Chapitre vingt et un

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L’eau du fleuve se confondait avec le ciel, et à l’approche de la zone industrielle, les toits en tôle et les murs gris des usines s’ajoutaient à l’image sans réussir à l’agrémenter de couleurs.

Dalil se gara sur le parking et sortit de son van avec un soupir. Il jeta un œil à son téléphone. Il avait au moins dix minutes d’avance. Il consulta ses messages, mais il n’y en avait pas de nouveau de la part de Thibault ou de Juliette. Ryan l’avait bloqué, même en appelant, il tombait sur sa messagerie.

Juliette lui répondait, succinctement, au moins pour lui dire qu’elle allait bien et que les cornichons, même s’ils lui donnaient mal au ventre, étaient toujours des meilleurs amis que lui. Quinze jours auparavant, elle avait accepté son aide et son van pour déménager après qu’il ait insisté. Ryan avait été absent à ce moment-là, et pourtant, Juliette n’avait emporté que le strict nécessaire. Elle avait également géré toute la partie administrative, retirer son nom du bail, des abonnements d’électricité et d’internet. Dalil savait que Ryan se reposait beaucoup sur Juliette, mais il ne comprit qu’à cet instant à quel point son meilleur ami faisait preuve d’égoïsme, jusqu’à refuser à Juliette le droit à un peu de tranquillité alors que c’était lui qui avait merdé. Il ne voulait pas penser à Ryan, à cette sensation de gâchis immense. Il avait accepté sa responsabilité dans l’histoire, il était même prêt à ramer pour voir Juliette lui pardonner un jour, ou jamais. Mais il ne se remettait pas du silence accusateur de Ryan. Tout en surveillant l’heure, Dalil pianota et vaqua sur les réseaux sociaux. Mads venait de partager la photo d’une île paradisiaque avec ces mots : Who says work is hard ?

Quel enfoiré ! Dalil répondit d’un gif avec un fuck, puis prit à son tour une photo qu’il envoya et ajouta à la suite :

You’re in holiday, this is work, you dumbass !

Sur l’image, les vieux silos à grains près du fleuve paraissaient mornes et désolants. Même les poissons tombaient en dépression à cet endroit. Dalil en avait même vu en train de tenter de se noyer, les pauvres. En regardant les silos, Dalil se serait bien jeté dans le fleuve à son tour, s’il n’avait pas craint de développer un prurit génital – Thibault serait certainement très fier de le voir réutiliser le vocabulaire – avec toutes les saloperies que les usines rejetaient dans l’eau.

Il finit par se décoller de son van et avança pour saluer les gars avec lesquels il travaillait.

« Où est Fred ? demanda-t-il en ne voyant pas son binôme.

– Absent, lui répondit un collègue. On a un intérimaire pour la journée.

– Ok.

– Tiens, ça doit être lui. »

Dalil se demanda si la vie pouvait être plus garce ou si elle s’échauffait seulement en voyant la voiture de Ryan se garer sur le parking à quelques places de son van que son ancien meilleur pote n’avait pas pu rater. Dalil avait envie de rejoindre les poissons dans leur effort de suicide collectif. Au moins, il était sûr d’être meilleur qu’eux à ce petit jeu.

* * *

Ryan avait fini par lui décrocher un mot au bout de deux heures. Dalil se sentait mal à l’aise, mais également peu en sécurité. Il devait pouvoir compter sur son binôme, communiquer avec lui. Être coincé dans le silo était déjà suffisamment angoissant sans y rajouter un coéquipier qui ne répondait pas à ses appels. Ryan savait combien il détestait ces boulots, l’endroit confiné et peu éclairé, la sensation d’étouffement, et la peur qu’un accident se produise, comme il y en avait tant eu ces dernières années. Dalil dut forcer sa voix pour se faire entendre avec le masque ventilé et avait envie de tuer Ryan quand il ne répondit encore que par un « ok » nonchalant. Dalil essaya de se concentrer sur son boulot, utilisant sa pioche pour déloger les gros amas sur les parois. Il sentait la sueur sur sa peau, il sentait les petits poils de sa nuque se hérisser sous le stress et son cœur s’emballer. Il ferma les yeux un instant, imagina sa ville telle qu’il l’avait vue, quelques semaines auparavant, dans la lueur de l’aube. Il imagina l’île dorée par le soleil de Mads. Puis il imagina la montagne de Thibault. Son souffle s’apaisa et il réouvrit les yeux, résolu. Résolu et prêt à jouer au même jeu que Ryan. Lui aussi pouvait jouer au con.

