Chapitre 58 : A róka (Le Renard)

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Ferenc n'est pas peu fier de son accomplissement. La mission a été rudement menée : neutraliser la Reine des enchanteresses pour la mener jusqu’à son employeur, un médecin psychiatre, un peu trop présomptueux quant à son intelligence et prêt à tout pour le pouvoir et l’argent. Ce dernier pense être au-dessus des lois, de toutes les lois, même celles qui dépassent le commun des mortels. Et sa fatuité n’a fait que le faire tomber dans le panneau. Le Docteur Hasser était persuadé de pouvoir tromper des forces bien plus supérieures à lui : les Syldraïnes, les enchanteresses, les guerriers et pour finir, ces créatures surpuissantes qui se font appeler les grands prêtres.

Bref, le pigeon parfait pour un arnaqueur professionnel comme lui.

Ferenc s’est préparé psychologiquement à revoir ses compagnons de bataille. L’appréhension de les retrouver après presque un siècle sans pouvoir leur parler et les rassurer sur sa réelle condition, ouvre potentiellement la porte à une erreur qui pourrait être fatale. Heureusement, lorsqu’il les a vus se battre contre leurs ennemis mortels, il a retrouvé son courage et sa détermination : oui, il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour accomplir les souhaits d’Ahona et protéger ses frères d’armes, au risque de passer pour l’ennemi. Tant pis s’ils le renient à cause de sa traitrise. La guerre demande malheureusement parfois des sacrifices. Et pour eux, il est prêt à tout.

Le voilà maintenant devant son vieil ami, Egon, qui, les yeux hagards et la bouche entrouverte sans pouvoir en sortir un son intelligible, le contemple comme on contemplerait un mort-vivant.

”Salut mon ami ! Ça faisait une paye, n’est-ce pas ?”

Lui annonce-t-il avec la voix la plus enjouée qu’il puisse émettre, accompagnée d’une tape amicale sur l’épaule.

" Tu étais mort!! Une balle au milieu du front ! Qu’est-ce que ça veut dire, Ferenc?"

Alors que le Renard tente de donner une explication logique, le voilà expédier violemment au sol, la gorge emprisonnée dans le poing ferme du loup, qui tient son glaive dans l’autre, pointant dangereusement vers son cœur.

Ses yeux brillants et mordorés ainsi que son air furibond ne présage rien de bon.

- “Eg… Egon… arrête, s’il te plait ! “ Murmure-t-il pour calmer son ami.

"Et qui me dit que c’est vraiment toi ? Et pas un coup fourré de ces satanés démons… Ou ces soi-disant grands prêtres de mes deux ? Qui me dit que tu n’es pas une illusion ?

- Parce que… tu… m’étr...angles… et ça fait… mal… S’il… te… plait… lâche… mon...cou…. Je ne… peux… plus... respirer !"

Toujours son arme dressée vers Ferenc, Egon desserre son emprise sur la gorge de son frère de coeur. Ce dernier se redresse instantanément dès que la pression est complètement relâchée et qu'Egon daigne s’écarter de lui, toujours prêt à le transpercer de son glaive.

Pris d’une violente quinte de toux, Ferenc peine à retrouver son souffle qu'après deux longues minutes.

“Merde ! Egon… Toujours aussi méfiant à ce que je vois ! Mais je te jure, c’est bien moi, le Renard.

– Prouve-le!

– Ok… Comme tu voudras…

Le regard du “jeune” rouquin prend la couleur caractéristique d’une étape de transformation. Une lumière aveuglante et soudaine prend alors la place du corps de Férenc, puis un renard à la magnifique fourrure cuivrée apparaît, emmitouflé dans la robe de bure écarlate que portait l’homme. Ce dernier se met à tourner en rond et à courber l’échine tout en émettant des petits cris aigus pour signifier sa soumission à l’attention d'Egon.

Partiellement rassuré, le Pannonien baisse la garde. L’animal se frotte alors joyeusement contre le poing serré sur le manche du glaive pour se faufiler entre les jambes du guerrier. Puis il retourne vers le tas de vêtements laissés en plan par Férenc, une vive lueur apparait pour disparaitre à nouveau et laisser place à un homme nu, debout sur l’amas de tissus. Les mains écartées, paume vers l’avant, pour souligner sa soumission, Ferenc, rétorque :

“C’est bon ? Tu es d’accord que je suis bien moi et pas un imposteur ? "

Un petit sourire en coin, Egon répond :

“Admettons. Explique-moi alors comment as-tu pu survivre à une balle dans le crâne ? À la fin du XIXᵉ, je sais que les progrès médicaux furent conséquents, mais tout de même ! Et ne me dis pas que nous sommes invulnérables…

– Ou alors, j'ai une chance de cocu !

