Tuer
Le temps est une notion étrange quand on voit tout à travers le spectre de la colère. Dans cette cage, la chose qui me faisait le plus envie, c'était d'arriver dans ces foutues arènes pour massacrer en toute impunité d'autres personnes. À cet instant, les révélations de la boss me semblaient bien désuètes face à ma folie.
Un drone finit par prendre la cage où je me trouvais, me mettant dans une sorte de conteneur. Au vu des vibrations, je devais être transféré dans un autre endroit. On devait sûrement venir d'arriver. Le conducteur ou le drone n'était pas le plus délicat du monde. Je finis ma course par être déchargé tel un colis par un drone de manutention dans un état tellement pourri que cela relevait du miracle qu'il fonctionne encore.
Il me déposa dans une autre cage, mais dans sa grande amabilité, le drone activa un levier qui me délivra de mes entraves. Le temps etaitlong dans ma nouvelle prison faite de tôle et de barreaux rouillés, avec pour seule lumière un filament orange incandescent. Je tournais en rond telle une bête en cage. J'entendais une sorte de vacarme au loin.
Une canette rouge apparut par une trappe cachée dans le plafond suivit d'une image projeté avec le visage de la personne que j'avais vue avec la Boss.
- Je ne suis pas du genre à balancer de l'argent en entraînement inutile. Je te teste, directement dans l'arène. Soit c'est une perte sèche d'argent, soit du gain direct. Je t'ai mis sur un combat de super-héros.
- Un quoi ?
- Dix paumés comme toi sans arme. Un gladiateur, dit le super-héros, avec un flingue et une épé. Et pour pimenter le tout, une esclave que le super-héros doit sauver des méchants paumés.
- Bien, ça me fait onze gars à buter alors.
- J'aime ton approche. L'esclave est à toi si tu survis.
- Buter des gens me suffira.
- Ta boss n'avait pas tort, il semblerait que tu sois fou. Dernier point, l'arène sera une sorte de labyrinthe reconstituant un quartier de la capitale, élévations, ruelles et tout le bordel.
- Ça commence quand ?
- Dans une heure.
L'écran disparut aussitôt. Je pris la canette que j'avalai sans même réfléchir au goût de ce liquide hypercalorique qu'une entreprise fabriquait à base de composants que je préférais largement ignorer.
Le bruit de fond devenait de plus en plus fort et omniprésent. Ils devaient sûrement commencer le spectacle là-haut, présenter les participants et lancer les paris. Ma cote ne devait pas être bien élevée. Si j'avais de l'argent, je parierais tout sur moi.
Plus le brouhaha emplissait ma cage, plus mon envie de tout casser aveuglait mon esprit. Enfin, un bruit sec, et je sentis ma cage monter comme un ascenseur. Le plafond s'ouvrit sur la lumière extérieure avant d'arriver dans l'arène. Tout était théâtral ici et fait pour le spectacle. Et il fallait bien le reconnaître, l'arène donnait vraiment l'impression d'être dans des ruelles miteuses de la capitale. Béton grisâtre, taches de liquide douteux qui coulait ici et là. Comme dans ma jeunesse. Je n'avais plus qu'à me mettre en chasse.
Tout était sombre dans mon esprit. Je ne faisais que suivre mon instinct. À une dizaine de mètres J'entendais le claquement de bottes sur le sol. La personne courait, elle se rapprochait de moi. Il allait sûrement débouler par l'intersection devant moi. Je me mis contre le mur, attendant.
Au moment où il passa la ruelle, il n'eut pas le temps de réagir que je broyais ses os de mes mains dans un craquement aussi satisfaisant qu'attisant ma rage.
Je courais dans les ruelles, cherchant mes proies. J'en tuai deux autres sans la moindre difficulté. Ce n'étaient pas des personnes entraînées, juste des mecs condamnés à mort ici. Il fallait que je trouve ce super-héros pour avoir un peu de challenge.
