Marco et Julia

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Arrivé à la demeure de Maximiliane, il était déjà là dans une autre tenue. Le drone devait pas être le moyen de transport le plus rapide. Tous les paumés étaient là, bien alignés. Calysse ainsi que trois autres esclaves attendaient avec des paniers de fruits et de nourriture dans les mains.

Une mise en scène ridicule pour mon retour et faire de l'audimat.

  • Mon champion, te voilà ! J'avais grand crainte pour tes blessures.

C'était un acteur atroce.

  • Viens donc voir comment je traite mes meilleurs gladiateurs avec respect et bienveillance.

Il me fit marcher lentement entre ses autres paumés, récitant un discours chiant à mourir avec sa voix mielleuse et surjouée, vantant le mérite du travail et de sa grande famille. Il parlait de la noblesse du combat, de l'honneur de servir sa maison, de la grandeur de ses ancêtres. C'était atroce, mais je savais que tout cela était pour les caméras, alors je faisais bonne figure, l'écoutant religieusement.

Nous entrâmes enfin dans sa demeure, un lieu au style douteux. Les colonnades en marbre vert sapin s'élevaient majestueusement, mais leur couleur étrange donnait une atmosphère presque irréelle. Des puits de lumière inondaient les pièces d'une clarté éblouissante, mais c'était presque trop, comme si la maison elle-même cherchait à aveugler ses visiteurs. Les murs étaient ornés de peintures hyperréalistes de femmes nues, trop nombreuses et trop détaillées, créant une ambiance oppressante et vulgaire.

Après ce qui sembla être une éternité, on arrivait enfin face à une pièce. Maximiliane s'arrêta devant la porte, un sourire satisfait aux lèvres, comme s'il s'apprêtait à révéler un trésor caché. Il poussa la porte avec une lenteur exaspérante, savourant chaque instant de cette mise en scène ridicule.

  • Voici ta nouvelle chambre.

Les trois servantes posèrent leurs paniers garnis sur un bureau avant de s'asseoir sur le lit, leurs mouvements fluides et presque chorégraphiés, comme si elles avaient répété cette scène des centaines de fois. Le lit était immense, recouvert de draps en soie noire. La pièce était équipée de tout le luxe imaginable : un bain à remous, un accès illimité au réseau, un projecteur holographique, et bien sûr, de la nourriture autre que le liquide grisatre.

J'entrai dans la chambre, et il fallait bien le reconnaître, elle était fort spacieuse. Les murs étaient ornés de tentures en velours rouge, et des luminaires modernes diffusaient une lumière douce et tamisée. Le sol était recouvert d'un épais tapis qui étouffait le bruit des pas, ajoutant une touche de sérénité à l'ensemble. Mais ce qui attira mon attention, ce fut le changement soudain dans l'expression de Maximiliane. D'un coup, son visage se durcit, et son sourire mielleux disparut. Ce n'était plus le moment de faire le téléréalité.

  • Baise-les, ça fait de l'audimat et si ça ressemble à un viol, c'est encore mieux. Demain soir, t'as intérêt à être en forme, ce sera ton combat de confirmation. Les putes t'expliqueront.

Et il ferma la porte, suivi d'un cliquetis de verrouillage. Toujours aussi charmant, mon employeur. À cet instant, je l'aurais bien tué, une fois de plus.

Calysse se leva aussitôt, ignorant avec brio les deux autres servantes, et elle me regarda avec dégoût.

  • T'as du sucre d'étoile plein le corps, abruti. C'est bon, t'es enfin un gladiateur d'Artna : tuer, baiser, se droguer.

Elle attrapa une télécommande sur un bureau et alluma la sphère holographique. Elle passait de flux en flux, tout ne parlait que d'une chose : moi.

