Prologue : Funérailles... Encore !

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« Nous sommes réunis en ce jour funeste, pour honorer la mémoire de Jeremy Tyler Banks. Fils, frère, et époux, il était chéri par les siens. »

Au premier rang de la Trinity Church, James ne put s’empêcher d’esquisser un sourire nerveux en réaction aux paroles du prêtre.

— Tu parles… lâcha-t-il tout bas.

Assis à ses côtés, son meilleur ami, Marc, lui donna un coup de coude dans les côtes.

— Tu veux bien la fermer ? Un peu de respect, bordel !

— Hey, c’est mon mari, j’te signale !

L'homme d'Église se racla bruyamment la gorge en les dévisageant. Gêné, Marc lui fit un signe de la main tandis que James levait les yeux au ciel. Mais tous deux restèrent silencieux le temps de la cérémonie.

— Toutes nos condoléances, James.

— Merci, madame euh…

— Brentfield, murmura Marc à l’oreille de James.

— Madame Brentfield, bien sûr. C’est très gentil à vous, reprit James en faisant mine de rien.

Tandis que la vieille femme s’éloignait, James soupira en se penchant vers son meilleur ami.

— D’où Jeremy connaissait-il tous ces gens ? Je n’ai jamais rencontré la moitié d’entre eux.

— Il a certainement travaillé avec ou pour eux à un moment ou autre, j’imagine.

La salle de réception de l’hôtel Carlyle était bondée de connaissances venues rendre un dernier hommage à Jeremy.

— Quelle bande de crèves la dalle ! lâcha James en grognant. Ça faisait six ans qu’il se battait contre son cancer et où étaient-ils, eux ?

— Calme-toi, enfin !

— Non ! Je suis désolé, mais c’est la vérité ! À part toi, je suis le seul à avoir pris soin de lui ! J’ai subi son déclin et l’ai soutenu jusqu’au bout !

— Alerte ! Nièce imbuvable à 11 heures, l’invectiva discrètement Marc.

James soupira en apercevant Miranda, nièce et unique famille de Jeremy. Du haut de son mètre soixante et forte de ses quatre-vingts kilos engoncés dans une robe en tulle sombre, elle ressemblait à une meringue que l’on aurait oubliée trop longtemps dans le four. Le tout surmonté d’un chapeau en feutre noir avec des plumes d’autruche rouges d’un goût douteux.

— Très cher James, lança-t-elle sur un ton mondain insupportable. C’était là de magnifiques funérailles que vous avez organisées.

— Merci, Miranda. J’ai fait de mon mieux pour les circonstances.

— Je suis si triste qu’oncle Jeremy nous ai quitté, feinta-t-elle en mimant d’essuyer des larmes invisibles avec son foulard Hermès.

— Oui, enfin, il était malade depuis quelque temps et…

Marc lui donna un nouveau coup dans les côtes et James se ravisa.

— Vous avez raison, c’est une perte immense pour nous tous, reprit-il.

— D’ailleurs, j’y pense, avec mon nouveau fiancé, Pierre-Yves, nous serions enchantés de passer quelques jours dans notre villa de Portofino, pour lui rendre un dernier hommage.

« Elle ne perd pas de temps, la rapiate ! Une bande de vautours à elle seule ! » pensa James.

— Excusez-moi, VOTRE villa ? répéta-t-il en inclinant la tête.

— Oui, celle de mes arrières grands-parents, dont Jeremy a hérité injustement.

— Qu’insinuez-vous par « injustement » ? ajouta James, de plus en plus agacé.

Marc remarqua son état et tenta de s’interposer.

— Chère Miranda, vous êtes... époustouflante dans cette tenue. Ce… chapeau vous sied à ravir.

— Oh, merci beaucoup, Marc, vous êtes adorable, minauda-t-elle. Je ne comprendrais jamais pourquoi James ne vous a pas préféré à mon oncle…

James explosa.

— Tu sais où tu peux te les mettre, tes petites vacances en Italie, ma grosse ? cracha-t-il, fou de rage.

Miranda ouvrit la bouche en posant sa main sur sa poitrine dans un geste faussement offusqué.

— Et à vue d’œil, il y a largement la place ! enchaîna-t-il. Cette villa est à moi, comme tout ce qui était à Jeremy, d’ailleurs ! Et si tu veux tout savoir, Marc était déjà bien trop occupé avec la bite de ton cher Pierre-Yves pour que j’envisage de l’épouser !

Marc ouvrit une bouche bée de stupeur, les yeux écarquillés. Miranda bouillonnait. Elle se prépara à répondre en pointant James du doigt, mais se ravisa en les dévisageant tour à tour, l’air renfrogné.

— Ça ne se passera pas comme ça ! jura-t-elle en traversant la salle bondée.

Marc la regarda s’en aller, blême.

— Ah, une bonne chose de fait ! lâcha James en attrapant une coupe de champagne sur le plateau d’un serveur qui passait à sa hauteur.

Marc se tourna alors vers lui.

