Épisode 14. Dans la Brume, Personne Ne Vous Entends Crier
La forêt en tant que telle n’était pas menaçante, bien que son nom lui ait octroyé une place de choix parmi les endroits les plus sordides de Valelune. En effet, quand une grande surface boisée se nomme « La Forêt Brumeuse », c’est tout de suite moins rassurant que « Les Sous-Bois aux Écureuils ». Bien que dans mon monde, ces petits rongeurs devaient probablement être de véritables tueurs.
Hélas, c’était le chemin le plus direct pour nous rendre à « La Tour Pâle ». Qui, en réalité, était plus un moulin qu’une tour. Mais bon, puisqu’il était habité par un mage et non un meunier, on l’avait appelée « La Tour Pâle ». Faut pas chercher à tout comprendre.
Enfin bref.
Cette forêt au nom lugubre n’était pas menaçante... au premier regard.
Mais dès le moment où nous y avons pénétré, les ennuis se sont jetés sur nous d’un seul coup.
Tout commença par une remarque.
— C’est pas ici qu’on trouvera des fruits, dit Math à l'attention de Clémentine qui marchait à côté de lui.
— Je ne crois pas. En même temps, les aventuriers qui revenaient de cet endroit disaient tous que ces lieux étaient imprégnés de poison.
— Du poison ? Tu veux dire que pour une fois que je mets les pieds dans une forêt, elle est empoisonnée ? C’est trop nul votre histoire, personne ne voudra lire un tel récit. Allez, on rentre au village et tu ouvres ta taverne.
— Pas question que je laisse Aloye avec l’autre type louche derrière.
Le type louche en question, ça devait être moi. Au moins, elle n’avait pas sorti le mot « pervers » pour me désigner.
Je me préparais psychologiquement à répliquer une phrase bien sentie pour remettre la serveuse à sa place. Et quand le courage m’est enfin arrivé, je me suis lancé :
— Non mais je peux savoir ce que je t’ai fait ? Je suis un de tes meilleurs clients, j’ai toujours été sympa avec toi et depuis hier tu me traites comme le pire des PNJ et…
Je me suis tu, non pas parce que j’allais dire quelque chose de désobligeant, mais parce qu’il n’y avait plus personne autour de moi. Rien d’autre qu’un brouillard épais.
— Math ? Aloye ? Il y a quelqu’un ?
Pas de réponse.
Rien d’autre que le souffle du vent qui ricanait... mais le vent ne ricane pas. Alors j’ai fermé les yeux pour essayer de percevoir d’où venait ce sifflement et j’ai commencé à entendre des phrases. Enfin, des murmures, mais mis bout à bout, ils formaient des phrases. Elles disaient :
— Il a l’air charmant celui-ci.
Enfin quelqu’un qui me voyait comme j’étais vraiment.
— Oh oui, c’est un beau morceau.
Décidément, j’avais enfin trouvé mon nouveau groupe de compagnons.
— Je dirais même qu’il est à croquer.
Ce dernier compliment était accompagné d’une douleur vive au niveau du mollet. Je me suis empressé de voir d’où cela venait et j’ai remarqué un champignon accroché à mon pantalon. J’ai tendu la main pour l’enlever et c’est à ce moment-là que cet eumycète (oui, c’est comme ça qu’on appelle les champignons, au moins vous aurez appris quelque chose… ou pas) m’a mordu le doigt.
— Aïe ! C’est quoi ce truc ?
— Tu as raison, il est délicieux !
Je l’ai lancé à terre et d’un coup j’ai sorti mon couteau gobelin de niveau 2.
— Je vais vous découper en rondelles puis vous envoyer par la poste à vos parents !
Quoi ? Mais pourquoi je disais des trucs pareils, moi ? J’ai jeté un coup d'œil au couteau et j’ai remarqué quelque chose.
Couteau gobelin de niveau 2
Force +2
Capacité de l’objet : Provocation gobeline
(qui consiste à dire des choses pas très gentilles, parce que les gobelins ne sont pas très gentils).
Ceci expliquait beaucoup de choses, mais je n’avais pas le temps d’y réfléchir, car un autre champignon s’élança dans les airs et me mordit le poignet. La douleur — parce que oui, c’était douloureux — me fit lâcher mon arme.
Sur le sol, j’ai remarqué quatre petits champignons qui emportaient au loin mon couteau. J’étais donc désarmé face à de nombreux ennemis qui en voulaient à mon corps… pour le manger.
Je devais trouver une solution pour me sortir de ce mauvais pas et c’est à ce moment-là que j’ai repensé à quelque chose, quelque chose que j’avais pris dans la grange. J’ai mis ma main dans ma poche et j’ai trouvé l’objet dans mon inventaire.
Lame sacrée du Terrierplier niv ???
Je brandis ma nouvelle arme pour la première fois, prêt à attaquer tous mes ennemis.
Avec le plat de l’épée, je décrochai le champignon de mon poignet.
C’est à ce moment-là que j’entendis pour la première fois cette voix, une voix nasillarde.
— Hé, fais gaffe, mon gars ! Puis, j’aime pas les champignons, moi !
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