La loge

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Je metaiet en joue Rouge, silence pointait le religieux orange et Taric s'avança.

  • Maintenant, direction la loge des phœnix, je vous pri, j'ai peu de me perdre avec covs instruction.

En les gardant en joue, on sortait du dôme de prière. Dehors, les jardins calmes avaient laissé place à des soldats en armure pointant leurs armes sur nous. On suivait le religieux en regardant de tous côtés. On marchait depuis des heures avant d'arriver devant un immense bâtiment ouvert avec des arches de plusieurs dizaines de mètres de haut.

  • Nous y voila
  • dite pourquoi ne pas m'avoir tué plus tôt ?
  • L'œil du savoir se trouve dans la loge et...
  • Taisez-vous, ignorant !

La voix était lourde, grave et puissante, émanant d'un homme dans une robe faite d'or apparu sous les arches de la loge des phœnix.

  • Alors ça, ça doit être votre boss. Au moins, ça ira plus vite avec lui enfin j'espere.
  • Je suis sûr qu'on peut trouver un terrain d'entente, Aderal Morgeinse. Enfin, même si je ne crois pas une seconde à cette histoire. J'ai regardé les vidéos de votre servante et je ne crois pas en votre soi-disant descendance Phoenix. Tout au plus, une erreur génétique.
  • Après tout ce temps passé sur cette station, votre avis, j'en ai mais alors vraiment rien à foutre.
  • Vous avez mes gardes pointant leurs armes sur vous et le capitaine Taric a un bout de papier indiquant votre nom pour sauver ses soldats. Et la vie des deux ignorants en votre possession ne signifie que peu de chose pour moi.

Il regarda Taric.

  • Capitaine Taric, vous hérez depuis si longtemps. Finissez votre mission.
  • Atendez mon vieux, si vous pensez que je suis un menteur, alors pourquoi me flinguer ?
  • Orphelin qui a grandi sur la capitale dans l'orphelinat du prêcheur Morgane. Fugue, vie insipide et futile, et vous portez bien le nom d'Aderal Morgeinse. Par contre, pour moi, vous n'êtes qu'une supercherie. Votre servante ainsi que le haut maître ont cru voir en vous le digne descendant de cette grande famille moi non.
  • En gros, vous voulez que je meure juste parce que mon nom est Morgeinse
  • Oui, j'aime être sûr que toutes les ramifications soient tuées
  • Je suis plus à une trahison, Taric, t'en fais pas.
  • J'ai juré sur le code d'honneur des cohortes de défendre la religion à tout prix. Je me suis battu, j'ai perdu des milliers d'hommes, défendu les valeurs des dieux avec tout l'honneur qu'on m'avait offert en étant capitaine. Et tout ça pour quoi ? Défendre un religieux qui viole une gamine, puis me demander de tuer un seigneur phœnix alors que le serment des cohortes est de servir avant tout les phœnix et non les religieux pompeux que vous êtes. Alors, grand maître, allez bien vous faire foutre.

Il pivota son arme vers les gardes, suivi de Silence.

  • Foncez, on vous couvre, Phyros.

Il se mit à tirer sur les gardes les plus proches avant de sauter à couvert. Froidement, j'appuyai sur la détente de ma forge, mais je ne pus me résigner à tuer Rouge. Mon tir disloqua son épaule gauche dans un cri de douleur et le fracas de ses os. Je partis en courant, suivi de Brume, vers le religieux en tunique d'or.

Brume courait deux fois plus vite que moi et égorgea les premiers gardes à sa portée. Je tirai sur les autres. Le grand maître ne comprit pas trop ce qu'il se passait. Il ne devait pas soupçonner ma stupidité à aimer les plans foireux. Il partit en courant sous les immenses arches de la loge phœnix. J'entendis un gémissement en me retournant. Brume saignait d'une patte.

  • Fonce, on s'en occupe!

Taric tuas les gardes qui avait Brume en joue.

