L'espion

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La neige commençait à recouvrir les toits des maisons d'un manteau blanc. Minuit approchait. Azura acheva enfin son service. Elle retira son tablier, enfila son épais manteau gris et ajusta son bonnet en laine rouge. D'un pas léger, elle se dirigea vers le parking situé face au restaurant. Ses collègues étaient déjà partis au volant de leur voiture, privilège dont elle ne disposait pas. Elle patienta, grelottante, les bras croisés contre sa poitrine, attendant impatiemment son frère.

Les minutes s'égrainèrent. Agacée, Azura sortit son téléphone et composa le numéro d'Ewen et tomba sur son répondeur. Elle soupira, déçue, avant de décider de parcourir seule une partie du chemin. D'un pas prudent, elle s'aventura sur le bitume gelé et traîna sous ses semelles le verglas scintillant.

Son jumeau l'avait probablement oubliée. Ewen était une personne digne de confiance, mais il avait la tête ailleurs ce qui lui avait causé quelques ennuis à l'école. Ce n'était pas un très bon élève, il était parvenu à obtenir son diplôme de photographe, mais ça nel'a pas empêché d'apprendre à jouer du piano seul à l'âge de treize ans. 

La ville était déserte à cette heure avancée. D'ordinaire, elle n'aurait jamais osé s'y aventurer seule. Mais Pembroke était une exception : jamais la petite cité n'avait été le théâtre d'un scandale. Pourtant, un frisson d'inquiétude la parcourut lorsqu'elle eut la sensation d'être épiée. Des bruits de pas résonnèrent derrière elle, le crissement distinct des semelles sur la glace. Azura se retourna brusquement et jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Rien. Pourtant, elle était certaine d'avoir entendu quelqu'un marcher. Son imagination lui jouait-elle des tours ? Ou bien était-ce simplement la fatigue accumulée ? Elle secoua la tête, leva les yeux au ciel et poursuivit sa route.

Elle s'immobilisa soudain, stupéfaite. Sous la lumière des réverbères se dessinait une silhouette familière. Elle connaissait cette présence. Cet individu énigmatique se trouvait déjà devant le restaurant plusieurs heures plus tôt. Un nœud d'angoisse se forma dans son estomac. Pourtant, elle n'était pas du genre à se laisser intimider. Avec une méfiance contenue, elle s'approcha et tenta d'entrevoir son visage, dissimulé sous une capuche.

— Et vous ? Vous êtes quoi, un paparazzi ? ! S'exclama la brune d'un ton sarcastique, masquant maladroitement la peur qui s'insinuait en elle.

Soudain, un moteur rugit dans la nuit, et Azura fut aveuglée par des phares éclatants. Instinctivement, elle ferma les yeux. Lorsqu'elle les rouvrit, une voiture s'était immobilisée sur le bas-côté. Elle scruta les alentours avec nervosité. La silhouette avait disparu.

— Tu montes ou tu préfères continuer à fixer le vide ? plaisanta Ewen, baissant la vitre.

Azura reprit ses esprits dans un soupir et s'exécuta. Installée sur le siège passager, elle promena son regard à travers la vitre, cherchant la moindre trace de l'inconnu.

— Tu l'as vu, toi ?

— Qui donc ? demanda Ewen en haussant un sourcil.

— Le type ! Juste en face de moi sur le trottoir.

— Un type ? Il t'a filé son numéro ? !

Le ton moqueur d'Ewen ne fit pas sourire Azura. Elle lui asséna un coup de coude dans l'épaule en guise de réponse.

— Arrête, je ne plaisante pas. Il était là dès le début de mon service, à m'observer sans discontinuer.

— Oh ! Vraiment ? admit Ewen, pensif. C'est curieux, en effet. Mais enfin, on est à Pembroke. La chose la plus dramatique qui s'y soit produite ces dix dernières années, c'est un gamin du coin qui a volé le nain de jardin de madame Williams.

— Je ne sais pas qui c'était, mais c'était franchement troublant. La prochaine fois, assure-toi d'être à l'heure. J'ai failli mourir congelée et je n'ai aucune envie de finir en victime d'un psychopathe !

Ewen éclata de rire.

— Désolée, promis, je serai ponctuel désormais. J'étais à l'exposition d'un photographe japonais et j'ai perdu la notion du temps.

— Tu as vraiment la tête ailleurs, Ewen. Je me demande bien de qui tu tiens ce trait de caractère, certainement pas de nos parents.

Un silence s'installa entre eux jusqu'à leur arrivée. Ewen gara sa petite Twingo devant leur maison. La résidence familiale, une modeste demeure coloniale blanche, était plongée dans l'obscurité, ses volets clos. Les jumeaux quittèrent la voiture, gravirent les marches du perron. Azura sortit ses clés et ouvrit doucement la porte.

— Évite de réveiller maman avec tes talons, chuchota Ewen.

Elle acquiesça d'un signe de tête. La porte se referma en douceur. Tandis qu'Ewen abandonnait sa veste sur la rampe d'escalier avant de monter se coucher, Azura se prépara une tasse de thé avant de regagner sa chambre.

Elle s'affala sur son lit, une mèche brune tombant sur son nez. D'un souffle, elle la dégagea et fixa un instant le plafond avant de se lever pour enfiler un jogging et un débardeur. Une fois vêtu d'une tenue confortable, elle s'installa sur le rebord de sa fenêtre et contempla le ciel étoilé.

Un grincement léger attira son attention. La poignée de sa porte s'abaissa doucement. Elle sourit. Deux billes rondes la fixaient, accompagnées d'un miaulement.

— Archimède, encore en train de jouer les acrobates ?

Le chat gris s'approcha, frotta sa tête contre ses jambes et ronronna. Azura le prit dans ses bras et retourna à la fenêtre, une tasse fumante entre les mains. Dehors, les lanternes s'éteignirent, laissant place à la douce lueur de la lune montante. Elle redoutait déjà le lendemain, elle but une gorgée de tisane, Archinede ronronnait contre sa poitrine, elle contempla les flocons de neige qui se déposaient sur la chaussée. 

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