~ Chapitre 16 ~

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Deux heures plus tard, Trisha rejoint Amy pour déjeuner entre copines. 

Elle devait rester avec son compagnon ce midi, mais celui-ci devait rentrer chez lui. Pas de soucis, la rouquine appelait aussitôt son binôme blond pour manger en ville en sa compagnie ! Une proposition immédiatement acceptée, même si Amy avait prévu de passer ce temps avec Noah ! Elle haussa les épaules quand il protesta contre son abandon, soupirant que le Drifterz capricieux avait des amis pour se débrouiller un peu tout seul, lui aussi !


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Peu après et alors que deux amies se retrouvent, Joyce Davis quitte son lycée après les cours de la matinée pour rejoindre son arrêt de bus.

Elle ne pense qu’à son anniversaire qui se déroulera cet après-midi ! Elle aura seize ans et se demande si son grand frère viendra à sa fête, au lieu de lui préférer son Crew stupide !

Tout à coup, un individu vêtu de noir accélère le pas dans sa direction pour la bousculer et la jeter vers un break garé à côté. Sans attendre, il ouvre vivement une portière arrière et la pousse à l’intérieur sans ménagement. Elle comprend immédiatement qu’elle subit un kidnapping et peut voir ses agresseurs. Il y en a deux, un assis à côté d’elle et un au volant. Paniquée, elle s’apprête à crier, tout se passe très vite ; on lui applique soudain un mouchoir imbibé de chloroforme sur la figure. 

Elle perd connaissance en songeant à l’anniversaire qu’elle manquera. Une larme roule le long de sa joue. Elle qui y croyait tellement, à cet après-midi qui aurait pu réunir dans une bonne ambiance, sa mère et son frère ; en froid depuis de nombreuses années.

Elle l’a apparemment rêvé trop fort… Ce moment en famille où les deux êtres qu’elle aime le plus au monde accepteraient de se tolérer pendant une demi-journée, sans se cracher des insultes au visage. 


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À quelques kilomètres de là, Joakim se prélasse sur la terrasse de sa maison, avec sa liseuse.

Il profite de la température agréable du jour en se délectant de ce délicieux moment de solitude.

Il est en effet le seul Bauer chez lui actuellement ! Un pur bonheur !

Il termine un nouveau roman quand, soudain, l’appel qu’il attendait avec impatience fait vibrer son téléphone portable. Il décroche alors, l’air satisfait :  

— Oui ? Kris ?

— J’ai le colis.


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En milieu d’après-midi, Erika participe à son premier cours de danse en compagnie des Rolling Deep qu’elle vient d’intégrer.

La jeune recrue est intimidée face à ces danseuses ô combien talentueuses et incroyables. Elle se sent novice et débutante auprès d’elles et l’ambiance professionnelle de la classe la perturbe, elle qui n’a connu jusqu’ici qu’une école simple et sans prétention. Pleine de bonne volonté, elle donne son maximum pour faire bonne impression devant des gens qui détiennent, sans aucun doute, les clefs de son avenir ! Elle s’applique pour ne pas décevoir son nouveau professeur et chorégraphe, car elle espère vraiment faire sa place sur le long terme dans cette école ô combien géniale et réputée !


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Au même moment, Joakim coince son ancien collègue de Crew dans un couloir isolé de son lycée.

Celui-ci en bégaie quelques phrases maladroites, dont un « pousse-toi », ainsi qu’un « qu’est-ce que tu veux, bouge de là ! »

Il est stressé de voir son ex-ami planté devant lui, avec toujours ce petit air malveillant des mauvais jours qu’il aime tant esquisser pour impressionner…

Mickaël le connait bien, cet enfoiré qui lui exprime actuellement sa sensation de victoire face à lui.

— Je ne vais pas y aller par quatre chemins, annonce calmement le jeune Bauer en vérifiant rapidement qu’autour de lui il n’y a pas d’oreilles indiscrètes.

— Lâche-moi les couilles, le cingle le Drifterz déchu. Je suis au courant pour l’équipe de foot, mais tu fais erreur sur mon compte, et…

Il s’interrompt avec surprise, car la main de son interlocuteur se jette soudain sur son cou pour l’agripper furieusement et le soulever du sol. Il s’en étrangle à moitié et en tousse, essaie de se débattre, mais Joakim le maintient dans les airs et le fusille d’un regard noir :

— Je sais tout, alors économise ta salive et disparais. À tout jamais.

— Et puis quoi encore ! répond Mickaël en gesticulant.

Énervé, il tente de lancer son pied dans l’abdomen de son ancien ami, qui le plaque fortement contre le mur derrière, avec plus de violence.