Dans les couloirs, les gardes semblaient effrayés par ma charge absurde, essayant de me tirer dessus, mais leur hésitation leur coûta la vie. Un garde parvint à me toucher, même plusieurs en fait. Je ne saurais trop dire où, j'étais enragé et la douleur semblait si lointaine. Je rattrapai le cul béni en tenue d'or et pointai ma forge brûlante sur sa tempe. Les gardes arrêtèrent tous de tirer. Puis je le traînai dans ce long couloir. Le connard en tenue orange avait survécu et beuglait des ordres que les gardes n'écoutaient pas. J'arrivai devant les portes de la loge.

Elles étaient magnifiques, comme érigées par les dieux eux-mêmes, forgées de pyrodividium et d'une hauteur absurde pour de simples hommes. Il fallait que je me torde le cou pour en voir le sommet.

Les dieux aimaient se croire supérieurs, plus puissants, rendant les humains ridicules face à leur ouvrage, leur technologie et leur philosophie absurde.

  • Garde, arrêtez-le !

La voix hurlante de l'abruti dans sa tenue orange et rouge ne pouvait cacher son effroi face à moi. Bien sûr, les gardes ne feraient rien. Dans ma main droite, je tenais toujours le cou crispé de l'autre abruti en tenue d'or. Le canon de ma forge suintant de sang pointé sur sa tempe. Qui prendrait le risque de me tuer alors que j'ai la vie d'un des plus hauts pontes de ces cul-bénits flamboyants entre mes mains ?

Et les dizaines de cadavres et traces de sang derrière moi avaient sapé tout once de courage dans l'esprit des gardes. On pouvait presque entendre résonner les hurlements de ma forge dans les couloirs maculés de sang, recouvrant le tant bien aimé orange et rouge de la religion.

  • Ouvrez cette putain de porte, dis-je à l'abruti qui hurlait sur les gardes, la voix noyée d'une colère insatiable.
  • Butez-le !

Ces mots furent les derniers de cet homme de foi, le crâne se disloquant sous l'impact du tir de ma forge. Les gardes n'avaient pas eu le temps de réagir avant que je repositionne le canon brûlant sur la tempe de celui couvert d'or, sous ses hurlements et l'odeur de sa peau brûlée par le canon de mon arme.

  • La porte.
  • On ne sait pas l'ouvrir, c'est la loge de la garde phœnix, seuls eux peuvent l'ouvrir, dit l'homme à ma merci entre deux hurlements. Là, à côté, y'a un panneau de contrôle. Suffit de mettre sa main dedans, les imposteurs brûleront.

Je traînai le religieux au sol sans délicatesse, sous ses gémissements. Les gardes ne bougeaient pas. Devant le panneau de contrôle couvert d'or, je me sentais encore plus petit face à cette porte immense.

  • Elle n'a pas été ouverte depuis des siècles. Toutes nos tentatives ont échoué.

Dit-il, son regard se baissant sur le sol. Le sol était noirci exactement là où je me trouvais. Ces connards aimaient bien tout brûler, purifier.

  • C'est pour ça que vous ne m'avez pas buté avant, vous aviez besoin de moi en vie.
  • Seul l'autre idiot pouvait croire ça.

D'un haussement d'épaules, je posai ma main sur le panneau de commande.

Le religieux se mit à rire. Le panneau se mit à chauffer, voire même brûler, mais rien d'insupportable au vu de mon état. Puis le froid suivit de craquements sourds et profonds.

Sur la porte, des centaines de flammes se mirent à jaillir, illuminant la salle et l'enveloppant d'une chaleur étouffante pour de simples méta-humains. Pour moi, cette chaleur semblait être une douce caresse.

Les gonds se mirent à grincer et les portes disproportionnées commencèrent à pivoter. Le religieux ne riait plus, les gardes avaient posé les armes et un genou au sol.

  • Ce n'est pas possible, souffla le religieux couvert d'or.
  • On est sur l'Arche, rien n'est impossible, non ?
  • Vous n'êtes pas digne, vous n'avez aucun droit ici. Je suis le...

