Recueil épistolaire : Lettre 3
Château de Carrick[1]
Ecosse
le 12 octobre 1296,
Duncan,
Le vent hurlant à l’extérieur du château n’est rien comparé à la tempête de mon cœur. Je crains fort que cette lettre ne t’apporte pas les bonnes nouvelles que tu espérais y trouver. Les temps sont durs pour tout le monde. Pourtant, le destin a, semble-t-il, décidé de s’acharner sur moi. La brume recouvrant le village ne fait que camoufler la peine empreinte sur le visage de chacun. Je suis d’humeur maussade depuis la nouvelle de l’enfermement de John Balliol dans la tour de Londres. A ce moment, tu t’en souviens, je t’avais écrit que rien ne pourrait arriver de pire. Le ciel m’a entendu, s’évertuant à me faire reconnaître mon erreur.
Quel coup porté à notre orgueil ! Que ce roi soit maudit ! Edouard paiera cher l’offense qu’il fait à notre pays. Voler la pierre du destin[2] devrait lui coûter sa tête, justifier les tortures les plus terribles. A mort le roi méprisant qui ose envahir nos comtés ! Je n’ose imaginer l’état dans lequel, toi et tes hommes, devez être en ce moment. Mes mots n’apporteront cette fois aucun baume à ton âme.
Je ne t’ai pas encore annoncé la dernière information qui est venue à bout de mon optimisme. Ma femme est morte. Sa santé a toujours été fragile, sa grossesse n’ayant rien arrangé. Elle s’est éteinte en couche, me laissant une fille sur les bras. J’ai pu trouver des femmes pour l’éduquer. Quel dommage que ce ne soit pas un garçon. Avant que tu me le demandes, elle fut nommée Marjorie, en référence à la pureté que chaque femme devrait conserver.
En espérant te lire bientôt, je prie pour des jours nouveaux.
Sincèrement,
R. B.
[1] Ancien district écossais qui fait désormais parti du South Ayrshire.
[2] Bloc de grès utilisé dans les rituels de couronnement.
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