~ Chapitre 15.2 ~
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Une heure plus tard, Joakim lit une bande dessinée à son cadet, chez eux, dans le petit salon de leur premier étage. Son frère lui a manqué et le retrouver lui permet de se recentrer sur l’un des piliers de sa vie.
Alors qu’il lui raconte un passage où un monstre affronte une équipe de superhéros, il s’intrigue de son visage pâle et fonce alerter ses parents de ses inquiétudes. Ceux-ci ne partagent pas son angoisse et lui apprennent en riant que « les jumeaux dormaient après minuit, la veille, pour finir Prison Break ! »
Réconforté par ces paroles, il revient donc vers son cadet, mais cette fois avec l’annuaire de son lycée de l’année dernière. Il vient de repenser à un élément sombre de l’affaire Joey et souhaite l’éclairer. Alarich lui sourit dès qu’il s’installe de nouveau sur le canapé blanc du petit salon, près du grand aquarium du premier. Il a hâte que son aîné reprenne l’histoire des super-héros, mais le livre qu’il ouvre désormais ne lui rappelle pas le précédent.
— Phoooo-o ! clame-t-il alors que son frangin le feuillette.
Son expression apaisée disparait quand Joakim arrive sur la page de la classe de Mickaël Davis pour pointer du doigt le concerné.
Stressé, l'adolescent brun lui agrippe nerveusement le bras. Il semble terrifié, mais reste muet. Il ne veut pas se plaindre, mais son grand frère comprend immédiatement la terrible erreur commise ; et qu’il prévoit de réparer au centuple…
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Quelques heures plus tard, en début d’après-midi et après un brunch en famille, sur leur terrasse et devant leur piscine, l’aîné de la fratrie Bauer revient dans sa chambre et se surprend à passer un coup de téléphone :
— Salut ! Je suis rentré et je vais me coucher. Et toi ?
— Oh, tu m’appelles à quatorze heures ! s’exclame sa rouquine d’une voix enjouée et pétillante. Je suis trop heureuse que tu sois sérieux ! J’avais peur que tu ailles faire le fou avec les autres alors que tu as encore besoin de repos ! Tu as repris un cachet ?
— Oui, oui. Et toi, que fais-tu ?
— Eh bien, je voulais rejoindre Amy en ville, mais j’ai la flemme, car elle va retrouver la bande.
— Ne le fait pas alors, ronchonne Joakim en s’installant sur son lit. Tu as qu’à rester là.
— En appel jusqu’à ce que tu t’endormes ? taquine Trisha, émoustillée et ravie.
— Tu parles trop… soupire son petit ami dans un souffle qui réprime la douleur qu’il ressent au niveau de sa côte cassée.
— Tu as encore mal ? s’inquiète immédiatement sa rouquine, ça ne va pas mieux, du coup ?
— Pendant le brunch, la crétine n’a rien trouvé de mieux à faire que rigoler en me mettant un coup de coude au pire endroit.
— Oh merde ! Tu as dû avoir trop mal sur le coup, j’espère que tes parents ne se sont pas étonnés que tu gueules de douleur !
— Je suis maître dans l’art du camouflage.
— Dis celui qui a couiné pendant deux jours !
— Quand je te dis que tu parles trop…
Stressé, il se retient de rire et d'éprouver de la sérénité à ses côtés. Il se sent soudain en colère pour cet appel, parce qu’il ne doit plus la laisser empiéter sur son esprit… Frustré, il pose son téléphone sur l’un de ses oreillers et sa tête sur un autre pour pouvoir se détendre en écoutant cette voix craquante, mais stupide, qu’il adore, mais qui l’énerve. Elle va discuter de tout et de rien, de sujets féminins ou d’actualité, en passant par des blagues ou des envies d’achats, car telle robe est en solde ici ou là, tandis que cette paire de chaussures l’attend dans tel magasin ! Elle ne doit pas l’oublier et ira donc la chercher dès demain, mais, en parallèle, elle trouve qu’elle a grossi, sans parler du fait que sa nouvelle photo Instagram rend vachement bien et machin dans sa série du moment exagère ! Elle le déteste et Amy approuve son avis, d’ailleurs ! Joakim s’assoupit à ce moment-là et sa rousse le réalise lorsqu’elle perçoit un léger ronflement :
— Je t’embrasse, dors bien ! lui sourit-elle tendrement en s’allongeant elle aussi sur son lit.
Elle va scroller ses réseaux sans un bruit pour ne pas réveiller son compagnon. Tant pis pour Amy et la bande, elle ne sortira pas cet après-midi !
*
Le lendemain, au lycée, Trisha flotte encore sur un nuage. En effet, elle a retrouvé son petit ami ici et il ne semble pas redevenu désagréable et indifférent !
La preuve ! À l’heure de la pause de la matinée, quand elle se rapprochait de sa table pour discuter, passer du temps avec lui, il l’a soudain attrapée pour la faire tomber sur ses genoux. Il l’a ensuite prise délicatement dans ses bras !
Sans un mot ni un sourire cependant « Il ne faut tout de même pas trop lui en demander dans le registre du romantisme ! » songe-t-elle, désormais lovée contre lui, amusée et émue.
La transformation de son compagnon la surprend et lui plait énormément. Son cœur bat la chamade et son amour pour lui continue de décupler !
Elle se sent heureuse et comblée alors qu’il lui parle de son crew et de sa moto. Il prévoit d’augmenter la puissance de son moteur — ou quelque chose dans le genre, elle n’a pas tout saisi du sujet . Terriblement éprise, ravie de ce partage, elle lui caresse tendrement le visage.
Leur camarade commun, Alex Taylor, passe devant la salle à ce moment-là, arrête ses pas et réalise vite la situation. Profondément humilié par son comparse, la veille, au téléphone, il souffre encore plus de constater la rouquine sur les genoux de celui qui la décevait tant, soi-disant.
Il les observe en silence et avec dégoût, alors qu’il réfléchit au comportement de celui qui ne s’attache normalement pas aux femmes.
« Il agit pourtant aujourd’hui comme quelqu’un en couple… » songe le brun, suspicieux.
Blasé, il hausse les épaules car il ne peut croire en la sincérité de cet ami dont il connait la nature dominante. Il se persuade que celui-ci protégeait ses plates-bandes par égo, la veille, sans ressentir quoique ce soit pour Trisha Hill. Il sait bien que son comparse se moque de la jeune fille et apprécie juste la posséder.
Devant lui et entre deux baisers, Joakim propose à sa rousse, dans un discret chuchotement, de l’accompagner à la prochaine soirée de Kristofer. L’invitation s’échappe de ses lèvres et, avant même qu’il ne la retire, terrifié par sa bévue, sa diablesse l’accepte en l’embrassant de nouveau.
...But I'm a creep…
— Oui, Alex ? envoie-t-il soudain en direction de son comparse toujours planté à l’entrée de la classe.
Trisha en sursaute de surprise et se dépêche de lancer à l’espion brun :
— Coucou, toi ! lui sourit-elle joyeusement en pivotant la tête dans sa direction.
— Je passais dans le couloir et je voulais juste faire signe, réplique leur ami commun, mais je vois que vous êtes bien occupés, alors on se voit plus tard, ciao !
Il tourne aussitôt les talons pour détaler, mais refuse toujours de donner la moindre crédibilité à ce couple ridicule tant la scène à laquelle il vient d’assister lui semble surnaturelle ! « Trisha Hill se cassera bientôt les dents, mais ça sera mérité, car tout le monde l’aura prévenue de son choix catastrophique en matière de compagnon ! »
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