Maximiliane

9 minutes de lecture

Je me trouvais dans un état semi-conscient après le combat. Je ne comprenais pas trop ce qui se passait autour de moi. Mais quand mon esprit reprit conscience, je n'étais pas dans ma chambre ni dans un hôpital. J'étais suspendu par les bras dans une pièce sombre et humide, avec pour seule lumière une lucarne.

J'attendais, entravé, ne sachant pas vraiment où j'étais. Mon employeur avait-il été assassiné après ce pied de nez à la famille qui organisait le festival du sang ? Nous les avions humiliés à la cérémonie d'ouverture et je venais de tuer un de leurs gladiateurs stars en l'espace de quelques jours. Toutes les retombées financières allaient dans la poche de Maximiliane. Les chances qu'il se soit fait assassiner étaient élevées vu sa médiocrité en politique. Étonnamment, cette pensée me faisait sourire.

Une porte dans un coin s'ouvrit, et mon employeur apparut dans la lumière, encore avec sa tenue d'apparat. Son visage était terrifiant avec son sourire carnassier.

— Quelle journée, la Mort Noire ! Je me voyais déjà ruiné, tombant dans un piège politique, mais tu es plein de surprises. Tout le monde s'arrache ton nom, tes vidéos. Je suis riche et influent. On va faire de grandes choses. Avec toi, je vais écraser une des grandes familles politiques des stations Artna et prendre leur place. Je vais créer un empire à ma gloire, un empire où mon nom résonnera dans chaque couloir, où chaque âme tremblera à ma simple évocation.

— Ça me fait plaisir de rendre service.

— Oh, tu es loin d'avoir fini. Ta légende ne fait que commencer. Tu seras le nouvel Arangon, mais en bien plus redoutable. Ton nom résonnera dans les annales de l'histoire, et ton ombre planera sur chaque arène, chaque station.

— Je dois t'avouer que je ne connais pas trop les légendes de cette station.

— Arangon était un pauvre devenu légende. Il a fait grandir la maison pour laquelle il combattait au point de devenir la famille politique la plus influente. Mais toi, tu seras bien plus que cela. Tu seras une icône, un symbole de pouvoir et de terreur.

— Et il est mort dans l'arène ?

— Oui, dans un combat épique. Il a servi près de quinze années en tant que gladiateur. Mais toi, tu ne te contenteras pas de survivre. Tu domineras, tu conquerras, et tu régneras sans pitié.

— Quinze ans, putain, c'est long.

— T'en fais pas, je compte aller bien plus vite ! Avec toi, nous allons écrire une nouvelle page de l'histoire, une page baignée de sang et de gloire. Tu seras mon gladiateur invincible. Ensemble, nous allons écraser tous ceux qui oseront se dresser sur notre chemin.

Il frappa dans ses mains et plusieurs servantes apparurent, silencieuses.

— Déshabillez-le.

Avec des ciseaux acérés, elles coupèrent méticuleusement ma tenue, chaque coup de lame résonnant dans le silence de la pièce. Elles enlevèrent chaque morceau de ma combinaison avec une précision méthodique. Le tissu tombait au sol en lambeaux, et je sentais l'air froid et humide de la pièce sur ma peau nue. Leurs visages étaient impassibles, dénués de toute émotion, comme si j'étais un simple objet à manipuler.

Le regard de Maximilian devint dur et froid en me fixant droit dans les yeux.

— La seule chose qui me fait chier dans cette affaire, c'est cette putain de Calysse. Je ne sais pas de quoi vous parlez avec ta folie et autres androïdes de merde, mais je m'en fous. Tu es mon gladiateur, ma chose. On ne va pas te soigner, non, on va te rendre encore plus dangereux.

— N'oublie pas la Boss du Phœnix, Maximiliane. À côté, je suis un enfant de chœur.

— Rien à foutre de cette salope, je fais ce que je veux.

— Non, tu n'en as pas rien à foutre. À bord du Phœnix, il y a Silence. Elle pourrait être dans cette pièce sans qu'on le sache, dans ta chambre, dans n'importe quel couloir, prête à t'égorger sans que personne ne la voie. À chaque voyage dans l'espace, tu sentiras l'ombre du Phœnix planer sur toi. Alors, réfléchis bien avant de dire que tu t'en fous.

On aurait pu lire comme dans un livre ouvert sur son visage, il était effrayé.

— Oui, t'as raison, c'est pour ça que t'es ici. On va jouer à ma façon. Droguez-le.

