Chapitre 5 (partie I)

10 minutes de lecture

Mon heure de colle se fit dans le centre d'entraînement. La punition ? Nettoyer le centre d'entraînement, et dieu seul savait à quel point il était sale ! Le sable des arènes avait volé partout ! Ce soir, nous étions six collés. Que des personnes de ma classe, enfin, jusqu'à ce que je vois "Mary", en train de balayer le sable des gradins. J'eus un sourire narquois. Elle avait gardé les traits de cette dernière. Peut-être était-ce sa vraie apparence finalement.

Etonnamment, la personne qui dirigeait cette heure était Liméa Fale, la co-directrice.

— Pourquoi est-ce vous qui dirigez les colles ? lui demandais-je tandis qu'elle me donnait un balai.

Elle fit son sourire emblématique, à la fois rassurant et mystérieux.

— Parce que je veux partager vos peines.

Je haussais les sourcils et me dirigeais dans un coin. Afin de me protéger d'une quelconque attaque, j'érigeais une barrière et je balayais.

Tout nettoyer nous prit les deux heures complètes et encore, je n'étais même pas sûre que nous avions fini. Le sable que nous avions ramassés allaient être triés par des élémentaires terres, afin que la poussière ne se mélange pas mais ce n'était plus de notre ressort. La fatigue m'accablait et je n'avais qu'une envie : m'enfouir sous la couette.

— Vous avez bien travaillé mes chers petits ! nous félicita la co-directrice.

Un sourire étira les visages de tout les étudiants, moi y compris. Malgré tout, se faire féliciter par quelqu'un, même si c'était ce quelqu'un qui nous avait donné ces heures de colle, c'était comme si on venait de nous injecter une petite dose de reconnaissance dans les veines. Nous étions turbulents, violents et parfois des ordures sans nom mais, avoir un remerciement. C'était comme si on nous avait tout pardonné.

Liméa continua de sourire jusqu'à ce que nous soyons à l'extérieur.

— Vous avez faim ? nous demanda-t-elle.

C'est vrai qu'avec tout ça, nous n'avions pas mangé. Nous acquiesçâmes et elle nous emmena au réfectoire.

Bien évidemment, il était vide, toutes lumières éteintes. Nous prîmes des plateaux et Liméa fit réchauffer les assiettes que les cuisiniers avaient gardés pour nous au micro-onde. Le gratin de pommes de terre n'était pas exceptionnel mais il combla la faim et lorsque ce fut temps pour nous d'aller dormir, je m'endormis rapidement.

* *

*

Ce fut le réveil qui me tira du sommeil. Frottant mes yeux, je jetais un oeil sur le lit de ma colocataire. Eireen dormait profondément. N'était-ce pas elle qui était censée se lever aux aurores tout les matins ? Ma définition des "aurores" n'était probablement pas la même que la sienne !

Je baîllais à m'en décrocher la mâchoire avant de basculer hors de mon lit. J'attrapais mes affaires dans l'intention d'essayer de prendre une douche. Depuis les quelques jours que j'étais là, j'avais compris une règle essentielle pour le dortoir des filles. La salle de bain, c'était sacré ! Tous les matins, les trois salles de bain étaient prises d'assaut et se transformaient littéralement en champ de bataille. Théoriquement, tout le monde était censé pouvoir prendre une douche mais, en pratique, ça ne se passait pas comme ça. Ici, c'était premier arrivé, premier servi et celles qui n'étaient pas contente utilisaient leur pouvoir mais courage à celle qui osait rayer un coin du carrelage ! Les autres se chargeaient de, à défaut de le dire autrement, la démolir à l'extérieur.

Bref, ces trois salles de bain étaient sacrées et toujours bondées. Cependant, si les lavabos et les rebords collés au mur étaient envahis, ce n'était pas le cas des douches et je parvins à me faufiler discrètement dans l'une d'entre elle. Je fermais la porte à clé, posais mes affaires dans le coin prévu à cet effet et j'ouvris le robinet. L'eau chaude fit un bien fou sur mes muscles endoloris. La séance de nettoyage d'hier soir avait laissé des traces et les muscles de mes cuisses me tiraient horriblement. Lorsque j'eus terminé, je sortis et retournais dans la chambre. A mon grand étonnement, Eireen dormait encore. Il ne lui restait qu'une demi-heure pour se préparer. Je la secouais un peu avant d'ouvrir les rideaux.

— Lève-toi Eireen, tu vas être en retard !

Elle grommela et s'enfouit sous la couette.

— Pour quelqu'un qui est censé se lever aux aurores, tu fais bien la grasse mat', la taquinais-je.

— Laisse-moi dormir !

Je haussais les épaules.

— Ne viens pas te plaindre d'être en retard dans ce cas.

Laissant les rideaux ouverts, j'attrapais mon sac et me rendis au réfectoire.