  • Analyse débile de tous tes combats image par image, qui es-tu, d'où viens-tu, tu es partout. Tu te rappelles le premier soir, tu m'as demandé d'où je venais ?
  • Et tu m'as gentiment envoyé bouler.
  • Je suis originaire de ces stations, j'ai grandi ici, j'ai joué à leurs jeux macabres. J'ai perdu, je devais être exécutée, mais l'organisation de la Boss m'a recrutée. Je connais les rouages de ces stations pourries. C'est pour ça que c'est moi qui suis ta baby-sitter pour trouver un remède à ta folie.
  • Et ?
  • On n'avance pas. La seule chose qu'on sache, c'est que la rage Phoénix se comporte comme une drogue dans ton organisme, mais tu sembles n'en avoir rien à foutre, tu veux juste buter des gens.
  • Oui, ça m'évite de te tuer.
  • Jusqu'à ce que ça suffise plus. Tu sais pourquoi c'était un Morgeinse qui a été choisi pour cette mission ?
  • Ils étaient de votre côté?
  • Non, ta famille avait le plus haut taux de guérison de la rage.

Les deux autres servantes semblaient totalement perdues. Sur le projecteur holographique, deux personnes détaillaient image par image ma façon de manier la masse. C'était ridicule.

  • Bah pour le moment, votre plan est foireux et j'y suis dedans par la force des choses.
  • Et moi, à ton avis, j'y suis par plaisir, putain. J'ai proposé qu'on te balance sur une planète vide dans l'espace, il semblerait que ce soit la méthode la plus efficace pour cette connerie de folie.
  • Pourquoi ça n'a pas été retenu ?
  • Trop lent, certains livres disent que ça prend des dizaines d'années. On a choisi la méthode de la Boss : l'overdose, plus rapide et plus stupide. Comme tous ses plans irréfléchis. La Boss est impulsive et fait tout à l'arrache.
  • Je ne suis pas sûr qu'on parle de la même personne.
  • Crois-le ou non, elle est bien plus proche de toi que tu ne le penses et depuis le retour des affamés, elle fonce tête baissée et me voilà ici avec un des gardes phoenix qui après seulement deux mois ici se shoote au sucre d'étoile et aux putes.
  • Au moins, je ne tue personne en dehors d'ici.

Elle leva les yeux, retourna une corbeille de fruits qui était là pour la déco il semblerait. Au fond se trouvaient des tiges d'encres. Elle en alluma une.

  • T'es aussi bête que tes pieds. Ici, c'est l'enfer et tu rentres dans leur jeu. La partie gladiateur, c'est rien, ici ce qui compte, c'est le jeu de pouvoir. Douze mois pour un cycle, douze festivals, organisés par les douze familles les plus puissantes. Les combats, ils n'en ont rien à foutre, ils veulent de l'argent et du pouvoir. Et regarde bien le projecteur, tout est payant ici. Chaque fois qu'on diffuse une image de toi ou qu'on parle de toi, Maximiliane touche de l'argent.

Elle s'assit sur le lit entre les servantes qui ne savaient pas où se mettre.

  • Et toi, tu viens de remettre une pièce dans l'engrenage, un nouveau gladiateur, une nouvelle légende, et l'argent coule à flots. Avec toi, des esclaves vont être mis en jeu dans les arènes, des têtes vont tomber. Ici, tout n'est que fange et immondise.

Elle appuya sur la télécommande et apparurent deux personnes qui devaient être des journalistes. Un homme et une femme parlaient dans le vide avec des images de moi en boucle.

  • Écoute et admire ce qui se fait de mieux ici.

Elle monta le son de la sphère.

  • Cette année, le festival va être grandiose avec l'arrivée du héros des putes.
  • C'est sûr c'est la suprise de l'année. Vous savez, son propriétaire chercherait à changer son nom.
  • Ça ne m'étonne pas, en tout cas sa façon de manier la masse me rend toute chose Marco.
  • Oh moi aussi Julia.

Suivi d'un montage charcuté de toutes les personnes que j'ai tuées.

  • Et tu sais quoi, Marco ?
  • Non, dis-moi tout, Julia.
  • Il semblerait qu'il le rende bien aux putes, si tu vois ce que je veux dire.
  • Oh oui, tu parles de la vidéo à l'hôpital qui a fuité.