Ils sortirent du silo épuisés, transpirants et respirèrent avec plaisir l’air, même celui pollué par les rejets ambiants, en enlevant leur masque. Sa combinaison était couverte de particules de blé et il la secoua avant de la jeter à l’arrière du van. Il observa Ryan qui l’ignorait toujours aussi magnifiquement et traînait pour ne pas le croiser sur le parking. Il le vit tâter ses poches, fouiller son sac puis grogner et faire demi-tour.

Quelques mois auparavant, il avait toujours cette brutale affection en regardant Ryan, entre désir et regret, et désormais, il ne ressentait plus que du vide. Pas un manque comme avec Juliette, mais le même vide sombre et oppressant du silo.

« Un problème ? demanda-t-il quand Ryan revint à sa voiture et tenta d’ouvrir la portière.

– J’ai paumé mes clés. Je vais appeler Juliette pour… »

Le sourire emplit les lèvres de Dalil alors que Ryan se rappelait qu’il n’avait plus sa petite amie pour lui servir de roue de secours. Il jeta un œil à Dalil, puis ce simple regard devint noir devant l’air moqueur de Dalil.

« Va te faire foutre ! marmonna Ryan. »

La colère prit le pas sur la rancœur et Ryan marcha vers lui, les poings serrés. Dalil s’y attendait et il saisit la main qui voulait attraper son col et l’abaissa.

« C’est ta faute, tout ça ! Ta putain de faute, Lil !

– Ouais, je sais, répondit Dalil.

– Quoi ?

– Ouais, c’est ma faute, reprit Dalil en crispant les épaules. »

La douleur se réveilla et il fixa Ryan. Il détailla ses lèvres et se rendit compte que l’envie de se pencher sur ses lèvres avait disparue. Et peut-être qu’il n’avait eu ce besoin furieux que parce que Ryan avait évité ses baisers une fois sur deux. Il observait son meilleur ami et ne ressentait plus rien. Pendant quelques semaines, Thibault avait posé sur lui un regard empli de désir et d’affection, et il voulait ça désormais. Mieux, il méritait ça.

« Pourquoi, Ryan ?

– Ta gueule !

– Pourquoi tu m’as jamais rien dit ? On aurait pu…

– Quoi ? coupa Ryan. On aurait pu quoi ? Qu’est-ce que tu espères, là ? Que tu vas devenir mon mec parce que Juliette m’a largué ? J’en trouverai une autre, c’est tout ! »

Dalil s’échauffa et cette fois, il attrapa le tee-shirt de Ryan pour le balancer contre son van. Ryan saisit son poignet pour le serrer, mais Dalil se fichait bien d’avoir mal.

« On n’est pas remplaçable, ni elle ni moi ! Merde, tu me dois une explication, j’ai droit à une explication !

– T’as droit à rien du tout ! C’est toi qui t’es tiré ! C’est à cause de toi que tout a merdé ! Lâche-moi ! »

Dalil obéit, se recula et observa le parking désert.

« Alors, tu vois, c’est la fin de la journée, personne a tenu à rester plus longtemps que nécessaire. Il n’y a plus que toi et moi. Et devine qui a les clés de sa voiture et pas l’autre ? »

Ryan aplanit le devant de son tee-shirt et garda un silence buté.

« C’était important pour moi, ce qu’il s’est passé entre nous, avoua Dalil. Même avec la culpabilité, même en sachant que c’était une erreur, c’était… c’était important.

– Pas pour moi. Tu crois quoi ? Que je te vois pas me regarder depuis tout ce temps ? Tu voulais ça, tu as eu ça. Si tu t’es imaginé plus, c’est pas mon problème ! »

Dalil savait ce que Ryan faisait, il devenait de plus en plus mauvais pour que Dalil s’énerve et l’envoie chier. Ils finissaient toutes leurs disputes ainsi et Dalil comprit à cet instant pourquoi.

« Je suis désolé, murmura Dalil. Tu n’avais pas seulement honte, Ryan, tu avais peur aussi. Et j’ai rien vu du tout. Je t’ai fait l’amour et j’ai rien vu…

– Ta gueule, Lil !

– J’ai aimé, tu sais, j’ai aimé te faire l’amour, te toucher. Même si c’était très loin de ce que je voulais, j’ai aimé.

– Arrête ! »

Les yeux de Ryan s’éparpillaient dans l’espace tout en évitant Dalil et son visage gardait une expression fermée et acrimonieuse.

« J’arrivais pas à m’arrêter, et oui, j’attendais que tu me donnes plus. Je suis… j’étais ton meilleur pote, Ryan. Évidemment que j’ai imaginé être plus pour toi !

