La rage

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Le noir, la colère, les yeux embrumés et le vide. Je ne pouvais plus cacher indéfiniment cette pulsion de mort, la contrôler. Dans ce vaisseau religieux au pont 17, un lieu de prière avec une trentaine de croyants qui n'avaient rien demandé. La tête du religieux, en plein sermon, se disloqua sous l'impulsion de ma forge. Des croyants les plus proches, je ne me rappelle que le bruit sec de leur nuque brisée entre mes mains. Puis tout devint un souvenir irréaliste et flou. Les cris, les os broyés, les coups de feu de mon revolver, les morts s'entassant sur mon chemin.

Les murs du vaisseau semblaient se refermer sur moi, chaque écho de mes pas résonnant comme un glas funèbre. Les visages terrifiés des survivants se fondaient en une masse informe, leurs supplications se mélangeant en un bruit blanc insupportable.

Le sol était jonché de corps inertes, leurs regards vides fixant le néant. Leur sang serpentant entre les cadavres, imprégnant l'air d'une odeur métallique. Mes mains, tremblantes mais déterminées, continuaient leur œuvre macabre, guidées par une rage incontrôlable. Chaque vie que j'ôtais ne faisait qu'attiser ma soif de destruction, chaque cri de douleur alimentant ma folie.

Enfin, une grande douleur parcourut mon torse. Le boucher venait de me tirer dessus. Je m'effondrai, toujours conscient, encore plus en colère. Je me mis douloureusement sur le dos. La longue toge rouge de Silence emplit mon champ de vision. Elle n'eut aucune pitié pour moi, aucun mot, juste un puissant coup de pied sur mon casque, me plongeant dans l'inconscience.

Les choses prirent ensuite une tournure rapide. En ouvrant les yeux, j'étais attaché, enfermé dans une cage, seul face à la boss.

— J'ai fermé les yeux sur ce que tu faisais lors des précédents abordages, tuer des gardes sans défense, sur le fait que tu privilégiais de tuer au lieu de désarmer. J'ai fait une erreur, j'aurais dû réagir plus vite. La rage des seigneurs phoenix est une maladie sans remède. Silence voulait t'égorger, je l'ai empêchée, j'ai besoin de toi.

Elle me regardait sans une once de pitié, ou quoi que ce soit, juste de la colère dans son regard dur.

  • Je sais qu'Ilia, Silence et toi étiez au courant de ma condition d'androïde et de membre fondatrice de l'État.

J'aurais tellement voulu le tuer à cet instant.

  • Mais je n'en ai rien à faire de l'État Phyros. Je veux empêcher le retour de l'armée androïde en exil. Elle va revenir, et bien plus vite que je ne le pensais. Les religieux on relacher des affamer, l'information circule de toute par. Les religieux ont rompu le contrat qui a été passé il y a trois cents ans. Quand l'armée robotique va l'apprendre, et elle va l'apprendre, elle reviendra. Pour lutter contre cette armée, il va nous falloir une armée unie et puissante. Seul toi peux faire combattre les cohortes sous la même bannière. Alors j'ai besoin d'avoir un seigneur phoenix qui a toute sa tête.

Je n'ai rien trouvé à dire hormis lui hurler dessus.

  • Si tu crois que je suis tombé sur toi par hasard, détrompe-toi.

Elle me montrait une tablette de données avec ma position et fit défiler tout un historique à grande vitesse.

  • Le religieux qui t'a élevé sur la capitale, moi et tout un réseau avions une seule et unique mission : faire en sorte que ni les religieux ni les androïdes ne rompent le pacte signé. Nous avons échoué. Les religieux ont été plus insidieux que nous ne le pensions. Alors, nous avons lancé notre plan de secours : réveiller le dernier fils Morgeinse en stase dans une cuve, dans l'espoir quelque peu futile que tu puisses nous sauver.

Elle rangea la tablette dans une poche.

  • Malheureusement, la folie phoenix est puissante en toi, et aucun remède n'a été trouvé. Les seuls qui ont survécu semblent, comme par miracle, avoir perdu cette pulsion. Alors, je t'envoie là où tu pourras vider toute ta rage, et j'espère finir par éteindre cette colère en toi. Évite juste de mourir, la galaxie a besoin de toi bien plus que tu ne le penses.

Elle appuya sur un bouton et abaissa un levier. Une personne apparut par une porte sur le côté. Ils se serrèrent la main et elle sortit de la pièce. En s'approchant, le personnage était bien habillé, belle allure et plutôt beau mec à vrai dire.

— Ma poule aux œufs d'or, il semblerait bien. On aura le cœur net dans deux jours dans les arènes d'Artna.

Le nom me fit rire : les arènes d'Artna, le loisir illégal le plus diffusé de la galaxie, un complexe de stations spatiales de gladiateurs. Après l'encre, c'était la deuxième chose illégale la plus consommée dans la galaxie. Entre diffusion et paris sportifs, c'était un empire. Entre les gladiateurs stars, les téléréalités, les combats, les drames, les fausses dualités... Un star-system illégal, mais une fois qu'on commence à regarder, on ne sait pas pourquoi, on ne peut plus s'en passer.

Et l'idée d'aller buter des gens me ravissait au plus haut point, sauf que deux jours, c'était long à attendre !

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