Suivi d'images floutées de qualité pourrie de la chambre avec les deux prostituées.

  • En tout cas, chers héros de pute, appelez-moi quand vous voulez.
  • Julia, un peu de retenue, même si je comprends votre excitation. La vidéo non censurée, vous savez où la trouver.

Des liens apparaissent à l'écran, avec une image non floutée.

  • Tu vois, t'es un produit, Maximiliane va te rentabiliser au plus vite et tu vas crever comme tout le monde ici. Va falloir la jouer plus intelligemment, Phyros. Ne pas tomber dans la spirale de ces stations.

J'allumai une tige d'encres et en lançai deux aux autres servantes qui l'allumèrent aussi.

  • À force de comploter, Maximiliane va te buter Calysse.
  • Il a trop peur de la Boss pour me toucher, mais il va essayer en me mettant dans des cages lors des combats. Donc, ma survie dépend en grande partie de toi, et ça me fout en rogne.

Je tirais une taffe. Marco et Julia parlaient d'un sondage sur mes chances de survie, le tout croisé avec un sondage si j'étais sexuellement attirant avec des corrélations absurdes.

  • Dans ce cas, on va essayer ta méthode.

Ses yeux parurent surpris.

  • J'ai pas le cerveau apte à réfléchir, je suis focalisé sur la rage, la contenir. Quelle est ton plan ?
  • Force est de constater, même si je suis rarement en accord avec la Boss, son plan peut marcher.
  • Oui, la boss est agaçante pour ça, elle a étonnamment raison à chaque fois.
  • On va te cramer le cerveau, essayer l'overdose de folie en espérant que ce soit un déclencheur pour te soigner.
  • Et je dois faire quoi ?
  • Rester en vie, et ça m'arrache la gueule de le dire, mais tu vas devoir jouer le jeu de Maximiliane.
  • Y'a deux secondes, tu me gueulais dessus à cause de ça.
  • J'étais en colère. Tu pues le sexe et le sucre. Ça fait remonter des souvenirs que je préférerais oublier. Et j'ai failli crever sans rien pouvoir faire sur ce putain de bateau. En colère, on ne réfléchit pas bien.
  • Je te le fais pas dire.
  • Que quand t'es en colère ?
  • Vraiment, tu devrais être pote avec Shargs.

Personne dans la pièce ne put comprendre de qui je parlais. Elle tira une taffe avant de reprendre.

  • Le problème de Maximiliane, c'est qu'il est con et ne comprend rien à la politique et il risque de te faire tuer et moi aussi du coup.
  • Comment ça ?
  • C'est un fournisseur de gladiateurs de seconde voir troisième zone. Là tu le fais passer parmi les grands. Il passe d'entraîneur de paumés à politicien. Mais il n'a ni les compétences ni l'intelligence pour comprendre les rouages politiques.
  • C'est grave, ça ?
  • Plutôt, oui. Demain, c'est le match de confirmation. En gros, tu vas devoir faire un combat pour valider ton statut de gladiateur, avec ta tenue, tes armes fétiches et ton nom officiel. De la pure mise en scène pour créer ta légende.
  • Ça, je gère.
  • Oui, mais là où ça se complique, c'est que les noirs ne sont pas censés gagner à la cérémonie d'ouverture, c'est un peu comme si tu avais insulté l'ego de la famille politique la plus puissante d'Artna.
  • On ne me dit jamais rien, du coup vont-ils truquer le combat ?
  • Sûrement, ils vont te mettre face à une machine par un homme. Augmentation cyber, sang bleu, drogue de combat et sûrement des pièges pour toi. Ils vont vouloir faire de toi le héros éphémère, une étoile filante.

Je m'assis sur la chaise imposante dans la pièce.

  • Je vais morfler en gros.
  • Oui, il va falloir être prudent. Il va falloir que tu contrôles ta rage, il faudra rester lucide sur les combats qui implique de la politique et te lâcher sur les autres.
  • C'est pas gagné tout ça. Si je contrôle ma rage, elle revient encore plus forte.