Les servantes s'approchèrent avec dans leurs mains des capsules de sucre d'étoile.

— Je t'explique à présent : soit tu te drogues et tu deviens un bon chien, soit Calysse mourra dans une cage au milieu de l'arène et j'y serai pour rien. C'est le jeu des arènes, les esclaves meurent bêtement. Même ta Boss ne pourra rien y faire. Alors, ouvre grand la bouche.

Je m'exécutai et une servante s'approcha, ses mouvements précis et mécaniques. Elle tenait une capsule entre ses doigts, son regard vide de toute émotion. D'un geste sec, elle plaça la capsule dans ma bouche. Presque instantanément, la capsule explosa, libérant un flot de psychotropes acidulés qui se répandirent sur ma langue et dans ma gorge. La sensation était à la fois brûlante et glaciale, comme si un feu ardent et un froid mordant se livraient bataille dans mon corps. Mes sens furent immédiatement altérés, chaque couleur devenant plus vive, chaque son plus perçant. Je sentais mon cœur battre à tout rompre, pompant le sang avec une force décuplée.

— Une deuxième, ton organisme semble inhabituel, dit Maximilian, un sourire cruel aux lèvres.

Une autre servante s'avança, une nouvelle capsule à la main. Elle la glissa dans ma bouche avec la même précision froide. Cette fois, l'explosion fut encore plus intense, les psychotropes se diffusant dans chaque fibre de mon être. Mes muscles se contractèrent, prêts à bondir, et une énergie sauvage courut dans mes veines.

Maximilian s'approcha, son visage à quelques centimètres du mien.

— Bon toutou, à présent quand je te dis de violer des putes, tu violes des putes. Si une riche politicienne veut goûter à la bestialité de la Mort Noire, tu la baises. Si je te dis de tuer, tu tues. Et si je veux te voir en tutu rose, alors tu seras en tutu rose. Tu es à moi et je fais ce que je veux de toi. Je t'ai bien observé depuis que tu es là. Tu es un putain de malade mental, alternant entre des phases conscientes et d'autres totalement folles de rage. Je vais te droguer et faire en sorte que toute trace de lucidité ait quitté ton esprit.

— Fais bien attention à ne jamais te retrouver en ma présence si je ne suis pas attaché, Maximiliane.

— C'est prévu, t'en fais pas. Je vais façonner la légende de la Mort Noire, un tueur brutal et pas que dans l'arène. Une ombre assoiffée et jamais rassasiée. Les gladiateurs star et lisse, le public en a marre. Il veut voir le retour des monstres sanguinaires dans l'arène et je vais leur offrir la pire bête qu'Arta n'a pas vue depuis des siècles.

Maximilian recula légèrement, un sourire cruel se dessinant sur ses lèvres.

— Tu seras mon arme ultime, une machine de destruction sans pitié. Chaque combat sera une démonstration de ta puissance, chaque victoire un pas de plus vers la domination totale. Le public réclamera ton nom, tremblera à ta simple évocation. Tu seras la terreur incarnée, un cauchemar vivant pour tous ceux qui oseront te défier.

Il fit un geste ample, comme s'il embrassait une vision grandiose.

— Imagine-les, tous ces spectateurs assoiffés de sang, hurlant ton nom, se délectant de chaque goutte de sang versée. Tu seras leur idole, leur dieu de la guerre. Et moi, je serai celui qui t'a créé, celui qui t'a façonné à partir de rien pour devenir riche.

Son regard se durcit encore plus, ses yeux brillants d'une folie mégalomane.

— Mais pour cela, tu dois devenir plus qu'un simple gladiateur. Tu dois devenir une bête, un monstre sans âme, sans conscience. Tu dois être prêt à tout, à n'importe quelle atrocité, pour atteindre nos objectifs. Et je vais m'assurer que tu sois prêt, que tu sois la machine de mort parfaite.

Son flot de paroles incessant n'avait plus aucun sens pour mon cerveau noyé de sucre d'étoile. Je sentais les psychotropes souffler sur les braises de ma colère, attisant en moi une rage noire et sans limite. Maximilian se tenait devant la porte, son regard perçant me fixant avec une intensité glaçante.

— Fini de faire semblant, la Mort Noire, murmura-t-il avant de sortir de la pièce.

Au moment où la porte se ferma avec un claquement sec, mes chaînes se détachèrent brusquement, tombant au sol dans un fracas métallique. La pièce était plongée dans le silence, seulement rompu par les respirations saccadées des quatre servantes terrifiées qui se tenaient là, leurs yeux écarquillés de peur.