– Dalil, toujours à croire au grand amour gay, se moqua Ryan.

– Je t’emmerde ! Putain, c’est moche ce qu’on a fait à Juliette, et ça aurait pas été moins moche avec de l’amour, mais moins douloureux ! Ça n’aurait pas paru aussi vain. »

Dalil se calma quelques secondes.

« Je comprends pas, dit-il en faisant écho à une de leurs discussions. Tu as des parents géniaux, ils ont été extras, ils m’ont aidé, ils m’ont…

– Tu crois ça ? »

Et enfin, les yeux de Ryan se fixèrent sur les siens.

« Ils ont joué les tolérants devant toi. T’as vu le joli, le bien-pensant. Sauf que quand t’étais pas là, ils parlaient et j’entendais. J’entendais tout. »

La haine prit la suite de la colère.

« Oh, le pauvre Dalil, imita Ryan d’une voix aigüe puis il continua avec une voix plus grave. Pauvres parents surtout, t’imagine, avoir un fils pédé ? Non, mais chéri, c’est pas une maladie. Ouais, enfin, à choisir, je préfère que mon gosse soit malade et hétéro, plutôt qu’en bonne santé et homo. »

Son meilleur pote alternait les voix comme s’il les entendait encore après tout ce temps.

« Et quand ils te regardaient, on aurait dit que t’allais crever. »

Dalil fit un pas en avant et Ryan recula d’autant.

« Je savais pas. Pourquoi tu m’as rien dit ? On aurait pu…

– Je ne suis pas comme toi ! hurla Ryan. Je ne veux pas être comme toi !

– Tu as tort ! Parce qu’être gay, ce n’est qu’une partie de moi, je suis tout plein de choses, je suis tellement plus. Je suis drôle et sexy, je joue super bien au foot, j’ai un sens de l’orientation catastrophique quand je suis distrait, je suis… »

Je suis un découvreur de trésor. Je suis un gars amoureux. Je suis un amant extraordinaire bien avant les quatre essais nécessaires pour le prouver. Et on peut m’aimer, on peut me désirer pour tout un été. Peut-être même plus pour toute une vie.

« Je suis quelqu’un de bien, finit par dire Dalil. »

Et cette fois-ci, il y croyait fermement. Il sortit les clés de voiture de Ryan de sa poche et lui tendit.

« Enfoiré, grogna ce dernier entre ses dents en les attrapant. »

Ryan se dirigea vers sa voiture et Dalil s’écria :

« Si jamais tu veux parler, si tu as besoin, tu peux m’appeler, ok ? »

Ryan sortit son téléphone et tourna l’écran. Dalil aperçut son prénom et une photo de lui vêtu de son maillot de foot préféré. Puis Ryan cliqua sur supprimer et Dalil vit son contact s’effacer.

« J’aurais dû faire ça il y a des années ! fit Ryan en levant le majeur avant de s’engouffrer dans sa voiture. »

C’est ainsi que Dalil devint un mauvais souvenir et il se demanda fugitivement si Ryan avait seulement quelques bons souvenirs auxquels se raccrocher. Il n’arrivait plus à le haïr, à ressentir de la colère ou de la confusion. Il n’y avait plus que le vide.

Il se fit porter pâle le lendemain et démissionna dans la foulée. Les poissons déprimeraient très bien sans lui.

* * *

Quelques jours étaient passés sans message de Dalil. Et Thibault redoutait de s’accrocher à ces petits moments. Sa licorne était nulle en débriefing, elle n’avait fait que compter les orgasmes et avait établi que la mission était une totale réussite, sans même classer son cœur esquinté dans les dommages collatéraux. Il se demanda ce qu’il en était de celui de Dalil. Peut-être qu’il se remettait bien mieux que le sien, peut-être n’avait-il même pas été touché. Thibault vérifia une dernière fois son téléphone avant d’éteindre sa lampe de chevet. Il se recroquevilla dans le peu d’espace restant. Il ne luttait plus, il savait très bien qu’il avait perdu la bataille. D’ailleurs, pour bien lui faire sentir son statut de perdant, Oz s’étira et prit place sur son oreiller pendant que Flèche s’étendait sur ses jambes comme s’il n’existait pas.

« Je vous dérange pas, j’espère ? râla-t-il. »

Puis il tendit la main et la posa sur la tête de Flèche pour lui gratouiller les oreilles. Il se garda bien de faire la même chose avec Oz. Il venait seulement de fermer les yeux qu’il entendit son portable vibrer.