Elle se leva, retourna les deux autres paniers de fruits. L'un contenait des capsules de sucre d'étoile et l'autre des bouteilles d'alcool.

  • Parfait, dit Calysse.
  • Comme ça ?
  • Encre et sucre d'étoile. Tu mélanges avec un peu d'alcool et tu brûles le tout. Plus qu'a respirer les émanations, une nuit de coma assuré sans souvenirs.
  • Comment tu sais ça ?
  • C'est la méthode la plus connue pour violer des personnes sur ces stations dit-elle d'une voix amère.
  • Pourquoi l'État n'a pas fait fermer cet endroit ?
  • 12,4 pour cent.
  • Quoi ?
  • L'État gagne 12,4 pour cent de tout l'argent brassé ici.
  • Sérieux ?
  • Oui, et c'est non négligeable !

Elle se tourna vers les deux servantes.

  • Bon, mesdames, désapez-vous, enfin votre culotte quoi, Phyros aussi. On a une fausse scène de viol à tourner. On va rentrer dans le jeu de l'abruti à qui appartiennent ces lieux. Je veux de la conviction, on se débat et on gémit, on dit non et on a peur de Phyros. De toute façon, pas besoin que ce soit réaliste, il va tout flouter, mettre des filtres dégueulasses pour faire genre c'est une vidéo cachée. Des questions ?

Personne ne répondit, elle aussi fit glisser sa culotte.

  • Allez, au travail.

C'était ridicule, ça ne ressemblait à rien. Tout était surjoué de façon absurde pendant bien une heure. Je faisais semblant de brutaliser les servantes qui essayaient de s'échapper, en criant de la façon la plus fausse du monde. Je n'étais clairement pas meilleur, je voulais surtout éviter de faire mal à qui que ce soit. Nous simulions tous les actes de manière tellement ridicule que personne ne pourrait croire une seconde à cette mascarade.

Après cela, nous nous glissâmes tous dans le bain à remous, une tige d'encre à la main.

Et ça ne chômait pas à la régie technique chez Maximiliane. Sur le projecteur, Marco et Julia parlaient déjà des rumeurs sur ma sombre personnalité, alimentées par des images volées dans ma chambre. Leur ton était à la fois moqueur et intrigué, cherchant à captiver l'audience avec des détails croustillants.

— Marco, tu ne vas jamais croire ce que je viens d'apprendre, lança Julia.

— Je suis tout ouïe, Julia. J'en ai l'eau à la bouche.

— Le héros de pute, il serait pas tant que ça un héros dans sa cabine, révéla Julia.

— Oh, t'as des images ?

— Bien sûr, Marco. On les a floutées pour ne pas vous choquer, assura Julia, feignant une fausse pudeur.

Des images de qualité pourrie au son pourri apparurent à l'écran, mais rien n'était flouté. La séquence, d'une durée de bien cinq minutes, était entrecoupée d'un montage affreux, rendant le tout encore plus grotesque.

— Oups, Julia, il semblerait que notre régisseur a oublié de flouter la scène.

— Moi, ça ne me gêne pas, Marco.

— En même temps, elles cherchent toutes les trois à être nues avec lui, vous n'êtes pas d'accord, Julia ?

— Tout à fait d'accord avec toi, Marco. Comme on dit : gladiateur dans l'arène, gladiateur au lit. En plus elles prenaient clairement du plaisir. Mais moi, je ne me débattrais pas si j'étais avec lui.

— Vous êtes irrécupérable, Julia. On vient de m'informer qu'on aurait peut-être une fuite sur son nouveau nom. La suite après la pub.

Les deux présentateurs les plus répugnants de la galaxie, à mon avis ! Leur manière de traiter l'information, en mélangeant ragots et insinuations, ne faisait qu'attiser la curiosité malsaine du public, tout en dégradant l'image de ceux qu'ils prétendaient divertir.

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