Dans une ruelle, un cadavre gisait, son sang ruisselait. Il avait été tué par arme à feu. J'étais sur la bonne piste. C'était le seul à avoir une arme si j'avais compris. Un cri plus aigu se fit entendre, sûrement l'esclave. Si le super-héros n'était pas loin, il avait aussi entendu. On se retrouverait là-bas.
Et quelques ruelles plus loin, trois paumés entouraient l'esclave, en guise de ce jeu macabre. En levant la tête, il était là dans un costume ridicule, le gladiateur. Un pistolet à la main et une épée dans l'autre. Ils lui avaient même mis une cape rouge.
Il tira pour abattre un des paumés, puis descendit de son perchoir, faisant le spectacle pour éliminer les deux autres avec son épée en surjouant ses gestes. Je compris que ce n'était pas vraiment un combat mais plus un spectacle d'avant-combat mis en scène à la gloire de ce gladiateur que je ne connaissais pas.
Je sortis de ma cachette, applaudissant.
- Je vien relever le niveau.
Il se retourna et me dévisagea, levant son pistolet vers moi. Vraiment, la tenue rouge et verte, c'était ridicule.
- Tu ne vas pas décevoir les spectateurs en me tirant simplement dessus quand même.
Il rangea son arme et prit son épée à deux mains. À ce moment, je lui fonçai dessus et, à son visage, il fut quelque peu surpris de ma vitesse de déplacement. Mais il fallait reconnaître que c'était un combattant entraîné. Il ne se laissa pas déstabiliser pour autant, faisant un grand mouvement d'épée que j'évitai de justesse, mais il réussit à reculer avant que je l'attrape.
Il tenta de m'empaler sur son épée, mais d'un pas, je glissai sur le côté et je lui assénai un puissant coup de poing en plein torse. J'aurais parié entendre ses côtes se casser sous mon coup. Il cracha du sang à grosses gouttes. Mais il se ressaisit, pivota, et d'un grand balayage avec son épée, il réussit à m'entailler légèrement l'épaule. Il avait de bons réflexes, mais avec des côtes brisées, on ne fait pas grand-chose.
Je me glissai sous sa garde, saisis son bras et le lui retournai dans un angle pas prévu à cet effet sous ses cris. Il lâcha son arme. Il tenta d'attraper son revolver de son autre main par désespoir de cause, mais je saisis l'arme sans difficulté et mis le canon dans sa bouche. Son regard était empli de désespoir, jubilatoire à voir. On ne lui avait sûrement pas dit qu'il allait crever dans ce combat d'exhibition.
J'appuyai sur la détente, explosant sa mâchoire et son crâne dans une gerbe de sang des plus satisfaisantes.
Je me retournai vers la femme.
- Tu peux recrier pour attirer les derniers paumés ?
- Va te faire foutre.
Je l'aimais bien. Tuer les derniers paumés fut d'une banalité sans réel challenge. Ils arrivèrent assez vite, sûrement attirés par le bruit du flingue.
De jolies flèches apparurent au sol pour nous indiquer la sortie. Ils pensaient à tout ici. La femme me suivait avec un aplomb presque déconcertant et on finit dans une cage comme à mon arrivée. À peine la porte fermée, un écran apparut avec la tête de mon employeur, si je peu dire.
- Ah, tu es fait pour ça, mon ami ! Ce genre de retournement de situation dans un combat d'exhibition, tout le monde adore. Et tu n'as même pas violé l'esclave, tu vas faire les gros titres, le paumé au grand cœur. Tu vas me rendre encore plus riche, je le sens, mon ami.
Il eut un rire surjoué et l'écran disparut.
On finit notre course dans une cage qui était de nouveau transportée quelque part sans qu'on puisse rien voir de l'extérieur avant d'être déposés dans ce que je supposais être le lieu de résidence de mon employeur.
C'était tout à l'image de de la sation, du spectacle à grand public. Le sol était du sable, les murs de la brique, et dans la grande place où nous avions été déposés se trouvaient des dizaines de personnes s'entraînant sous le regard d'un entraîneur. Tous avaient des épées en bois et autres armes factices. Et il n'était pas compliqué de voir les caméras absolument partout.
