~ Chapitre 9.2 ~

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*


Pendant la pause de midi, quelques Drifterz se détendent dans un parc et après un petit Parkour entre amis.

— Les mecs, je vous annonce que, ce soir, je propose mon roman à « Black Coat Press » ! s’exclame fièrement Hajer Riahi à quatre comparses qui l’entourent actuellement.

Alex Taylor, Aïdan Brown, Noah Beckers, et Joakim Bauer.

— Rafraîchis-moi la mémoire, c’est la maison d’édition sur la quinzième avenue ? s’intrigue le rouquin Aïdan. 

— Ouais, soupire Alex. 

Allongé sur la pelouse, le brun aux cheveux lisses relève la tête pour fixer le probable futur écrivain avec dépit. Rat de bibliothèque, il ne digère toujours pas que son comparse Drifterz n’ait demandé que les avis de Joakim et Noah, pour son roman.

De son côté, le jeune Beckers reste silencieux et repense aux paroles de son cousin, sur le talent d’auteur de leur collègue. Gêné, il s’en racle la gorge et son visage très expressif trahit une nervosité grandissante… Ses pupilles bleues se dirigent vers la pelouse, car il aimerait disparaitre de la scène tant celle-ci le dérange.

Joakim intervient à son tour, dans la direction d’Hajer, avec un air étrangement serein :

— Je t’accompagnerai si tu as le trac. Je suis content que tu franchisses le pas, car, malgré quelques défauts, ta plume est incroyable. 

Noah manque de s’étouffer et se retourne vivement vers lui, abasourdi par tant d’hypocrisie.

— Ouah ! venant de toi, ça me fait plaisir ! réagit immédiatement le naïf Hajer, parce que tu as été vache l’autre fois !

— Je sais, mais au fond, je pense vraiment que tu as un potentiel énorme. Du coup, tu y vas juste après les cours ? En fin d’après-midi, par là ?

— Ouaip, je pense ! confirme Hajer, mais je préfère y aller seul, si ça ne te dérange pas.

— Pas de souci, je serai avec toi par la pensée et t’encourage sincèrement ! Tu es le meilleur, souviens-t’en.

Noah fixe l’horizon en silence. Il ressent du dégoût pour ces paroles prononcées après un bain dans une soupe de méchanceté et de faux-semblant. Discrètement, il dirige son regard vers son binôme avec un air suspicieux peint sur le visage. Il essaie de comprendre les raisons de ce cinéma devant leur ami le plus neuneu


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Dans les jardins du lycée, Amy et Trisha discutent autour de l’une des tables de pique-nique installées ici pour que les jeunes en profitent pendant leurs pauses.

Elles entament désormais leur sujet de conversation favori : la comparaison de leurs petits amis.

— Est-ce qu’il est bon au lit au moins, ce minable ? questionne la blondinette en levant les yeux au ciel.

Elle espère une réponse qui pourrait lui permettre de se moquer de celui qu’elle déteste. « Il ne mérite que ça, après tout ! »

— Eh bien… commence son interlocutrice avec un brin d’hésitation, comment dire…

— N’en dis pas plus, je l’avais deviné ! s’exclame-t-elle alors, ravie. Il pue la merde ! J’en étais sure !

Un long rire de satisfaction suit sa réplique. Elle jubile !

— Non, c’est tout le contraire ! 

— Quoi ? grince Amy dans une grimace de dégoût, frustrée.

— En fait… chuchote la rouquine en baissant d’un ton pour gagner en discrétion. Trois !

— Trois fois ? Bah… OK il se défend. Mais c’est pas non plus exceptionnel. 

— Orgasmes, répète-t-elle toujours à voix basse.

— Quoiiiii ? s’interloque la lycéenne blonde dans un sursaut de surprise. Je ne te crois pas ! Menteuse !

— Si.

Noah et Alex arrivent soudains vers elles pour interrompre leur conversation.

— Alors les filles, qu’est-ce que vous racontez de beau ? leur sourit gentiment Noah.

Il s’avance rapidement pour s’asseoir aux côtés de sa petite amie.

— J’étais justement en train de lui dire la chance que j’avais d’avoir pêché le plus canon, lui susurre amoureusement celle-ci.

Frustrée, elle s’installe sur ses genoux et repense aux révélations précédentes de son binôme pour qu’une vague d’amertume et d’aigreur la submerge lentement…

— Joakim n’est pas là ? s’étonne Alex en direction des demoiselles. 