Lisa se relève un peu groggy de toutes ses tribulations. Elle s’étire pour dénouer ce corps complètement meurtri telle une anguille laminée par un rouleau compresseur. Jareth, qui était à l’écart, se précipite vers sa fille, s’assurer que tout va bien et qu’elle n’est plus un danger potentiel. Son regard désorienté et un “papa ?” suppliant lui indique qu’elle n’est plus l’Ahona qui a trahi son dessein. Soulagé, un grand sourire qui lui fend le visage, le Syldraïne sert sa fille dans ses bras.

“Oh ma puce ! Je suis tellement content de te retrouver.”

Puis il desserre son étreinte et la tenant par les épaules, ne quittant pas de vue le visage de la jeune femme, l’interroge :

“Tu ne te souviens vraiment pas de ce qu’il s’est passé ?”

Le regard vide et l’air hagard, elle fixe son père :

“Juste des bribes. Et j’ai mal partout… Et il faut que je parte… Je dois le retrouver”.

Elle se retourne et voit Egon, lui tournant le dos et désserant lentement sa main autour de la gorge d’un homme complètement nu et à la chevelure rousse hirsute, qui est en train de piétiner un tissus rouge sombre. Le sang lui monte à la tête. Tant surprise qu’exaspérée, elle s’esclame:

“Benjamin?? Mais… Qu’est-ce-que tu fous là?”

Ferenc qui espérait être libéré de la fureur d’Egon, se voit être à nouveau pris à la gorge, et la face de son ancien compère sufisament proche de lui pour sentir son souffle et voir les globules de ses yeux injectés de sang. Egon lui crache à la figure:

“C’est qui, Benjamin? Encore un de tes coup fourés, maudit Renard?”

Alors que Ferenc tente de trouver une explication acceptable, une voix féminine rompt le suspens.

“C’est mon ex.”

A ce moment précis, Ferenc sait que ses heures sont comptées, et pour de bon cette fois. Le loup se retourne, interloqué vers Lisa, qui fusille le rouquin du regard. Egon revient lentement vers Ferenc, qu’il tient toujours par la gorge dans son poing de plus en plus serré.

“Tu as foutu quoi, espèce de connard, pendant toutes ces années. Nous te croyions mort! Et tu es là, en train de faire je ne sais quelle magouille… Et tu… tu as couché avec…

– C’était un accident ! Je le jure !

– COMMENT CA, UN ACCIDENT ?!”

C’est Lisa qui vient de sortir de ses gonds et se jette, furibonde, sur le pauvre Ferenc, faisant fi du bouclier formé par le corps d’Egon.

A ce moment là, le renard n’a plus que l’option de prendre sa forme vaporeuse et profite de l’attaque surprise de son ancienne compagne, pour la prendre dans ses bras et l’emportée avec lui dans une valse folle vers quelques endroits inconnus.

Jareth accoure vers Egon, espérant calmer la situation et surtout sa fille. Il se retrouve, penaud, à côté du Pannonien, qui tente de comprendre ce qui vient de se passer. Ce dernier se rue vers la sortie, toujours le glaive à la main. Jareth n’a plus d’autres solutions que de le suivre dans sa course effrénée.

****

Ho-Jin regarde autour de lui. Le froid piquant de l’air lui indique qu’il est bien à l’extérieur du temple, proche de l’entrée, tel qu’il l’avait planifié. Puis, il compte un par un tous ceux qui sont censés l’avoir suivi. Balazs et Aiday sont bien là. Derrière eux se tiennent Viktor et Oktavius. Cependant, ni Egon, ni Jareth ne semblent être présents. Un frisson lui parcourt l’échine. Et si la téléportation n’avait pas fonctionné comme d’habitude et que les deux hommes se soient retrouvés en miette dans la courbe spatio-temporelle ? Inquiet, il interroge ses amis :

“ Jareth et Egon? Ils ne sont pas avec vous ?”

Tous se retournent et scrutent les environs, espérant apercevoir les abonnés absents. Mais personne n’est en vue. Un vrombissement de moteur qui se fait de plus en plus fort, coupe le calme apparent. Un véhicule blanc, bardé de la typique barre bleue oblique de la police Magyar, s’arrête devant eux, bloquant l’issue du parc. Viktór, d’abord sur ses gardes, s’approche, faisant barrière entre ses compagnons et la voiture. La portière de la berline s’ouvre du côté conducteur. Un policier en uniforme en sort, et les bras grands ouverts, s’avance, enthousiaste vers le guerrier Hun.

“Viktór! Putain ! Cela fait du bien de te voir en forme !”

Viktór se détend. Il reconnait son collègue. Tout sourire, il s’avance vers lui, lui tend le bras pour finalement lui attraper l’épaule et le gratifier d’une longue accolade. Le lynx lui rétorque :

- Oui, ça fait du bien de te voir, Laszlo.

