi je parle ? Dans ce cas, ne manquez pas les épisodes suivants !

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