En effet, au moment où les quatre Drifterz se séparaient pour vaquer chacun à leurs occupations, Hajer annonçait devoir acheter un nouveau classeur avant le début des cours et le jeune Bauer prenait congé en prétendant « rejoindre une charmante compagnie ». Noah et Alex s’imaginaient donc qu’il ne pouvait s’agir que de sa rousse.

— Eh non, comme tu peux le voir, il n’est pas là, soupire Trisha, blessée, en direction du Drifterz brun. Je ne suis pas une assez charmante compagnie à ses yeux ! Dommage !

Elle fulmine encore plus alors qu’elle constate son binôme sur les genoux de Noah, tendrement enlacée dans ses bras. « Si seulement son idiot pouvait posséder un centième du romantisme de son cousin… »

— Tu avais le choix, dans notre Crew, et tu as trouvé le moyen de vouloir le pire ! la taquine Alex en s’asseyant sur le banc à ses côtés.

— Parce que j’avais déjà piqué le meilleur, réagit amoureusement Amy.

Émoustillée et fière de son compagnon, elle lui dépose un doux baiser sur le bout des lèvres.

— Oh, les deux niais, lâchez-nous ! pouffe amicalement le brun de la scène en détournant le regard d’eux. 

— Jaloux, va, ricane la blondinette avant de reprendre, du coup, moi et mon homme, on va prendre congé parce que nous sommes trop bien pour vous, misérables mortels !

Le couple se relève à l’unisson après sa réplique, pour s’éloigner à deux. Amy mime des airs de duchesse alors qu’elle marche auprès de son compagnon qui en rit d’amusement.


*


Plus tard et peu avant le début du dernier cours de la journée, Trisha retrouve son petit ami qui vient de revenir dans leur salle de classe. Elle le remarque devant le pupitre où elle s’assoit d’habitude, en train de fouiller dans son téléphone portable qu’elle avait laissé sur sa table, le temps d’aller au petit coin.

Sans attendre, elle se précipite vers lui pour l’attraper tendrement par-derrière :

— Je t’y prends ! Eh eh, dis-moi que tu es jaloux et que tu espionnes ma liste de contacts en fulminant sur tous les prénoms de mecs qu’il y a dedans, dis-le-moi ! rit-elle avec amusement.

— Euh, non ! lui répond Joakim. Je m’occupais en regardant de quelle façon tu m’as entré dans ton répertoire. 


*


En fin de journée et alors que le jeune Bauer vient de ranger sa moto dans le garage familial, son téléphone vibre soudain et il se hâte de décrocher, l’air satisfait.

— Ouaip allô Hajer ! Alors, comment ça s’est passé ?

— Ce sont des fils de putes !

— Ah merde.... réagit Joakim en analysant très vite la détresse de son comparse.

— Je suis dégouté ! grince-celui-ci avec un désespoir palpable, bref, tu tenais à ce que je t’appelle en sortant… c’est fait ! Et tu avais raison, je suis nul…

Le jeune auteur réprime un sanglot.

— Non, j’avais tort, le contredit calmement son interlocuteur. Et tu ne vas pas te laisser écraser.

— Ah ouais ? reprend l’écrivain déchu avec une colère croissante. Et qu’est-ce que tu veux que je fasse pour leur apprendre à péter moins haut que leurs culs, à ces enculés ?

— Un feu de joie !

Le Drifterz en larmes en rit aux éclats, puis ajoute avec aigreur.

— Ça serait tout ce qu’ils méritent, mais ils ont du bol, j’ai rien sur moi pour tout faire cramer.

— Et comment tu allumes tes clopes, alors ? 

— Ben, sachant que j’essaie d’arrêter de fumer… répond-il en fouillant tout de même ses poches.

Dans la plus grosse de son baggy, il réalise rapidement la présence d’un petit objet métallique et glacé ; un briquet en chrome de la marque Zippo.

Il sourit face à cette savoureuse coïncidence, puis se demande quand il a pu subtiliser cet objet. « Surement un larcin dérobé en boite de nuit ». Il en rigole et s’en amuse, tout en informant Joakim de sa trouvaille. 

— La nuit va bientôt tomber et la station-service d’à côté est ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Renseigne le jeune Bauer avec calme avant de jeter un œil à sa montre. Oh merde, je dois te laisser, je te rappelle un peu plus tard. Ou toi, si tu as besoin de quoi que ce soit.

Il raccroche son téléphone après une tirade qui réussit à troubler un interlocuteur simplet.