— Mais c’est quoi ton problème ? T’étais obligé de lui dire pour Pierre et moi ?

— Oh, ça va, tu t’en remettras. Et j’te parie que ce cher Pierre-Yves sera disponible avant demain matin. Tu devrais plutôt me remercier !

James ingurgita d’une traite son verre, puis son regard croisa celui stupéfait de Marc. Sans pouvoir le contrôler, ce dernier pouffa avant d’éclater d’un rire franc qu’il transit aussitôt à son meilleur ami devant l’assemblée de convives médusés par leur comportement.

— Quoi ? C’est notre façon à nous de faire notre deuil, annonça James en les dévisageant avant d’attraper Marc par les épaules pour l’attirer en direction du bar. Quelle bande de rabat-joie, franchement. Il était malade depuis six ans. Six ans ! répéta-t-il. Et ils sont là, à jouer les étonnés : « Oh c’est trop triste bla bla bla, pauvre Jeremy bla bla bli… ». S’ils avaient un tant soit peu tenu à lui, ils auraient pris la peine de venir le lui dire.

— Tout le monde ne voit pas les choses à ta manière, James. Certaines personnes ont besoin de plus de temps, ajouta Marc en essuyant les larmes sur ses joues avec la manche de sa veste.

— Et de caviar hors de prix, arrosé du meilleur champagne français, s’il vous plaît. Des profiteurs, voilà ce que sont ces gens ! Après aujourd’hui, j’espère ne jamais revoir aucun d’entre eux !

Marc interpella le barman qui s’approcha pour prendre leur commande.

— Deux Cosmos, s’il vous plaît.

Le jeune homme acquiesça et lança un sourire charmeur à Marc qui se mordit la lèvre inférieure.

— Je peux m’en aller, si vous voulez un peu d’intimité, ironisa James pour le taquiner.

— Non ! Maintenant tu restes ici. On va boire des Cosmos jusqu’au bout de la nuit, comme au bon vieux temps, répondit Marc sans relevé.

— On fait ça tous les vendredis soir, reprit James d’un air blasé.

— Oui, mais aujourd’hui, c’est pour la bonne cause. Nous avons quelqu’un à honorer.

Le barman leur apporta leurs boissons et Marc tenta de lui glisser discrètement sa carte de visite, en plus d’un généreux pourboire.

— Oh la la, mais t’es vraiment coincé ! s’écria James.

Il interpella le jeune homme par son prénom et lui demanda son smartphone pour y taper le numéro de Marc.

— Y a pas de quoi !

— Attends, tu le connais ?

— Évidemment ! On venait ici presque tous les jours avec Jeremy.

Sa voix se brisa brusquement et ses yeux se remplirent de larmes. Marc le prit alors dans ses bras, le serrant contre son torse.

— Vas-y, laisse-toi aller.

— Il me manque tellement…

— Je sais, il me manque à moi aussi.

— Je pensais avoir fait mon deuil depuis longtemps, mais c’est si dur. Depuis qu’il est mort, je n’ai pas eu une minute à moi avec tous les préparatifs. J’ai passé plus de temps dans les bureaux des avocats et des notaires que dans mon propre lit.

James se recula et Marc lui tendit un mouchoir en papier. James le remercia et soupira en s’essuyant le visage.

— Tu devrais prendre des vacances, ça te ferait le plus grand bien, suggéra Marc en lui caressant le bras.

— Je ne sais pas si j’ai envie de me retrouver seul...

— Bah, si c’est toi qui invites, j’peux t’accompagner…

James leva les yeux et sourit devant son regard de chien battu.

— Ça te dit d’aller en Italie ? Je dois me débarrasser d’une bicoque. Tu te rends compte qu’elle nous coûte presque cent mille dollars par an ? Et ça depuis des années !

— Si par "bicoque" tu veux dire "villa avec piscine et vue imprenable sur la mer", je pense que nous n’avons pas la même définition. La baraque de mes vieux dans le Nebraska ? Ça, c’était une "bicoque", lança Marc avec un haussement de sourcils tout en portant son verre à ses lèvres. Je ne vois pas où est le problème, tu as les moyens, non ? Tes deux défunts et riches maris ne t’ont pas laissé assez d’argent ?

— Le problème s’appelle Miranda ! Cette vipère ne va pas me lâcher. Alors, plus vite je me débarrasse de la villa, plus vite j’extirpe son venin de mes veines.

— Vous y êtes déjà allé, au moins ?

— Même pas ! J’ai juste vu quelques photos de Jeremy, quand il était petit.

— Alors c’est l’occasion ou jamais, tu ne crois pas ?

Tandis que James hésitait, Marc leva son verre et annonça d’un ton solennel :

— À Jeremy ! Et à ses grands-parents qui ont eu la bonne idée d’acheter une villa en Italie pour que nous y passions des vacances de rêve !

James sourit à cette idée, puis suivit le mouvement de Marc, faisant tinter son verre contre le sien.

— À Jeremy.

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