Note ILIA : Pulsion ardente

4 minutes de lecture

Note Ilia

Il est intéressant de noter que Phyros fait preuve d'une franchise salutaire dans ses mémoires. Il aurait pu facilement se faire passer pour bien plus fort qu'il ne l'était, se battant contre une armée, et je suis sûr que cela n'aurait choqué personne. Mais non, il restait honnête dans ses écrits, même dans son incapacité à piloter le phoenix et ses limites physiques. Même dans son intimité, où il pourrait raconter tout et n'importe quoi, il reste factuel.

En tout cas, il reste factuel sur ce qui le concerne. La politique galactique ne l'intéressant pas le moins du monde, sur l'année qu'il a passée dans le phoenix, il ne fait pas état de ce qu'il se passe, alors qu'il a les informations, ce qui peut être utile pour contextualiser la situation. La guerre entre l'État et la religion était plus ou moins au point mort, car non rentable ni pour l'un ni pour l'autre. Les deux camps se contentent de petites escarmouches médiatiques ici et là. La religion avait mis au placard ses affamés de peur des représailles de l'État. Et le plan de la boss était un plan à long terme dont la première étape était de redonner ses lettres de noblesse à son vaisseau.

Mais la politique n'est pas le but de mon ajout dans les mémoires de Phyros. Non, dans toute son honnêteté, il omet avec brio un point central. Dans les archives que j'avais à ma disposition, une information revenait souvent sur les seigneurs phoenix. La pulsion ardente, la folie rouge, la rage des flammes, plein de noms pour la même maladie. Les seigneurs phoenix étaient fous, rongés par un mal insidieux. Plus ils vieillissaient, plus ce mal se répandait. Je ne comprenais pas au début pourquoi la plupart des seigneurs phoenix mouraient vers l'âge de quarante ans dans des batailles plus proches du sacrifice inutile.

La rage se propage dans le corps des seigneurs phoenix. Plus ils vieillissent, plus la rage devient incontrôlable et quand cela devenait le cas, on repeignait leur armure en orange et on les envoyait dans une bataille perdue d'avance, les conduisant à une mort certaine.

Phyros, à ce moment-là, avait trente-quatre ans et j'avais accès à son réseau synaptique en permanence avec la puce sur sa tempe. J'avais amélioré les algorithmes de traitement de l'information et les résultats étaient effrayants, même pour moi, une intelligence artificielle. Il était consumé par un virus sombre. En six mois, j'ai vu ce virus se propager, infecter la moindre parcelle de son esprit, le noyant dans une colère froide constante. Il n'écrit presque rien dessus, sûrement par ego puéril.

Peu de choses pouvaient endiguer ses pulsions. L'encre et l'alcool avaient un aspect atténuateur mais aux effets très temporaires. Surtout l'alcool, que son organisme dissipait extrêmement vite. L'exercice à s'en tuer à la tâche était efficace comme traitement de fond. Il n'était pas rare que la nuit, il aille dans l'entrepôt douze du pont quatre, où il s'était aménagé une sorte de salle d'entraînement.

Les deux éléments les plus efficaces pour endiguer le virus étaient Silence, et étonnamment, le sexe n'avait que peu d'impact, c'était sa présence qui le calmait. Et il passait un temps incalculable collé à elle dès que l'occasion se présentait. Et bien sûr, la chose qui le calmait le plus était le bruit de sa forge suivi du corps désarticulé de la personne qu'il visait s'effondrant, ou encore les craquements secs d'une nuque entre ses mains.

Mais on ne parle pas d'une petite différence, mais bien d'un effet dix fois plus puissant sur ses pulsions. Et cela se ressentait dans les abordages. Phyros n'y allait plus pour effectuer sa tâche, non, il y allait pour tuer. Menant à des situations quelque peu inconfortables pour son groupe d'assaut. Tuant plus que nécessaire, des personnes prêtes à se rendre, ou exécutant froidement des gardes pris par surprise au lieu de juste les désarmer. Et bien sûr, Phyros n'a plus rien écrit sur ses abordages où il perdait le contrôle.

Silence et moi-même avons essayé de lui en parler, mais autant parler dans un haut-parleur dans le vide spatial, il ne voulait pas admettre que son état empirait. Mais ses signaux synaptiques devenaient de plus en plus erratiques et violents.

Dans les archives, la seule consolation était qu'un seigneur phoenix sur quatre semblait réussir à se soigner de ce mal sans que nul ne fasse mention de comment et ainsi il pouvait vivre jusqu'à trois cents ans. Ce qui était rare.

Phyros n'a rien écrit là-dessus sur l'année entière passée sur le phoenix, juste pour raconter les soirées qui dérapaient et ses multiples tests pour piloter le vaisseau. Mais aucunement de la folie qui le rongeait. S'il n'écrivait pas dessus, il devait se dire que cela n'existait pas.

Phyros n'étant pas le plus précis dans sa façon de se représenter dans le temps, les textes suivants ont lieu une année et deux mois après son retour sur le phoenix, lors de l'abordage d'un vaisseau religieux. Des textes papier que j'ai retrouvés dans une armoire perdue aux yeux de tous et surtout de son propre esprit.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire L'ingenieur ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0