— Je t’ai dit que tu vas disparaître ! Et dans le silence, en plus ! Dès la fin de la journée, tu n’existeras plus dans cette ville ou même ailleurs. Pour ton bien et celui des tiens, il ne faudra jamais que je te retrouve. Tu m’as bien compris ?

Joakim débite sa réplique avec tant d’assurance que son interlocuteur en reste perplexe et terrifié. Une fois reposé sur le sol, il bafouille, avec stress et angoisse :

— Mais ça ne va pas la tête ? ! Si… Si tu veux te venger de l’autre soir, viens, on s’en colle deux dans la gueule, boum boum boum, et on n'en parle plus ! Sois fair-play ! Sale lâche ! crache-t-il avec courage.

Il termine sa phrase en se protégeant aussitôt le visage avec ses avant-bras, comme s’il se préparait à recevoir des coups. « Ce connard est une brute, il le sait ! », se souvient-il avec terreur.

— Ça serait trop facile, rit Joakim avec sadisme. Je préfère que tu perdes tout, et surtout cette sœur que tu aimes tant. Après, si tu veux que je m’occupe d’eux, je peux le faire… Mais tu peux aussi les épargner et choisir de souffrir seul.

— Va chier, j’ai pas peur de toi ! Je sais où tu habites ! Alors, fais pas le con !

— Toi, tu n’as peut-être pas peur, mais elle, à ton avis… Que ressent-elle ?

Le monde s’effondre sous les pieds du brun quand son ex-camarade lui montre soudain, via son iPhone, quelques photos de sa sœur, blessée au visage, ligotée, dans une pièce sombre. Un garage, sans doute… 

— Joyce ! Oh bordel, comment as-tu osé ? Espèce d’enfoiré ! C’est ma sœur, sale fils de pute !

— Tout comme Alarich est mon frère.

— Je… je… balbutie Mickaël avec effroi, choqué que son ex-ami sache pour l’agression qu'il a commise.

Il en déglutit de honte, l’air gêné, désemparé. Il pâlit, se racle la gorge puis reprend : 

— Tu, tu… Tu n’aurais jamais dû faire ça, on ira voir les autorités, tu as signé ta perte ! Tu te rends compte que tu te balades avec une photo de Joyce blessée dans ton portable ! Je t’ai connu moins crétin que ça ! Tu es foutu !

— Si tu es si sûr de pouvoir me faire tomber, pourquoi trembles-tu ? sourit le jeune Bauer, l’air serein.

— Où est ma sœur ! ! Libère-la sur-le-champ ! Tu as commis trop d’erreurs ! Tu es foutu, on te dénoncera, je te dis !

Il tente le bluff, se gratte le menton de stress et tente de fusiller son interlocuteur, avec une terreur palpable cependant. Ses jambes flageolent et trahissent sa panique.

— Je ne commets jamais d’erreurs, soupire Joakim. Mais si tu veux la mettre en danger pour essayer de me défier, vas-y. Sache que j’ai juste un mot à envoyer pour lui faire subir les pires atrocités. Parce que ces quelques plaies ne sont rien à côté de ce qui pourrait lui arriver dans quelques minutes. Tu me connais, tu sais que je n’hésiterais pas, en plus… Tu veux vraiment qu’il arrive quelque chose à ses jambes ? Alors qu’elle a peut-être une longue carrière dans la danse qui l’attend ?

— Fils de pute… Tu n’oserais pas.

— Donc, tu me défies ? C’est ton dernier mot ?  

Le regard du jeune Bauer brille d’un feu ardent. Son interlocuteur le ressent et se pétrifie sur place.

— Arrête ! craque-t-il avec désespoir. C'est bon, tu as gagné, libère-la, pitié…

Il s’effondre et tremble de tous ses membres. Ses paumes se plaquent sur son visage pour cacher ses larmes…

— Disparais ce soir sans laisser de traces, et si je ne te retrouve jamais, il n’arrivera rien à ta famille. Par contre, si jamais j’ai le malheur de te recroiser, rien qu’une seule fois… je peux te dire que là… tu envieras le destin de Sanders.

— Admettons que j’accepte, que feras-tu de ma sœur…

— Elle sera libérée sur le champ et reprendra le cours de sa vie. Comme si de rien n’était.

— Et qu’est-ce qui me prouve que tu dis vrai… ?

— Absolument rien ! C’est à toi de voir si tu veux tenter de me défier ou pas.


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En fin de journée et après les cours, Trisha invite sa meilleure amie à passer du temps chez elle.

Confortablement installées sur son lit, elles enchainent les épisodes de Friends sur son laptop.

