Revenir des légumes?
Les soirées sur le vaisseau avaient un côté paisible extrêmement agréable, je devais le reconnaître. Taric passait des heures à cuisiner, essayant d'amadouer Brume sans aucun succès. Silence nous montrait ce qu'elle avait assemblé avec les tissus. J'allais avoir une sorte de grande toge en tissu noir avec une capuche et pas mal de ceintures. C'est pas si mal et assez passe-partout.
On passait nos soirées à essayer de finir la réserve infinit d'alcool du vaisseau.
— Putain, Phyros, bois pas ça comme de l'eau, c'est du vin vieilli en fût sur des planètes, ça se savoure !
Silence mima de sentir son verre et fit semblant de regarder le breuvage rouge avec sérieux.
— Pourquoi j'essaye de vous apprendre des trucs, moi ? Vivement que je retrouve ma cohorte, eux au moins ils m'écoutent.
Par contre, on ne pouvait pas enlever les talents de cuisinier de Taric, ça, c'était indéniable.
— Dis, Taric, je peux poser une question d'ignorant ?
— La dernière fois, t'as demandé avec tout le sérieux du monde c'est quoi faire revenir des légumes, je suis prêt à tout.
— Le respect des Seigneurs Phœnix est mort ici. J'ai l'impression que dans les histoires, les livres et ce que Silence et toi dites, les seigneurs sont des connards finis arrogants. Pourquoi sont-ils si importants alors ?
Il but lentement une gorgée de vin.
— L'histoire est écrite par les vainqueurs, je ne sais plus qui disait cela. La religion a créé les phœnix de toutes pièces pour assouvir leur puissance, mais ensuite ils les ont tués. Malheureusement, l'imaginaire des croyants était bercé d'exploits, de légendes et de mythes. Alors la religion a doucement commencé à faire disparaître ses guerriers pour juste parler du terme phœnix et créer une sorte de mythe pour le simple croyant. Pour ceux qui sont au cœur de la religion, les cohortes, serviteurs, maîtres et maîtresses en tout genre, ils ont éliminé l'aspect héroïque pour ne garder que l'aspect connard arrogant esclave de leurs pulsions. L'idée est de doucement faire disparaître la mémoire des Phœnix, mais les cohortes essaient de faire en sorte qu'ils ne soient pas oubliés.
— Ah, ils n'étaient pas que des connards alors.
Il rebut doucement une lente gorgée de vin.
— En vrai, je sais pas. J'ai grandi avec les livres où ils n'étaient dépeints que comme des guerriers arrogants, mais ma cohorte possède dans ses archives des livres qui disent tout l'inverse.
— Vous pourriez nous raconter ? signa Silence.
Elle avait une passion pour les longs récits de Taric sur sa cohorte et les guerres qu'il avait faites.
— Le récit des archives parle de guerriers étonnamment humbles, prêts à tout pour leur cohorte. La soixante-septième famille Phœnix des Vicard de ma cohorte était dépeinte comme de très mauvais stratèges mais des guerriers intègres qui avaient gagné le respect de leur cohorte non par le symbole qu'ils représentaient mais par leurs actes. Ils étaient sur tous les fronts, devant, protégeant les soldats de leur armure massive, ne laissant personne derrière, prêts à sacrifier leur vie pour un seul soldat si nécessaire. Ils laissaient la stratégie à leurs capitaines et stratèges de cohorte, eux se contentaient de foncer dans le tas, suivant le plan qu'on leur donnait.
Il finit son verre de vin avant de se resservir.
— La légende la plus connue de la soixante-septième est sûrement celle de la défense des portes d'Araltor. Notre seigneur en armure protégeait la dernière porte pour laisser le temps aux civils et à sa cohorte de partir face à un ennemi indénombrable et inarrêtable. Durant des heures, derrière la porte, les soldats n'entendaient que le bruit du combat et les cris. Quand le dernier vaisseau décollait, le seigneur Phœnix était encore là à se battre, sacrifiant sa vie pour sauver ses soldats et les civils. En revenant quelques mois plus tard avec des renforts et d'autres cohortes, ils retrouvèrent l'armure massive du seigneur mort devant la porte, son armure ravagée de blessures tenant encore sa forge fermement.
— Il n'était pas si pire.
— Je pense que la vérité sur les seigneurs Phœnix se trouve au milieu entre soldats de légende et connards prétentieux. Après, ça ne tient qu'à vous de devenir ce que vous souhaitez.
Je ne trouvais rien à lui répondre hormis boire ma bière. Silence se mettait à signer avec Taric à une vitesse que j'avais encore du mal à déchiffrer, mais elle semblait le questionner sur des détails de combat et récits guerriers.
Je me sentais toujours le cul entre deux chaises. Je suis parti sur l'arche en tant que simple pirate un peu doué et j'étais là, descendant génétique d'une famille de Seigneurs Phœnix, avec un pouvoir que je ne souhaitais pas vraiment avoir au final.
Brume rongea un os dans un coin sans se soucier le moins du monde de ce qui se passait sur le vaisseau. En vérité, l'Ombrelune aurait pu le broyer d'un coup, mais semblait aimer prendre son temps à ronger doucement le massif os blanc.
Ici, c'était calme et relaxant à bien des égards.
Annotations
Versions