À peine le pied posé au sol, l'entraîneur se dirigea vers nous deux. Il avait une voix grave et surjouée. D'ailleurs, c'était le seul à avoir une arme bien réelle dans sa main gauche.
- L'esclave, là-bas, les autres vont te préparer.
Il pointa du doigt une porte, et elle s'y dirigea sans rien dire.
- Quant à toi, la chance, ça arrive à tout le monde. Tu n'auras pas de traitement de faveur. Je vais te faire cracher du sang ici.
- C'est pour les rediffusions sur le réseau que tu joues les gros durs, c'est ça ? Ça manque de crédibilité, je trouve.
Pour seule réponse, il m'enfonça son poing dans le ventre, et il avait un sacré coup droit, ça, c'est sûr. Mais j'étais trop fier pour émettre la moindre gémissement.
- Des comme toi, j'en brise tous les jours, alors fais le malin autant que tu veux, mais ici, tu es qu'un paumé comme les autres.
- Si ça peut te rassurer de croire à tes conneries, dis avec une grosse voix, fais-toi plaisir.
Il tenta de me mettre une uppercut plein visage, mais j'interceptai son coup avec ma main et je me mis à serrer son son poing avec toute ma poigne.
- J'ai été entraîné par un mec qui fait deux fois ta taille et frappe cent fois plus fort. Gueule autant que tu veux, mais t'es rien pour moi. Moi, je veux juste buter des gens, alors soit je te rajoute sur la liste, soit tu me laisses tranquille.
- On se calme, messieurs.
C'était la voix de mon employeur, mielleuse. Il était toujours aussi bien habillé. Je relâchai la pression de ma main sur le poing de l'entraîneur.
- Alrec, je vous présente Phyros. Ce n'est pas vraiment un paumé habituel.
Il se retourna vers moi.
- Je veux bien croire que tu sois une machine à tuer, mais ici, dans l'arène, il faut savoir se battre avec une épée, des lances et autres armes à la con que les spectateurs adorent. Et pour ça, tu vas devoir t'entraîner. Les armes à feu sont rares, on préfère les combats sanglants dans les arènes. Et pour ça, Alrec est sûrement le meilleur entraîneur dans le coin. Donc, on se serre la main et demain, tout le monde s'entraîne dans la bonne humeur. Et pas la peine de broyer la main de l'autre pour savoir qui a la plus grosse, parce qu'ici, c'est moi et les gardes qui ont des fusils.
Je tendis ma main vers Alrec, et on se serra la main sans la moindre conviction aucune.
- Bien, Phyros, suis-moi, me dit mon employeur.
On se dirigea vers une porte dans un coin.
- Il y a des règles ici sur les stations d'arènes, et tu sais, c'est laquelle la plus importante ?
- L'argent.
- Exactement. Et avec ce premier combat, je t'ai déjà remboursé. Alors si tu me causes des problèmes, je te bute sans aucun remords.
Il me montra une tablette de données avec une courbe verte et un plus soixante-dix mille.
- Le nombre de personnes qui ont payé pour s'abonner aux rediffusions des caméras de mon établissement. Les gens adorent les gladiateurs sortis de nulle part, mais sais-tu ce qu'ils aiment encore plus ?
- Leur chute.
- Un vrai businessman. Alors comprends bien que même si tu peux me ramener de l'argent, ta mort m'en rapportera aussi. Maintenant que les présentations sont faites, voici ta chambre.
On était arrivés dans une sorte de cave mal éclairée avec des cages à barreaux un peu partout. Dans un coin, il y avait un point d'eau.
- Le confort, ça se mérite dans l'arène. Ton esclave te sera livrée quand on l'aura nettoyée et préparée.
- Mon esclave ?
- Oui, elle est à toi. Enfin, à moi, mais vu que tu l'as gagnée, je te la laisse c'est pas les putes qui me manque.
Il repartit sans rien ajouter. Je me dirigeai vers le point d'eau et me lavai. L'eau était glaciale. Mon esprit, étonnamment, ne pensait qu'à une seule chose : le prochain combat. Je voulais tuer encore.
Annotations
Versions