– En is, a baratom! (Moi aussi, mon ami!). Il fallait que je te retrouve, il y a du nouveau sur la tuerie de la rive de ce matin. On a un nouveau témoin. Et des faits que je ne m’explique pas. Comme tu étais introuvable, j’en ai conclu que c’était lié à tes affaires, disons, parallèles. Qu’est-ce qu’il est en train de se passer, Viktór?

Mais ce dernier n’a pas le temps de répondre. Quelqu’un lui tapote d’un doigt l’épaule droite. Il se retourne.

“Qui est-ce?”

Les yeux d’Aiday fusillent Viktór. Ce dernier, d’abord, circonspect, regarde ses frères d’armes. Avec un grand sourire qui se veut rassurant, il s’exclame:

“Je vous présente le lieutenant László Toth. Nous sommes de la même division et… il est mon complice. Il sait un certain nombre de choses, et, qui nous sommes... vraiment.”

Personne autour de lui ne pipe un mot. Tous se tournent vers Oktavius, attendant une forme d’approbation. Ce dernier s’avance lentement vers Viktór et László. Arrivé à leur niveau, il tend la main à l’officier de police magyar:

“Oktavius. Enchanté de faire votre connaissance, Lieutenant Toth.”

Alors que ce dernier, rassuré comme s’il avait rencontré ses futurs beaux-parents pour la première fois, veut lui serré la main tendue, un homme en robe de bure écarlate, les mains en l’air, s’extirpe de la cavité qui fait office d’accès vers le temple secret. Derrière lui, marchant cahin caha, Garcia, qui soutient Mandrin, l’encerant d’un bras tandis que l’autre est tendu, arme au poing, vers l’étranger en robe de bure écarlate.

Ho-JIn est soulagé, en partie du moins. Il se précipite vers le capitaine de police française:

“Egon? Jareth? Tu les a vu?”

Garcia, toujours l’arme en joue sur le pauvre Samir, dépose délicatement Mandrin au sol. Celui-ci gémit de douleur au moindre mouvement. Oktavius s’avance rapidement vers lui pour lui procurer les soins nécessaires.

“Ah oui, ils sont toujours en bas. Ils s’occupent de la folle furieuse qui fait tout péter.” Répond Garcia d’un ton désabusé. Ho-Jin pousse un soupir de soulagement. Ils ne sont pas éparpillés en fine particules dans l’espace temps interdimensionnel.

“Ils sont toujours vivants” lâche-t-il dans un murmure.

“Vivants, ça je ne sais pas s’ils le sont encore. Ils en étaient aux mains avec un gugusse comme vous, qui se faisait passer pour un de ces démons. Demandez à cet individu. C’est son pote.”

Répond le policier en bougeant dangereusement son revolver dans le dos de Samir.

Oktavius, accroupi sur Mandrin, relève la tête.

– Qu’entendez-vous par “comme nous”, Capitaine?

– Eh bien, il se change en bestiole après un grand flash de lumière. Et il est à poil lorsqu’il reprend forme humaine. D’ailleurs j’ai remarqué que vous non, Docteur Oktavius. Vous devriez faire passer votre truc à vos copains, ils…

– Merci Capitaine pour vos remarques pertinentes et votre sens de l’observation. Vous avez vu cet individu se transformer en animal? Lequel je vous pris.”

Garcia se sent cerné par tous qui le scrutent, impassibles. Il a l’impression qu’il vient de dire quelque chose qu’il n’aurait pas du.

– Euh… Je ne suis pas sur. Je n’ai pas bien vu… Un canidé, je crois?

– Et… et… Il se transforme en ombre! Il emmène les gens qu’il touche avec lui! Je le sais parce c’est ce qu’il m’a fait! C’est.. C’est un des leurs, j’en suis sur ! Les Grands Prêtres ! Ou les Syldraïnes ! C’est… c’est un monstre !”

Samir a tenté le tout pour le tout et espère ainsi par ses nouvelles révélations, imaginaires ou non, gagner la confiance de l’auditoire. Tous se tournent vers lui, attentifs à de nouvelles révélations.

Garcia reajuste son arme et en pointe le canon sur la tempe du jeune marocain.

“Ben tu vois quand tu veux! Et qu’est-ce que tu sais d’autre, Monsieur l’otage des engences démoniaques?”

Rétorque-t-il entre ses dents.

– C’est qui ce type ? Parles !

– C’était Ferenc.”

Retentit la voix du Loup.

Egon, suivi de Jareth, apparait alors à l’ouverture de l’issue du temple, balayant d’une main les branches mortes qui masquaient le passage. Ho-JIn, trop heureux de retrouver son ami entier, se jette sur lui et le serre dans ses bras.

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