Un costume ?

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Le drone ne m'a pas conduit à la maison de mon employeur, mais dans un magasin. Enfin, il me déposa à l'arrière-boutique d'un magasin où m'attendaient mon employeur et un autre homme, richement habillé de dorures et d'un chapeau bleu. Étonnamment, cela lui allait bien. La pièce était une sorte d'entrepôt où tout était entassé, mais tout était bien éclairé et impeccablement propre. Les étagères débordaient de tissus luxueux, de costumes extravagants et d'accessoires en tout genre. L'air était chargé d'une odeur de tissu neuf.

  • Voici donc le héros du festival du sang, dit l'homme au chapeau bleu d'une voix étonnamment très aiguë.

Je fis un pas en avant, observant attentivement les deux hommes. Mon employeur, avait un regard perçant et calculateur. Il semblait toujours en train de planifier quelque chose, même dans les moments les plus banals.

  • On va se mettre au travail alors, déclara il en se frottant les mains. Il faut que cela marque les esprits. Nous devons faire quelque chose d'inoubliable, quelque chose qui restera gravé dans la mémoire de tous les spectateurs.

L'homme au chapeau bleu hocha la tête, ses yeux brillant d'excitation.

  • Oui, il faut de l'extravagant, du spectacle. Les gens doivent en parler pendant des années.
  • Oui, tout à fait, cela doit marquer les esprits, répéta mon employer.

Une scène de banalité et d'auto-encensement ridicule à voir.

Je m'éclaircis la voix, attirant leur attention.

  • Vous êtes ?

Il se redressa légèrement, ajustant son chapeau avec une élégance naturelle.

  • Je suis le costumier des plus grands gladiateurs d'Artna. Mon travail consiste à créer des tenues qui non seulement impressionnent, mais qui racontent aussi une histoire.
  • Sans vouloir être désagréable, j'aime bien le noir et le sobre. Ici, tout le monde semble porter des tenues de comédie. Pour rester poli, c'est horriblement moche et kitsch. De façon moins polie, je trouve ça à gerber et ridicule. Ne serait-il pas préférable de marquer les esprits en allant à contre-courant ?

Mon employeur me jeta un regard noir de rage.

  • Une idée tout à fait exceptionnelle ! s'exclama l'homme au chapeau bleu, ignorant la réaction de mon employeur. De grands lambeaux de tissu noir avec une capuche tout aussi noire. Et au vu de ta victoire avec l'équipe noir à l'ouverture du festival, cela marquera le coup. La mort noire !
  • Ça fait beaucoup de fois le mot "noir" quand même ! Mais le nom me plaît pas mal.

À ce moment, je crois que mon employeur était prêt à exploser. Il semblait ne pas supporter qu'on prenne des décisions à sa place. Alors autant jouer dessus.

  • Voyez-vous, chers couturiers, je possédais une sorte chien qui émettait une brume noire et blanche. Je suis sûr que vous avez des artifices du genre pour le côté spectaculaire.
  • Mais tout à fait, vous êtes brillant pour un gladiateur. Des vapeurs de Valaranque. Je crois qu'il m'en reste. C'est coûteux, mais l'effet est assuré.

Il pianotait sur un clavier virtuel intégré à son avant-bras. En quelques instants, plusieurs personnes débarquèrent, équipées de divers appareils sophistiqués. Ils se mirent à me scanner sous tous les angles, prenant des mesures précises de chaque partie de mon corps. Les lumières des scanners clignotaient tandis qu'ils enregistraient chaque détail avec une précision millimétrique. L'atmosphère était empreinte de sérieux et de professionnalisme, chaque geste étant exécuté avec une efficacité méthodique.

— Coûteux comment ? demanda mon employeur, essayant de reprendre le contrôle de la situation.

— Bien en dessous des retombées, je peux vous l'assurer, cher Maximiliane.

J'avais enfin son prénom.

  • Veuillez m'excuser, je vais chercher les prototypes en cours d'impression.