Sa phrase, il pourrait la finir devant ses dieux. Son corps glissa sous le craquement de sa nuque, faisant encore frémir certains gardes.

Les lourdes portes finirent leur course, laissant une grande ouverture vers un non moins ironique couloir fait de simples briques noires.

Je me dirigeais vers l'entrée. Un garde me regarda à genoux, la voix tremblante :

  • Vous êtes qui, seigneur ?
  • Phyros, enfin je crois.

Je passai les portes, avec pour tenue ma toge déchirée, noyée de sang, reconvertie en pagne, le corps couvert de cicatrices dont certaines suintaient de sang, et ma forge à la main. J'étais un cadavre famélique, la peau sur les os, crasseux, empestant la mort.

J'entrai dans ce couloir noir et froid de la même manière que j'avais commencé mon voyage vers l'Arche.

Plus j'avançais, plus la chaleur montait et devant moi, une immense bâtisse se révéla, vide, saccagé, pillé, comme si les derniers phœnix avaient mis à sac leur propre loge. Des râteliers d'armes, vides. Des banquettes et coussins éventrés. Ne restait qu'un bureau dans un coin étrangement épargné. Je me dirigeai vers celui-ci, la démarche chancelante. Dessus, une boîte en bois massif avec une lettre à l'écriture illisible pour moi. J'ouvrais la boîte. À l'intérieur, un simple putain de cube de données orange. Tout ça pour un cube de merde. J'aurais voulu tout détruire à cet instant. En même temps, cela paraissait logique pour décrypter un ordinateur un simple cube de données.

En fouillant plus, je trouvai une armoire à peu près intacte. Dedans, des tenues noires dans un textile étrange. Au toucher, il donnait l'impression de réagir à mes doigts, comme voulant se coller.

En me regardant mieux, je vis que je saignais, mais cela aurait pu être pire. Leurs tirs m'avaient surtout éraflé, sauf un au niveau de ma jambe droite.

Sans grande hésitation, je saisis la tenue, enlevai le reste de ma toge et me glissai dans la combinaison noire avec une aisance insoupçonnée. Au contact de mes blessures, le textile semblait se contracter comme pansant mes plaie pour empêcher le sang de couler. Une douce chaleur m'enveloppa soudainement. Taric devait bien en savoir plus sur ces tenues, je lui demanderai plus tard, me dis-je à moi-même.

En regardant de plus près dans l'immense hall, il y avait aussi d'immenses râteliers pour armures, tous vides. Je ne voulais pas laisser mes acolytes dehors seuls. Je pris la boîte en bois sous le bras avant de partir. mais un long tissu posé dans un coin attira mon regard. Je le soulevai. Dessous se trouvait un râtelier avec un sac qui ne payait pas de mine, pendu. Dedans se trouvait une multitude de forges, les mêmes barillets à six trous. La Boss turais pour avoir se sac.

Je profitai du sac pour mettre la boîte en bois et glisser deux autres tenues présentes dans l'armoire avant de sortir. Ils ne devaient pas pouvoir tenir longtemps à deux contre les gardes. En sortant sous les arches, nul bruit de tir. Les gardes ramassaient les cadavres que j'avais laissés, baissant la tête devant moi et se frappant le torse. Quelques mètres plus loin, Taric, Silence et Brume étaient assis avec des kits de soins militaires à leurs pieds.

Je levai les yeux, étonné.

  • Dès que t'as ouvert la porte, ils ont arrêté de tirer, me dit Taric, un bras en charpie.

Silence n'était pas mieux avec un bandage sur l'abdomen. Brume était allongé, saignant d'une patte arrière.

  • On ne peut rien faire sans risquer de se faire bouffer une main.

J'attrapai une boîte et m'approchai de Brume, puis je saisis un gel cicatrisant. Son regard n'inspirait pas confiance, mais je pus appliquer le gel tout en gardant ma main sous ses grognements.