D’un pas lent, car encore désespéré par son échec d’aujourd’hui, Hajer commence à s’éloigner avec une sensation d’avoir le cœur pris dans un étau. Il se souvient douloureusement de toutes ces heures passées à écrire, pour rien. D’un père qui le traite de minable au quotidien, de déchet qui n’arriverait jamais à rien…

Une heure plus tard et à force de cogiter sa détresse, il revient aux alentours de Black Coat Press. Deux jerricanes moyens gonflent désormais son sac à dos.

Il en serre les dents de rage, puis, aveuglé par sa propre colère et satisfait que cet endroit soit aussi si peu fréquenté ce soir, il éparpille discrètement des papiers froissés devant l’entrée du bâtiment, avant de leur vider dessus ses deux bidons.

D’un geste vif, il enflamme ensuite le tout.

C’est lorsque le feu commence peu à peu à grimper sur l’établissement en grignotant la grande porte en bois qu’une peur terrible s’empare du pyromane novice. Terrifié par son acte irréfléchi, il court à quelques mètres pour se jeter derrière un buisson, dissimulé dans l’ombre, pour s’y cacher et se dépêcher de téléphoner à Joakim.

Par chance, celui-ci, qui attendait son appel avec impatience, décroche dès la première sonnerie :

— Oui ? Ça va ?

— Non ! Au secours, Jo, qu’est-ce que j’ai fait ? Au secours, aide-moi !

— Qu’as-tu fait ? s’enquiert son interlocuteur avec un sourire en coin qui trahit une infinie satisfaction.

— Ce que tu m’as dit… JE SAIS, je suis trop con ! Pitié, aide-moi ! Ne me laisse pas tomber, je t’en supplie, me laisse p…

— Jette dans les flammes tout ce qui peut être compromettant, ordonne calmement le jeune Bauer avec une assurance terrifiante. Tout ce qui peut servir à allumer un feu, allumettes, briquet, bref, vide tes poches. Et ensuite, barre-toi.

— J’ai.. j’ai.. j’ai toujours le briquet, et.. Bégaie l’écrivain désespéré avant de reprendre, bref d’accord, tout de suite, je.. Je.. Tout de suite ! Je fais ça ! D’accord ! 

Il revient discrètement vers les flammes et, dans la panique, y jette quelques bouts de papier insignifiants, un paquet de chewing-gum, ainsi que le fameux Zippo, avant de courir dans la direction opposée.

— Calme-toi, respire, marche paisiblement, tu n’as rien à te reprocher. Tu es un passant comme un autre. Rassure Joakim dans son téléphone, car il perçoit des halètements.

— Qu’est-ce que j’ai fait, qu’est-ce que j’ai fait ? Putain, j’entends les pompiers ! J’entends les pompiers ! À l’aide !

— Et alors ? Il y a eu un incendie, c’est donc tout à fait normal qu’ils arrivent, ils font leur boulot. Continue ta route en marchant l’air de rien. Ton visage laisse transparaitre ton agacement vis-à-vis de la jeunesse actuelle, tu es lassé de vivre dans une ville avec tant de criminalité…

— Mais c’est moi qui ai fait ça, Jo ! Criminalité, mes couilles, c’est moi le criminel !

—  Hein ? Mais non, tu n’as rien fait, puisqu’il n’y a aucune preuve pour t’incriminer. Tu m’entends ? Tu n’as rien fait. Et personne ne saura jamais ce qui s’est passé cette nuit. Toute cette histoire restera entre toi, et moi. Alors, tu vas rentrer chez toi et tout oublier.

— Et si je, et si je…

— Personne ne remontera jusqu’à toi. Car personne ne t’a vu, ce soir. Personne. N’est-ce pas ?

— O. Oui. Personne…

— Très bien, c’est parfait. Rentre paisiblement chez toi, maintenant. Et fais-moi confiance. Tu as confiance en moi, n’est-ce pas ?

— Oui… 

Hajer ne ment pas, car il ne peut se sentir qu’en sécurité avec un ami qui a toujours une longueur d’avance sur les évènements. Jamais rien ne pourrait le prendre au dépourvu et tous le savent… 

— Tu es encore loin de chez toi, là ? demande de nouveau le jeune Bauer.

— Non, je suis arrivé…

— Alors, monte dans ton appartement, prends une bonne douche, mange, et va te coucher. Demain, on a un examen de maths ! Ne pense plus qu’à ça. Je te vois au lycée, bonne nuit.

— O.Oui…

— Fais ce que je t’ai dit et tout ira bien.

— Oui, promis…

— Bien. Bonne nuit.

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