TriLa rouquine, très heureuse en ce moment, ne peut s’empêcher de transpirer le bonheur par tous les pores, tandis que sa comparse semble morose.

Prise dans le récit de ses aventures merveilleuses avec la transformation de son petit ami, Trisha ne réalise l’état de stress de son interlocutrice que lorsque celle-ci explose :

— La ferme !  lui crie-t-elle en se blottissant sur elle-même.

Énervée, elle ramène ses genoux contre son visage et l’y enfouit. Furieuse, elle grogne, l’air désemparé : 

— Joakim par ci, Joakim par là ! La ferme, avec Joakim ! La ferme ! La ferme !

De nombreuses larmes dévalent soudain le long de ses joues, elle crache :

— J’en ai marre ! N’y a-t-il pas quelque chose que tu ne possèdes pas, sur terre ? HEIN ? ? Au milieu de ta vie parfaite, de ta mère géniale, et maintenant de ton mec idéal ? ? 

La rouquine se fige et s’assombrit à son tour :

— Je… Si ça ne va pas avec Noah, parle-m’en, au lieu de me reproch…

Amy l’interrompt nerveusement en haussant le ton. Elle fond en larmes :

— ARRÊTE AVEC NOAH PAR CI, NOAH PAR LA ! C'est ton bonheur qui m’étouffe, c’est trop injuste que tu aies toujours tout aussi facilement ! Tu claques des doigts et tu obtiens ! J’en ai marre ! 

Elle hurle ceci avec rage en sautant du lit de son amie pour se précipiter vers la sortie de la chambre et quitter cet appartement parfait, habité par tous ces gens aux vies merveilleuses qui, au fond, ne le méritent pas plus qu’elle ! Non !

Trisha la regarde s’éloigner en silence, perplexe, sceptique. Elle cherche les mots justes pour la calmer, en vain. « Quelle mouche l’a donc piqué ? »


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Ailleurs, Erika termine son premier cours auprès des Rolling Deep. Elle plane sur un nuage de bonheur, car elle adore tout de cette école ! De son côté professionnel et pointilleux jusqu’à ses élèves studieux et avenants ! Depuis quelques minutes, elle papote avec l’une d’entre elles, qui venait engager la conversation, armée de son plus chaleureux sourire. 

Phœbe Stanley était la benjamine jusqu’à l’admission de la petite nouvelle et elle apprécie de trouver quelqu’un de son âge pour bavarder !

Ravie de gagner une camarade de plus, la jeune Bauer ne voit pas les minutes défiler entre deux discussions et prend son temps pour se préparer à repartir. Plaisantant sur des anecdotes de lycée, elle en oublie de regarder son téléphone portable, sur lequel les messages de Riley s’agglutinent, car celle-ci tourne en rond chez elle, sans comprendre pourquoi son amie l’ignore…


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Le soleil se couche lentement sur Los Angeles et Joyce Davis se précipite chez elle, en larmes, après avoir été libérée près d’une station de métro par ses ravisseurs. 

Terrifiée par sa figure tuméfiée, sa mère lui prend la main pour foncer aussitôt au poste de police le plus proche. Elle veut porter plainte ! « Celui qui a osé toucher à sa princesse ne s’en sortira pas aussi facilement ! » rage-t-elle devant les agents qui écoutent sagement la déposition de sa progéniture.

Celle-ci tente de décrire au mieux l’agression qu’elle a subie. Elle arrive à dresser les portraits-robots de ses assaillants en s’aidant du souvenir de leurs visages, qu’elle avait pu observer dans leur intégralité alors qu’elle se trouvait dans la voiture avec eux. Des immigrés. Assurément mexicains, annonce-t-elle avec certitude. Leurs accents lui apparaissaient très prononcés. L’inspecteur assis en face d’elle la remercie pour tous ces détails et les envoie immédiatement à ses collègues pour qu’ils attribuent des identités à ces visages. Pendant ce temps, de nouvelles questions lui sont posées et elle y répond avec une diligence et une exactitude remarquables. « Elle se souvient de beaucoup de choses ! » affirme-t-elle, précisant avoir été séquestrée à proximité d’un aéroport. « Elle pouvait entendre les avions décoller de la cachette où on la retenait ! » L’endroit ressemblait à un hangar pour ces engins et on l’a attachée près d’un monomoteur. Et a mémorisé son numéro d’immatriculation et peut le réciter à haute voix ! Sans la moindre hésitation, elle continue de tout leur expliquer, animée par un palpable désir de vengeance.  

Vingt minutes plus tard, une voiture de police est immédiatement envoyée sur les lieux de l’agression indiqués ; l’un des entrepôts de l’aéroport de Los Angeles.

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