Ce matin, la salle était très animée. J'attrapais un plateau et me servis avant d'essayer de trouver mes amis. Sébastien leva la main lorsqu'il aperçut que j'étais perdue. Je m'assis à côté de lui et me rendis compte qu'il déjeunait tout seul. Les autres étaient absents pour une raison inconnue. Enfin, ça ne me regardait pas et après avoir échangé les politesses habituelles, je mangeais en silence.

— Tu es bien silencieuse ce matin Milla, me lança-t-il.

— D'habitude les autres parlent donc ça ne se remarque pas.

Sébastien soupira avant de poser sa cuillère.

— Ouais mais ils ont dû se lever plus tôt, un entraînement spéciale de la classe 2 en condition réel.

— Je vois, ça a l'air sympa, marmonnais-je en mâchant un morceau de brioche.

— Si tu oublies le fait qu'ils se sont levés à quatre heures pour aller courir dans le désert de Ramaya, ouais c'est sympa.

Je faillis m'étouffer avec mon verre de jus de pomme. Le désert de Ramaya ? Situé au sud de l'île d'Uranya, ce désert était aride et dangereux. Et surtout, c'était une des zones avec le plus haut taux de mortalité de tout Euralie avec le massif des Crocs Blancs au nord-ouest d'Oural.

— Mais pourquoi ils vont là-bas ? m'étonnais-je.

Sébastien haussa les épaules. Il avait l'air de connaître les tenants et aboutissant mais semblait vouloir garder le secret.

— Ils s'entraînent en conditions réelles, répondit-il en terminant son bol.

Je terminais de manger à mon tour et nous sortîmes du réfectoire en silence. Après un signe de la main, je me rendis dans ma salle de cours. Cette fois-ci nous allions faire de la géographie. Parler de l'archipel d'Euralie c'était barbant mais bon, enfin un cours plutôt normal.

La salle était à moitié vide, la plupart dormait, ou somnolait, sur leur table, la tête entre les bras. J'allais m'installer à ma table et sortis mes affaires. Le prof arriva au moment de la sonnerie, il dégageait une aura sévère avec son costume trois-pièces impeccable et ses sourcils froncés. Déposant sèchement sa pile de feuille sur le bureau en face de lui, il prit une craie et nota son nom au tableau d'une manière qui me fit froid dans le dos.

— Je suis Naël Sullivan, je ne suis pas professeur mais géographe, j'interviens dans ce cours pour vous parler des îles d'Euralie comme aucun professeur ne vous l'ont raconté.

Certains étudiants soupirèrent, j'imaginais que la plupart connaissait déjà la géographie de l'archipel par coeur. Le professeur plissa les yeux mais continua comme si de rien n'était.

— Au départ, Euralie n'était pas un archipel, c'était un continent du nom de Nidalrì.

Ces simples mots éveillèrent ma curiosité, Madame Katsu, la professeur de Mythe et Légende l'avait mentionné mais trop peu à mon goût. L'histoire d'Euralie était un tabou et les cours qui en parlaient strictement encadrés.

— Au nord il y avait des montagnes glacées, à leurs pieds, de luxurieuses plaines et forêt s'étendaient. Divers peuples humains cohabitaient et se faisaient la guerre pour accéder aux précieuses ressources. Jusqu'à ce qu'ils décident que les plaines et les forêts n'étaient pas suffisants. Ils envahirent les montagnes et pillèrent les ressources, jusqu'au jour où ils trouvèrent le lieu sacré des Dragons. Le Basarang ou la Falaise Creuse, le lieu de ponte des dragons. Les humains y trouvèrent des oeufs, les volèrent et asservir les nouveaux-nés.

En même temps que son discours, monsieur Sullivan dessinait à la craie le continent. Les montagnes, les forêts, les plaines, les mers, les rivières...

— La Guerre Draconique commença il y deux cent ans et dura plus de cent années. Au début, ce n'était pas une guerre de front mais plutôt des guérillas qui redessinaient les frontières au gré des combats, puis lorsqu'Arithel devint le premier draconique, il utilisa tous ses pouvoirs pour faire cesser les combats. Et c'est là qu'il y eut une véritable guerre qui dura plus de vingt ans.

D'un coup sec, le professeur coupa la carte en quatre partie en faisant crisser la craie sur le tableau.

— Lorsqu'elle se termina enfin, les Dragons décidèrent de séparer le continent. Le but, séparer les hommes et diviser leur force afin que plus jamais une guerre pareille ne se reproduise. Ainsi naquit l'archipel d'Euralie.

La plupart des étudiants avaient les étoiles pleins les yeux. Moi-même, je ne me serais jamais douté que l'archipel avait une histoire comme celle-là et je me demandais bien pourquoi on n'en parlait jamais. Pourquoi un tel tabou sur cette histoire ? Je levais la main décidée à poser la question. Mais monsieur Sullivan m'ignora.

— Le cours n'est pas fini, je vous prie de garder vos questions pour l'instant, dit-il sèchement.

