Chapitre 1 : Décollage !
James ne pouvait s’empêcher de penser à Jeremy à mesure que les buildings de la ville rapetissaient à travers le hublot de son jet privé. Le ciel était gris et encombré. Un profond sentiment de tristesse lui pesait et son altercation avec Miranda quelques jours auparavant n’avait rien arrangé. « Quel poison ! » pensa-t-il avec amertume.
Assis en face de lui, Marc était en grande discussion avec le séduisant steward qui lui apportait une coupe de champagne.
— Désirez-vous aussi un verre, monsieur Stacey ?
James hocha la tête.
— Pourquoi fais-tu cette tronche de six pieds de long ? demanda Marc avant de porter la coupe à ses lèvres.
— Je ne sais pas vraiment…
James lui sourit, puis porta mélancoliquement son regard vers l’extérieur où un tapis de nuages duveteux s’étendait à perte de vue, baignait par la lumière du soleil de midi. Marc remarqua son trouble et se pencha en avant pour poser sa main sur la sienne.
— Je suis là, James, dit-il en souriant.
— Je sais. Merci, Marc. Répondit James.
Aussi loin qu’il s’en souvienne, Marc avait toujours été un allié solide dans les mauvais jours. En 2005, lorsque James quitta son Kentucky natal pour tenter l’aventure new-yorkaise, il fut logé quelque temps dans une pension pour jeunes homosexuelles en difficulté, dans le Bronx. C’est là qu’il rencontra Marc, petit et frêle blondinet de dix-neuf ans, et pourtant si haut en couleur avec ses vêtements extravagants et son accent du Nebraska. L’alchimie fut instantanée.
Marc lui fit alors découvrir la vie gay du tout New York, les bars et discothèques à la mode n’avaient aucun secret pour lui et malgré son jeune âge, il était connu et bienvenu partout. Peu de temps après, ils s’installèrent en colocation dans un tout petit appartement de Brooklyn. « L’amitié est inestimable », disait toujours Marc.
— Tu es triste parce que Jeremy te manque ou parce que tu penses que tu vas finir tes jours seul ? lança Marc sur un ton amusé.
James pouffa de rire.
— Tu as l’art d’amener les choses sans détour.
— C’est une de mes qualités, en effet. Ça et tailler des pipes.
James manqua de s’étouffer de rire, la bouche pleine de champagne.
— J’essayais de dormir sur le canapé pendant que tu t’envoyais en l’air, j’te rappelle. Donc, je confirme tes dons pour la fellation.
— Parce que tu penses que c’est inné ? Ce sont des heures et heures d’entrainement ! J’ai sucé et sucé avec ferveur, encore et encore, pour en arriver à un tel niveau !
Au même instant, le charmant steward réapparut derrière Marc avec un plateau d’amuse-bouches sucrés. Ses joues rosies et sa mine amusée attestaient qu’il avait entendu la conversation.
Marc blêmit et sa mine déconfite fit instantanément éclater James de rire.
— Ne t’inquiète pas, Luke en a entendu d’autres, dit-il en posant sa main sur l’épaule du jeune homme. Nous n’étions pas très discrets avec Jeremy, parfois. Encore toutes mes excuses, Luke.
— Il n’y a pas de quoi, monsieur Stacey. Ma femme me dit tout le temps qu’il faut rester soi-même en toute circonstance.
— Vous êtes marié ? lança Marc avec déception.
Luke lui fit un sourire compatissant avant de déposer le plateau sur la tablette devant eux et de s’éloigner.
— Pourquoi les plus beaux sont toujours hétéros ? gémit Marc en s’enfournant un éclair au chocolat dans la bouche.
— Pas tous, regarde-nous !
James avait retrouvé le sourire.
— Parle pour toi… ça fait six mois que je n’ai rien eu à me mettre sous la dent…
— Et Oscar ?
— Qui ça ?
— Le barman du Carlyle ? Un grand black avec un corps à tomber ?
— Oh, oui. On s’est vu une fois, répondit Marc d’un air blasé.
— Attends, c’est l’un des plus beaux mecs que j’ai jamais vu de ma vie et tu l’as « vu » qu’une fois ?
— Bah, il a passé la soirée à parler de lui et de ses muscles… un narcissique, je t’explique même pas. J’ai failli partir en le laissant seul avec sa personnalité tellement elle était envahissante.
— T’aurais quand même pu te le faire. Ça n’aurait pas été la première fois que tu te tapais un mec qui ne te plaisait pas.
— Ah mais, il me plaisait, tant qu’il avait la bouche fermée. Je l’imaginais au pieu en train de mater ses muscles et de me demander de lui dire à quel point il était beau pendant qu’on aurait fait notre affaire, brrr…
Marc mima un frisson et se frotta les bras.
— Eh ben… pour l’avoir vu à poil, je t’assure que t’as manqué quelque chose.
— T’as eu une aventure avec lui et tu ne me l’as même pas dit ? Moi, ton meilleur ami ?
— Calme-toi, je n’ai jamais trompé Jeremy. On s’est croisé quelques fois à la salle de sport et dans les vestiaires, répondit James avec un frisson de plaisir. Je remercie le seigneur de m’avoir donné des yeux.
— Petite coquine, va ! Tu caches bien ton jeu sous tes airs de sainte nitouche !
James secoua la tête en mimant de remettre une mèche de cheveux derrière son oreille.
— Pour tout te dire… à cette époque, la chimiothérapie avait complètement épuisé Jeremy et… ça faisait presque un an qu’on n’avait pas eu de rapports…
Son visage se ferma brusquement.
— Je m’en veux terriblement d’avoir eu des pensées perverses envers d’autres hommes pendant que lui se battait contre la maladie…
Il prit son visage dans ses mains en soupirant.
— C’est un sentiment humain, tu ne peux pas t’en vouloir d’éprouver du désir. Encore plus quand tu croises des mecs au corps musclé et luisant de sueur, dégoulinant de testostérone…
Marc resta quelques secondes, le regard perdu dans le vide en se mordant la lèvre inférieure.
— Tu veux que je te dise ? Je suis extrêmement jalouse ! Comme une drag devant le charisme de Rupaul ! Tu as une volonté incroyable et je dirais même que tu es un surhomo ! Resté fidèle à l’homme que tu aimes dans les conditions que tu as traversées ? Tu mériterais d’être canonisé au panthéon des tarlouzes !
James éclata à nouveau de rire et Marc le suivit.
— Je plaisante pas ! Tu es à croquer, tu as un corps de rêve, tu es riche, tu as de l’humour, tu es cultivé, énuméra Marc en comptant sur ses doigts. Tu es fidèle, adorable, grand… c’est bien simple, si je ne t’aimais pas comme une sœur, je t’épouserais sur-le-champ.
— Ce sont les bulles du champagne qui te font dire des bêtises, ricana James.
— Pas du tout, je le pense sincèrement !
Marc se leva et vint s’asseoir sur l’accoudoir du siège de James en passant sa main libre autour de ses épaules.
— Je lève mon verre à toi ! James Stacey Beaumont Tyler-Banks ! Le meilleur ami que l’on puisse rêver d’avoir !
Il but son verre d’une traite avant de déposer un baiser sur les lèvres de James.
— Tu es complètement folle, répondit-il en passant ses bras autour de sa taille.
— Je t’aime aussi, mon James.
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