~ Chapitre 15.1 ~

8 minutes de lecture


*


Au même moment, les Drifterz profitent de leur samedi en ville. Ils trainent dans un parc et s’adonnent à cette activité qui les passionne ; celle qui façonne leur crew. La bande affiche presque complet ; il ne manque que Joakim Bauer, Miguel Sanchez ainsi que Mickaël Davis.

Quelques figures de breakdance plus tard, le brun aux cheveux bouclés apparait. Il semble de bonne humeur, ravi de retrouver ses camarades.

Il ne se doute absolument pas des propos échangés sur son compte suite aux révélations de Zack et blêmit lorsqu’Aïdan l’attaque verbalement dès qu’il le remarque.

Un flot de reproches claque dans l’air. Le rouquin grogne qu’il n’est plus le bienvenu parmi eux. « Ils le méprisent tous d’avoir piégé l’un des leurs pour s’en prendre à un autre ! »

Agressif, il l’insulte et le rabaisse avec véhémence, tandis que le reste de la bande l’observe, telle la brebis galeuse qu’ils rejettent désormais, avec dégoût et dépit.

Blême, blessé par ces attaques et la perte évidente de son crew, Mickaël souhaite entrainer deux fourbes dans sa chute : « Andréas et Zack participaient au plan contre Joakim. Pourquoi ne subissent-ils pas le même rejet que lui ? »

Paniqué, le jeune Muller prend aussitôt la parole :

— Vas-y n’importe quoi, lâche mes côtes, j’ai pas cautionné ta merde, moi. 

Andreas hausse les épaules et affiche un air neutre, désintéressé et méprisant devant la bêtise de celui qui tente de les couler. « Ce crétin ne réalise pas que le côté familial qu’ils partagent avec Joakim et Noah les protègera toujours… »

Dans un accord commun, l’ensemble des Drifterz ordonne à Mickaël Davis de ne plus leur adresser la parole ni même recroiser leur chemin. Ils le traitent de lâche pour son retranchement derrière l’équipe de Joey Sanders, dans le but de se venger d’un membre de leur bande. Cette attitude les dégoûte et ils lui demandent de disparaître de leur parc, avant qu’ils n’en viennent aux mains.

À court d’arguments, le banni tourne les talons. Furieux, blessé, humilié et abandonné, il s’éloigne en crachant à ses anciens amis :

— Tous unis pour Joakim, alors que la moitié du groupe le déteste ! Bande d’hypocrites, vous êtes pathétiques !

Cette phrase a l'effet d’une bombe dans l’esprit de Jordan Smith qui lui court soudain après pour le rattraper. « Attends ! », l’appelle-t-il vivement. Il a choisi son camp.

Aïdan relance la musique et se remet à danser, l’air de rien, toujours entouré des six autres Drifterz. Andreas ne lui jette pas un regard et tourne le dos à ses camarades. Il reste fixé sur les deux trublions qui disparaissent lentement au loin et se retient de se précipiter derrière eux, car son meilleur ami se trouve encore dans ce crew… Blasé, il soupire et déteste déjà le moment où il verra Joakim revenir en héros parmi eux.

Drifterz malgré lui, alors que sa santé ne lui permet pas de s’amuser autant que ses comparses et parce que son binôme ne pourrait vivre sans cette bande… Il en soupire de dépit et ramène son regard vers la tête rousse d’Aïdan, qui laisse la place au blondinet pour qu'il exécute quelques figures, lui aussi.. 


*


À quelques kilomètres de là, Joakim, assis sur le lit de sa petite amie, décroche le téléphone portable de sa rousse. L’objet vient de vibrer sur sa table de nuit alors qu’elle traîne sur son ordinateur. Elle s’occupe sur ses réseaux et souhaite changer de photo Instagram, car elle en possède maintenant une dizaine avec son homme ; prises sans arrêt pendant ces deux derniers jours ! 

