Alice
Mardi 20 Août 2023
Le coude sur la table, la main tenant ma tête, mes yeux suivent la rotation du manège.
Aujourd'hui, je suis cantonnée au carrousel. L'attraction est constituée d'une trentaine de chevaux charbonneux, bruns, crèmes ou or. Ils sont décorés de selles et de rênes multicolores, repeintes récemment. Le basculement d'avant en arrière rend le manège moins monotone. Par contre, certains chuintent, mettant ma patience à rude épreuve. Du lubrifiant ne serait pas du luxe. Pour accéder à ses étalons en plastique, il faut monter des marches plus ou moins larges. Étant en métal, des bruits s'ajoutent au vacarme, lorsque les gamins courent sans ménagement.
Malgré le boucan environnant, mes paupières se font de plus en plus lourdes. La chaleur suffocante et le ronronnement du ventilateur n'arrangent pas les choses. De temps en temps, l'appareil soulève une mèche de cheveux rebelle qui vient chatouiller mon nez. Je ne réagis pas, elle fait sa vie. J'attrape ma bouteille d'eau, bois de longues gorgées et avant de la reboucher, je m'asperge le visage pour me rafraîchir. À ce moment précis, je m'imagine dans une eau fraîche, au calme, loin de tous ces débiles profonds.
Pas de chance pour moi, la sonnerie de ce foutu manège me ramène à la réalité. Je me lève de mon tabouret inconfortable puis tire sur mon pantacourt qui me colle à la peau à cause de la sueur.
En quittant la cabine, j'aperçois Gary faire un signe de main aux cow-boys qui remontent la rue sur leurs chevaux. Puis, il entreprend d'installer le couloir de sécurité pour le prochain spectacle. Il s'esquinte à tirer sur les cordes d'un poteau à un autre. Je sors de ma rêverie et me remets au boulot. Je descends l'escalier, tout en zieutant ma montre. Elle indique quatorze heures cinquante-trois. Soudain, une violente douleur irradie ma cheville droite. En quelques secondes, tout va très vite, je tangue et chute lamentablement. Ma tête cogne l'arête d'une des marches et je me retrouve couchée sur le sol brûlant. Immédiatement, des personnes s'approchent de moi, leurs lèvres remuent, mais je ne perçois pas les paroles, seul un sifflement désagréable vrille mes oreilles.
Un liquide épais à l'odeur métallique coule sur mon visage. Ma vue commence à se flouter. Je lutte pour garder les yeux ouverts. Petit à petit, les gens autour deviennent des ombres mouvantes. Malgré ma combativité, la nuit m'envahit.
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