Dalil : À quoi tu penses ?

Thibault : À ma vie, à ma place dans l’univers, enfin dans mon lit surtout, là. Et toi ?

Dalil : Je pensais seulement à ma place dans ton univers, dans ton lit. Ou ailleurs…

Thibault : Tu es presque poète.

Dalil : Tu as noté la subtile allusion à ton cul ?

Thibault : Tu l’es beaucoup moins tout d’un coup.

Mais Thibault rigola tout en tapant son message et s’installa plus confortablement. Il poussa même Oz pour récupérer un bout d’oreiller, non sans se faire siffler dessus. Puis un nouveau message arriva et il retint sa respiration devant la photo.

Oh mon dieu ! fut tout ce qu’il put penser à cet instant.

Thibault : Pourquoi je viens de recevoir la photo de tes abdos ?

Dalil : Je compense mon manque de poésie avec mon côté sexy. Je suis pas en sueur par contre.

Thibault : Heureusement, j’ai frôlé la crise cardiaque.

Il pensa à sa grand-mère qui l’aurait trouvé, lors d’une énième ronde de surveillance, mort dans son lit, la main dans le caleçon. Comment ça, la main dans le caleçon ? À quel moment s’était-elle glissée là ? Jetant un regard gêné aux animaux étalés sur son lit, Thibault ôta la main de son pubis et ouvrit complètement l’image sur son téléphone. Il détailla la photo en légère contre-plongée qui allait du menton de Dalil à sa taille. Il apprécia du regard la peau bronzée, observa les doigts de sa main tenant son tee-shirt relevé sur son torse, le premier bouton du pantalon ouvert, l’élastique du sous-vêtement visible. Il sentit sa bouche s’ouvrir en fixant les abdos dessinés, puis il fronça les sourcils.

Thibault : Tu les as retouchés ou quoi ? Attends, tu m’envoies les abdos de qui, là ?

Dalil : Hé, c’est les miens !

Thibault : Tu rigoles, ils sont encore plus définis que cet été !

Dalil répondit avec un petit bonhomme contrarié puis avoua :

Dalil : J’ai arrêté de respirer pour la photo.

Thibault explosa de rire, Oz lui planta ses griffes dans l’épaule et il envoya valser son téléphone dans son lit. Il tapota le drap quelques secondes pour le retrouver, mordant sa lèvre pour résister au fou rire.

Thibault : Si t’as entendu une petite musique, c’est normal, tu viens d’atteindre le dernier niveau de beaufitude.

Dalil : Wow, je gagne quoi ?

Thibault : Le droit d’aller répandre tes blagues de beauf partout dans le monde.

Dalil : Le monde est pas prêt pour ça.

Thibault : Personne est prêt pour ça.

Thibault se calma légèrement, mais le sourire resta scotché à ses lèvres. Ses yeux s’embuèrent un petit peu aussi et il cligna pour faire réapparaître les mots sous ses yeux. Peut-être que son cœur n’était pas aussi esquinté qu’il le prétendait ou qu’il aimait ressentir le pincement à l’intérieur. Peut-être que son cœur entendait des promesses que sa tête ne voulait pas écouter.

Dalil : Au moins, t’as profité de la vue.

Thibault : Beaucoup, merci. Je sais pas si je t’envoie les miens, déjà, ils sont moins intéressants et en plus, j’aime bien respirer. Et je me demande où on va avec ce genre de messages.

Dalil : Où tu veux, c’est toi le guide.

Thibault prit une seconde pour réfléchir. Mais il savait déjà où il voulait aller. Il le savait depuis un bon moment. Les souvenirs ne suffisaient pas. Ils ne suffisaient jamais.

Dalil : Thib ?

Thibault : Deux minutes, je t’envoie aussi un truc pour te faire saliver.

* * *

Dalil rigola et s’installa plus confortablement sur le canapé. Il n’éteignit pas la télé, mais baissa le son pour se concentrer sur la discussion. Il baissa sa main jusqu’au bouton défait de son pantalon et laissa ses doigts jouer avec, sans aller plus loin. Il n’avait pas prévu que Thibault réagisse comme ça, il voulait seulement s’amuser un peu, et imaginer le rire du jeune homme résonner dans sa tête. Ils ne s’étaient pas appelés, c’était plus facile et plus difficile ainsi. Plus facile de résister à l’envie de repartir, plus difficile parce que Dalil ne voulait pas posséder un vide de plus dans sa tête et dans son corps. Celui de Ryan suffisait. C’était comme un trou noir dans l’univers, un endroit à éviter s’il ne voulait pas se faire engloutir. Dalil savait qu’il était là, et apprenait tout doucement à l’ignorer. Mais il ne voulait pas ressentir le manque de Thibault comme un vide, il voulait le ressentir comme un trop-plein, quelque chose qui débordait par vagues, qui l’électrisait, peu importe la distance.