Intriguée, elle se retourne vers son compagnon, sceptique de le voir avec son iPhone :

— Joakim ? lui demande-t-elle en fronçant légèrement les sourcils.

Elle trouve son attitude culottée !

— Tiens, salut, Alex ! Envoie celui-ci sans la moindre gêne. Tu ne te serais pas trompé de numéro, par hasard ?

— Oh, salut Joakim… en déglutit de surprise et de honte le Drifterz brun à l’autre bout du fil. Je.. Je voulais juste dire un mot à Trisha ! Tu pourrais me la passer, s’il te plait ?

— Non. Elle est occupée là, et la décence m’interdit de te dire ce qu’elle est en train de me faire.

— Oh God ! se fige la rouquine en se rapprochant de son petit ami avec étonnement.

Elle s’adosse contre le mur près de son lit, debout, devant son interlocuteur voleur de téléphone. Elle boude, silencieuse, impatiente qu’il raccroche !

— C’est ça, au revoir, conclut nerveusement son kleptomane en mettant fin à l’appel.  

— Tu sais au moins que tu n’as strictement rien à craindre vis-à-vis de lui ? lui soupire-t-elle avec suspicion. Je l’apprécie, c’est un bon ami.

— Je sais, souffle Joakim en reposant le smartphone sur la table de nuit.

Il se relève ensuite du lit pour la saisir vivement par la taille afin de la ramener contre lui.

Ses deux mains se dirigent aussitôt sur ses fesses et son regard plonge dans le sien, avant qu’il ne s’empare fougueusement de ses lèvres pour un long baiser.

Ravie et émoustillée, sa rouquine lui attrape délicatement la nuque pour se hisser sur la pointe des pieds et prolonger l’instant.

Elle ne l’a pas trompé, la veille, mais il reste possible que les nombreux sourires échangés aient donné à son ami Alex l’impression qu’ils pourraient aller plus loin. Aux anges de réaliser son compagnon jaloux, ses yeux pétillent désormais d’un amour décuplé et elle ne pense plus à rien ni à personne…


https://www.youtube.com/watch?v=l5t9IXtTr6g

~ Creep — Radiohead ~ 

You're just like an angel. // Tu es comme un ange.

Your skin makes me cry // Ta peau m’envoûte.

You float like a feather // Tu flottes telle une plume.

In a beautiful world // Dans un monde merveilleux


De son point de vue, Joakim se sent énervé, stressé, alors qu’il continue d’échanger de nombreux baisers avec sa rousse. Il la désire ardemment, mais ressent désormais une sorte d’aigreur pour ce bien-être…


But I'm a creep // Tu me fais ramper.

I'm a weirdo. // Je suis un mec bizarre.


Pour la toute première fois de sa vie et par son unique faute à elle, il a ressenti un vif sentiment de jalousie vis-à-vis d’un ami et cela lui a fortement déplu. « Ces âneries ne lui ressemblent pas et ne doivent pas se reproduire. »


What the hell am I doing here? // Putain de merde, qu’est-ce que je fous là ?

I don't belong here // J’ai rien à foutre ici (avec elle).


« Cela n’est pas logique qu’il réagisse ainsi. » Personne ne doit empiéter dans ses pensées ! Il refuse cette étrange et agaçante sensation de possession ! Il ne veut pas ressentir cela ! Cela ne lui ressemble pas.


I don't care if it hurts // Et j’men fous si je blesse.

I want to have control // Je veux avoir le contrôle

I want a perfect body. // Je veux un corps parfait.

I want a perfect soul // Je veux un esprit supérieur.


Personne ne doit perturber son esprit ! Il doit garder le contrôle sur tout et tout le monde, en conservant son statut de maître de l’échiquier ! Les autres, les figurants, y incarnent les pions. Il dirige et eux suivent ! Pas l’inverse !

Et pourtant… Aujourd’hui…


You're so fucking special // Tu es unique.