  • La sécurité et une cohorte, c'est pour ça ?
  • Oui, la centième. La garde des secrets. À l'ouverture de la porte, cela voulait dire qu'un seigneur phœnix etait de retour. Ils ont donc déposé les armes.
  • Et dire que je me suis pressé à l'intérieur.
  • Vous pouvez y retourner.
  • Il n'y a plus rien, tout a été saccagé par les phœnix eux-mêmes, je suppose.
  • Rien du tout ? s'étonna Taric.
  • Un coffret avec un cube de données, l'œil du savoir je suppose, et une lettre que je ne sais déchiffrer.

Je lui tendis la lettre.

  • À nos descendants. C'est écrit en langage des dieux, façon de parler.
  • Et ça dit quoi dedans ?

Taric ouvrit l'enveloppe.

Chers descendants,

Si vous lisez ceci, alors on n'a pas entièrement échoué. Pour ralentir les dieux, on a déclenché une déchéance technologique, un lent déclin, mais ce n'est qu'une question de temps avant que les dieux se remettent à jouer à leurs jeux morbides. Vous n'avez sûrement rien demandé, rien voulu, mais des milliards de vies dépendent de vous. Nous sommes sincèrement désolés de ce poids que nous vous confions. Vous trouverez les réponses dans l'un de nos derniers vaisseaux. À vrai dire, il n'en reste que trois. Nous avons détruit les autres et voici le dernier œil de la vérité pour lire l'ordinateur de bord.

Ci-joint les coordonnées de mon vaisseau :

Altarus-cendre-66-969, AY-BZ-33.

Encore une fois, désolés.

Alyson Morgeinse

  • Votre arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère, à deux ou trois générations près.
  • Tu savais que tu devais me tuer ?
  • Oui, vous mentez très mal.
  • Désolé pour vos soldats.
  • Vous n'avez pas à l'être. J'ai été remplacé depuis longtemps et mes soldats tués. La religion ne peut pas se passer d'une cohorte. Je courais juste après mes démons.
  • Regardez dedans, il y a peut-être celle de votre cohorte capitaine.

Taric attrapa les forge une à une et regardai leurs chiffres. Puis il en garda une dans ses mains.

  • Je peux ?
  • Oui. En tout cas, merci à vous trois.

Je m'assis par terre. Une fatigue m'écrasait et la quantité de sang perdu n'aidait pas.

  • Une idée de ce que sont ces tenues noires que j'ai trouvées ?
  • C'est la tenue que portent les gardes sous leur armure. Enfin, ils pouvaient le faire, la plupart portaient leur armure nue, question d'honneur. Si ma mémoire est bonne, leur fonction première était de limiter les saignement. La matière devait se durcir au contact de celui-ci.
  • Ah, ça semble toujours fonctionner alors. Par contre, je n'ai pas trouvé d'armure, dommage.

J'interpellai un soldat qui passait sûrement pour aller récupérer un autre cadavre.

  • Comment on sort d'ici ?
  • Il y a un spatio-port avec des navettes.
  • Le connard en tenue d'or doit bien avoir un yacht galactique, non ?
  • Le grand maître, oui.
  • Parfait, on le réquisitionne. Vous nous y conduisez.
  • Bien sûr, seigneur.

On se regarda tous trois éreintés, mais on voulait partir. Alors dans un dernier effort, on suivit ce garde dans les allées jusqu'à un quai où était stationné, en effet, un vaisseau rutilant et doré.

  • Heureusement que le mauvais goût ne tue pas.

On entra dans le vaisseau, se dirigea au pont de commandement avec une magnifique baie vitrée. L'équipement semblait vieux et totalement archaïque.

  • Ils ne savent plus faire d'ordinateurs de bord pour rejoindre l'Arche, ils se contentent de maintenir une veille flotte décrépite, me dit Taric.
  • Ça fera l'affaire.

Je m'asseyais sur le fauteuil du Boss et quelque chose me frappa soudain l'esprit.

  • Quelqu'un sait piloter ?

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