Thibault mit un petit moment à répondre et Dalil commença à l’imaginer, à revoir le sourire adorable et les yeux espiègles. Puis, le vert de ses iris devint trouble sous le désir, les lèvres s’ourlèrent pour retenir un gémissement. Dalil était déjà parti trop loin dans son fantasme quand la photo de Thibault arriva et il l’ouvrit d’un mouvement fébrile. Oh bordel !

Il éclata d’un immense rire en se laissant aller contre l’accoudoir du canapé, il fixa l’image une deuxième fois et pouffa comme un gamin. Thibault venait de lui envoyer la photo d’une sorte de pizza. La pâte semblait légère et aérée. Des tomates cerises étaient enfoncées dedans ainsi que des herbes et des olives, créant un motif asymétrique. Et le plus drôle dans tout ça, c’est qu’il avait vraiment l’eau à la bouche.

Dalil : Qu’est-ce que c’est ?

Thibault : Une foccacia. C’est un pain italien. On a fait plusieurs essais avec mon grand-père, on commence à maîtriser.

Dalil : Ça a l’air super bon.

Il y eut un long moment avant le message suivant.

Thibault : Mais pas ce que tu attendais.

Dalil : Tu as dit que tu me ferais saliver. Mission accomplie, troufion !

Thibault : Hé, c’est toi le troufion, pas moi.

Dalil : Faudra un jour que tu me dises pourquoi. Parce que je n’obéis pas si bien aux ordres que ça.

Thibault : Dans certaines circonstances, tu y obéissais très bien.

L’ambiance devint plus légère, ils n’allaient pas se chauffer par texto, et finalement, ça ne dérangeait pas Dalil du tout. Les souvenirs se firent une place dans sa tête, et il sourit à l’allusion. Il adorait ce moment où les ordres de Thibault claquaient sous l’énervement ou la frustration, surtout la frustration.

Dalil : Merci, sergent, de l’avoir remarqué. D’autres ordres auxquels tu voudrais que j’obéisse ?

Thibault ne répondit pas pendant un long moment. Dalil s’agita sur le canapé, attendit quelques minutes, puis tenta de regarder la télé, mais il passa plus de temps à surveiller son portable. L’inquiétude d’avoir foiré quelque chose était en train de s’installer quand un dernier message arriva.

* * *

Thibault s’était extirpé du lit et il ne s’était pas habillé autant qu’il l’aurait dû, le vent froid le fit frissonner dès qu’il mit un pied dehors. Mais il ne fit pas demi-tour pour chercher une veste ou enfiler des chaussettes à l’intérieur de ses baskets. Il grimpa le long du chemin derrière la maison jusqu’à ce que son souffle soit heurté. Et là, il s’arrêta enfin. Il serrait son téléphone dans sa main pour éclairer le chemin et l’écran était devenu glissant sous ses doigts.

De ce côté, les souvenirs étaient intacts, même pas roussis par endroit. De l’autre côté du village, tout était parti en fumée et il ne restait que des cendres à la merci du vent et ces ombres d’arbres noircis. Plusieurs chemins de randonnées restaient inaccessibles tant que les gardes-forestiers ne les auraient pas sécurisés. Mais Thibault n’avait pas besoin de monter jusqu’au bassin d’eau pour en imaginer l’allure. Rêver, il savait faire. Parer ses rêves d’ombres pour les amener à ressembler à des cauchemars, aussi.

Avec Dalil, il avait réussi à les charger d’envie et d’espoir. Un peu plus et il pourrait presque les orner de promesses. Il se força à répondre au message. Sa grand-mère avait lourdement insisté sur la politesse en toute occasion.

Thibault : Pas dans l’immédiat, repos soldat !

Il compléta son sms d’un petit bonhomme sourire. Mais lui n’arrivait pas à le faire. Il aurait pris une promesse. Ses doigts tapèrent pour clore la conversation.

Thibault : Bonne nuit Dalil.

Il aurait tout pris.

Hello,

petit à petit, on y arrive. Bon, après, je dois vous annoncer que j'ai glissé, j'avais dit qu'il restait deux chapitres, finalement, c'est trois.

Donc, bon, encore deux chapitres ! XD

Bon week-end.

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