Les psychotropes commençaient à envahir mon esprit, chaque molécule se frayant un chemin dans mes pensées, amplifiant ma fureur. Je sentais une chaleur intense monter en moi, comme si un feu ardent consumait mes entrailles. Mes muscles se tendirent, prêts à exploser à la moindre provocation. La rage montait, incontrôlable, une vague déferlante qui menaçait de tout engloutir sur son passage.

-je suis desoler

Tout devint noir, occulté par un voile de drogue et de sensations totalement contradictoires. Je ne contrôlais plus rien. Mon esprit était un chaos de pensées fragmentées, chaque instant se fondant dans le suivant sans logique ni cohérence. Seul le souvenir d'un aveuglement sans raison me restait, une impression fugace de perte de contrôle totale.

Quand la porte s'ouvrit de nouveau, il y avait ma cage et Maximilian à côté. Les servantes étaient mortes, leur corps gisant dans une mare de sang. Le souvenir flou d'une rage ignoble me hantait, des éclats de violence et de chaos résonnant encore dans mon esprit.

— Tu vois, ce n'était pas si terrible, dit Maximilian avec un sourire cruel. Les putes et les esclaves, ça ne coûte rien par rapport à ce que tu me rapportes.

Alrec faisait semblant de ne pas écouter à côté, mais son visage en disait long sur ce qu'il pensait de tout cela.

— Tu es officiellement gladiateur ! À toi les combats dans les plus belles arènes, les combats d'exhibition. Tu n'es pas près de te reposer, je te le dis ! Alrec, viens ici.

Alrec s'approcha, l'air inquiet.

— La Mort Noire s'entraînera seul. J'aimerais éviter les débordements.Et envoie des personnes nettoyer ce carnage.

— Bien, monsieur, répondit Alrec.

— Ah, je sens que de grandes choses vont arriver, la vie est pleine de suprise.

On me fit traverser les cours dans ma cage, me consuidant a ma chambre où il y avait Calysse. Elle me regarda, stupéfaite, ses yeux écarquillés d'horreur.

— Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ? murmura-t-elle, sa voix à peine audible.

Je plongeai dans le bain à remous, essayant de retrouver mes esprits.

— On a peut-être un peu sous-estimé Maximiliane.

Je lui expliquai ce qu'il venait de se passer.

— Et merde, désolée. Comment tu te sens ?

— Après le combat, ça allait, même plutôt bien hormis la fatigue. Mais les deux capsules de sucre d'étoile ont déjà relancé une pièce de cet engrenage de merde.

— Ça confirme une chose : ta maladie est liée à ta psyché. Le sucre d'étoile est une drogue simple, elle fout le bordel dans le système de transmission des informations et amplifie les sensations. Si le sucre d'étoile te fout en rogne, c'est qu'il accroît les signaux présents dans ton cerveau.

— Je te suis pas.

— La folie est encrée quelque part dans ton crâne. Il faudrait trouver comment la faire sortir ou la cramer.

— J'ai deux masses assez efficaces pour fracasser des crânes.

— Ça, c'est le dernier recours.

Je restais un long moment dans le bain, les images de ce que je venais de faire dans la pièce précédente assaillant mon esprit sans relâche.

— Fais-moi le cocktail que tu m'avais dit pour m'endormir. Je suis mort de fatigue, mais j'ai les sens plus brillants qu'une galaxie et tout est trouble.

Calysse saisit une cartouche d'encre, de l'alcool et une capsule de sucre. Elle mélangea les liquides dans un saladier. Je sortis du bain à remous et m'assis sur le lit. Calysse me tendit le saladier avec le percuteur et fit prendre feu à la mixture. J'inhalai les fumées âcres.

Je m'allongeai sur le lit, la voix de Julia et Marco en fond sonore, leurs paroles se mêlant aux volutes de fumée qui emplissaient la pièce.

  • Julia, vous regardez la même chose que moi sur votre écran ?

— Oui, je crois, Marco. La Mort Noire semble bien porter son nom.

— Qui pourrait lui jeter la pierre ? On ne reste pas seul dans la pièce d'un tel monstre sans en subir les conséquences.

— Je suis bien d'accord, Marco. Retrouvez tous les détails et la vidéo sur les liens suivants pour seulement 1000 crédits.

— À présent, voici un reportage exceptionnel : qui est la Mort Noire et quels sont ses sombres secrets ?

Peu à peu, mes paupières devinrent lourdes, et je sombrai dans un sommeil profond et sans rêves.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire L'ingenieur ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0