Il sortit de la pièce, et je fis un grand sourire à Maximiliane.

  • Ne m'humilie plus jamais de la sorte, lança-t-il d'un ton sec.
  • Mon idée ne te ravit pas ? répliquai-je, feignant l'innocence.
  • Ce n'est pas la question. Tu es à moi et je prends les décisions. Ne t'avise pas de recommencer. Les putes et la drogue, c'est moi qui les fournis, ne l'oublie pas.

Son levier de négociation était bien faible.

Plusieurs personnes revinrent avec de longues tenues noires, se déplaçant avec une rapidité et une précision qui trahissaient leur expérience. Ici, tout devait aller vite. Je passai plusieurs tenues, chacune étant scrutée avec une attention méticuleuse par Maximiliane. Finalement, la tenue qu'il valida était une grande toge ample, conçue avec un souci du détail impressionnant.

La toge était faite d'un tissu épais et sombre, presque velouté au toucher, qui tombait en cascade jusqu'au sol. Elle était ornée d'effets de lambeaux savamment disposés, donnant l'impression que la tenue était usée par le temps et les batailles. Ces lambeaux, bien que déchirés, étaient soigneusement cousus pour créer un effet dramatique et spectaculaire. Le tissu semblait presque vivant, ondulant à chaque mouvement comme les vagues d'une mer nocturne.

Le petit bonus, une pièce de tissu drapée autour de la taille, ajoutait une touche de majesté à l'ensemble. Il était maintenu en place par une ceinture large et ornée, faite d'un matériau qui ressemblait à du cuir vieilli, avec des boucles en métal sombre qui brillaient sous la lumière. Les grandes chaussures noires, quant à elles, étaient robustes et imposantes, montant jusqu'aux mollets et fermées par des lacets en cuir épais complétant parfaitement l'allure guerrière de la tenue.

Maximiliane hocha la tête, satisfait.

— C'est parfait dit-il, un sourire de satisfaction se dessinant sur ses lèvres.

Je me regardai dans le miroir, impressionné par la transformation et surtout par la vitesse à laquelle il l'avait réalisée. J'appris bien plus tard qu'il ne faisait que assembler des motifs déjà existants, puis des imprimantes qui coûtaient une blinde se chargeaient du reste. Cela faisait bien longtemps que personne n'avait touché à une aiguille dans ce magasin. La tenue était non seulement spectaculaire, mais elle semblait aussi porter en elle l'histoire de mille batailles, chaque lambeau racontant une histoire de courage et de détermination.

Un membre du personnel du couturier revint avec une sorte de brumisateur, un appareil sophistiqué qui semblait tout droit sorti d'un laboratoire futuriste. Il s'approcha de moi avec une précision méthodique et, d'un geste expert, aspergea ma tenue d'une fine brume. Presque instantanément, je me mis à émettre une fumée noire, dense et envoûtante, qui s'élevait en volutes autour de moi comme une brume mystérieuse.

La fumée semblait danser et onduler, créant un effet spectaculaire qui ajoutait une dimension surnaturelle à ma tenue. Chaque mouvement que je faisais était amplifié par cette brume noire, donnant l'impression que j'étais enveloppé dans une aura de mystère et de puissance. Les lambeaux de ma toge semblaient prendre vie, flottant dans cette brume.

— La mort noire, dit à haute voix mon employeur, visiblement impressionné. Cela dure combien de temps ?

— Dans les cinq heures.

— Je te prends dix tenues et des vaporisateurs.

Un grand sourire illumina le visage du couturier.

— Tout vous sera livré demain matin, assura-t-il avec une révérence.

— Parfait, Phyros, dans ta cage. Personne ne doit te voir ici.

J'avais une envie irrésistible d'entendre sa nuque se briser sous mes doigts, mais je me contentai de serrer les poings et de ravaler ma colère. Le voyage semblait interminable dans cette boîte secouant dans tous les sens.

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