Cette fille l’a rendu jaloux. Cette idiote qui s’accrochait bêtement à lui a réussi l’exploit de lui retourner l’estomac quand il a entendu son prénom dans la bouche de l’un de ses amis !

Furieuse, sa main gauche remonte vers l’épaule de sa diablesse tandis que sa droite continue de lui caresser les fesses. Il la déteste de l’obliger à lui donner de l’intérêt, de lui donner envie de la garder auprès de lui, de le forcer à la désirer ainsi, alors que, bordel, elle ne peut pas lui plaire ! Sa personnalité ne peut le séduire ! Il ne supporte habituellement pas les princesses pimbêches et idiotes ! Pourquoi ne peut-il donc plus s’arrêter de lui dévorer les lèvres, pourquoi… ?


But I'm a creep…

I'm a weirdo…

What the hell am I doing here ? ...

I don't belong here, oh oh, oh oh…


Elle lui glisse tendrement ses mains dans le dos, avec délicatesse, car cette crétine sait qu’il souffre et elle prend soin de lui ! Il la méprise d’agir ainsi, parce qu’il refuse de s’attacher ! Il ne veut pas apprécier l’écouter jacasser, rire aux éclats près de lui, ou simplement la regarder sourire ! Pourquoi aime-t-il tant la voir heureuse à ses côtés ? Pourquoi ne souhaite-t-il que son bonheur en ne désirant que la protéger ? Ces conneries le dégoutent, l’ulcèrent !

Il se juge pathétique et interrompt leur baiser pour la dévisager de haut en bas, d’une façon bienveillante qu’il déteste profondément. Pourquoi plonge-t-il désormais son regard dans le sien d’un air doux ? Elle l’énerve ! Il se trouve lamentable. 

Minable quand il réalise que cette folle agaçante lui plaît, alors que cela ne pouvait arriver ! Frustré, il lui souffle :

— Il va falloir que j’y aille. Je dois retourner récupérer ma moto avant de rentrer.

— Tu penses que tu sauras la conduire dans ton état ? s’inquiète-t-elle, sceptique.

—  Il faudra bien. 

— Ton œil est encore bleu, attends.

Elle termine sa phrase en fouillant dans sa trousse à maquillage pour chercher un fond de teint de sa carnation. Délicatement, elle lui en applique afin de dissimuler le plus de traces de bagarre possible, tandis qu’il garde ses mains dans ses poches, l’air nonchalant, indifférent. Il se retient de la prendre de nouveau dans ses bras, car cette comédie doit cesser. Il ne veut plus de ces conneries !

— OK, merci, ronchonne-t-il alors qu’elle lui dépose un doux baiser sur le bout des lèvres.

Il grimace et récupère sa chemise ainsi que sa veste sur le dossier de la chaise de sa coiffeuse. Frustré, il commence à se rhabiller. Sa mauvaise humeur ne redescend pas et il espère qu’elle lui donne vite une raison de la trouver stupide et détestable.

— Je vais t’accompagner à ta moto avec la voiture de ma mère. Elle ne travaille pas aujourd’hui.

— Pas la peine, je vais y aller en taxi.

— Oh… OK ! lui soupire-t-elle alors qu’il enfile ses chaussures pour se préparer à partir.

Elle revient rapidement vers lui pour un dernier baiser qu’il ne peut s’empêcher d’accepter. Souriante, elle lui demande ensuite de l’appeler dès qu’il arrive chez lui pour la rassurer. Épuisé par ces émotions récentes, étranges et désagréables, il lui lâche un « on verra », avant de disparaitre de son appartement. Il n’en peut plus. Son cerveau va imploser ! Pourquoi pense-t-il encore à elle en entrant dans l’ascenseur pour s’en aller ? Stop ! Ces futilités incompréhensibles doivent cesser !

De son côté, Trisha revient dans sa chambre, déçue de ne pouvoir passer son samedi avec lui. 

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire Emilie ヅ ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0