Je baissais la main, honteuse. Certains de mes camarades rièrent et je rougis encore plus de l'humiliation.

— Nous en avons fini avec la partie histoire, passons maintenant à la partie géographie.

Pendant le reste de l'heure, il nous parla des frontières des îles, des différents peuples qui habitent sur les îles. La plus grande était Islania, j'habitais d'ailleurs à Urska, une petite ville proche des côtes. Mais mes parents provenaient du village de Shiva et mes grands-parents y vivaient encore. C'était un petit village cerné par la forêt, on s'y ennuyait ferme. Heureusement que je n'y vivais pas toute l'année. Je pris des notes et tentai d'imiter ses dessins mais ils n'étaient pas très convaincants. Je jetais à coup d'oeil au bureau d'à côté. Raven avait séché ce cours. Tant mieux pour moi, c'était plus calme quand il n'était pas là. Etonnamment, les autres semblaient moins prompts à mettre le bazar quand sa présence était aux abonnés absents. A croire que le reste de la classe se servait de lui comme d'un bouc émissaire si jamais ils se faisaient prendre. Bah, ça ne me concernait pas.

— Il reste donc cinq minutes, avez-vous des questions ?

Je levais la main et posais ma question.

— C'est très intéressant comme question, il n'existe pas de réponse claire mais je ne peux que supposer qu'il s'agit d'une histoire que le gouvernement veut oublier. Cette guerre a mené à d'innombrables morts et notre race à bien failli être exterminés. Même si je ne suis pas du même avis, il est possible que la honte ou les traumatismes qui sont encore présents de nos jours, les poussent à nous cacher cette partie de l'histoire.

Cette réponse me laissa sur ma faim. Mais il avait sans doute raison.

— Vous ne vous en rendez probablement pas compte mais l'archipel n'a pas encore récupérée de cette déchirure. Les îles souffrent de cette guerre et la terre baignent encore dans le sang des victimes, qu'elles soient humaines ou draconiques.

Tous les étudiants froncèrent les sourcils. "La terre baignent encore dans le sang" ? Qu'est-ce que cela voulait dire ? C'était impossible que cette phrase ne soit pas une métaphore mais en même temps... je devais bien avouer que cela pouvait être possible en prenant en compte la taille gigantesque des dragons telle que décrite dans certains livres. Le géographe répondit encore à quelques questions puis la sonnerie annonça la fin du cours et nous sortîmes prendre l'air. Le soleil brillait mais le vent glacial empêchait ses rayons de me réchauffer. Je restais dehors à méditer sur ce que j'avais appris jusqu'à ce que le froid me pousse à rentrer. Sur le chemin de ma salle, je croisais Eden, les épaules voutés et la tête basse.

— Salut, le saluais-je.

Il sursauta avant de lever la tête. Un demi-sourire éclaira son visage en forme de coeur.

— Salut, répéta-t-il d'une voix morne.

Je ne voulais pas me mêler de ce qui ne me regardait pas mais son expression me poussa quand même à lui demander ce qui lui arrivait.

— Oh, c'est rien, c'est juste Naïm et sa bande.

— Evidemment, soupirais-je, il n'y a rien de bon à traîner avec des gens comme eux.

Un éclat de colère passa dans ses yeux avant de s'évanouir si vite que je crus avoir rêvé.

— Tu ne peux pas comprendre, il n'a pas toujours été comme ça.

J'eus du mal à imaginer un Naïm gentil, même Raven, au fond, me semblait moins cruel que ce type.

— Ah bon ? demandais-je sarcastique.

Soudain mal à l'aise, Eden évita mon regard.

— Tu devrais pourtant le savoir, tout le monde change après être passé dans un centre de redressement.

Dis comme ça... c'est sûr que ces fichus centres n'aidaient pas à calmer la fureur causé par les pouvoirs. Ils ne faisaient qu'accroître la colère, la douleur et le sentiment d'injustice. Mais même si je pouvais comprendre, cela ne justifiait rien, ni la façon dont Naïm traitait ses amis, ni les blessures qu'il m'avait infligé. Ce type était ni plus ni moins qu'un enfoiré de première. Un lâche s'en prenant au plus faible pour satisfaire son égo. Je haussais un sourcil.

— Les centres sont des endroits barbares qui ne devraient pas exister, je l'admets, mais tu ne me feras pas croire que ce type n'était pas déjà comme ça avant d'y entrer.

Eden serra les poings. Ses jointures blanchirent.

— Tu ne sais rien, ne parle pas de ce qui ne te regarde pas.

Me dépassant, il partit d'un pas décidé. Bon, franchement pas fameux, mais après tout, je ne voulais pas le consoler, ni même le réconforter, ce type était assez grand pour se défendre seul et son pouvoir, assez puissant pour le faire. Je retournais dans la salle de classe en attendant que le prochain cours ne commence.

Annotations

Vous aimez lire Sakuya ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0