Julia

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Une capsule de sucre explosait dans ma bouche, mais à la place du goût acidulé, c'était un goût sucré, comme une boisson standard. Je me jetais sur les quatre autres capsules ; elles avaient le même goût, aucune sensation acidulée, aucune sensation d'inhibition de mon cerveau. À genoux, ridicule, penché dans cette cage, la musique était trop forte, les lumières trop aveuglantes et mes muscles me brûlaient de partout. Les personnes autour de la cage riaient, jubilaient, se moquaient face au pitoyable spectacle que je leur offrais.

Je me relevais. Dans la cage se trouvaient toutes sortes de banquettes, balançoires et étreintes de cuir. Cinq prostituées étaient disséminées dedans, derrière leur sourire de façade, je voyais leur désespoir. Au loin, Julia et Marco avec leur sourire de façade face à une caméra, Maximiliane enchaînait des poignées de main et souriait à tout va.

Ici, tout le monde avait un masque hypocrite. Ici et là, des personnes s'en donnaient à cœur joie avec des courtisans et courtisanes sans aucune pudeur. J'étais lucide, là, dans cette cage, ma colère s'écrasant tel des vagues dans ma cage thoracique pour me submerger, mais sans sucre, mon esprit faisait barrage. L'air avait une odeur florale, l'encens, tout le monde en fumait, ici et là, je voyais même des capsules de sucre, des vraies. Mon corps me hurlait de les demander, non, de supplier qu'on m'en donne. Il fallait résister, j'étais déjà assez pitoyable comme ça !

— Combien tu paries de crédits qu'il bute les cinq putes après les avoir baisées ?

— Zéro, il les bute toujours, c'est un taré ce mec.

C'étaient deux connards en costard à côté de la cage, se faisant allègrement sucer par des courtisans. Je suivais du regard mon employeur, il nageait comme un poisson dans l'eau dans cette mare de fange putride, enchaînant les salutations, tape dans les dos, bises, rires forcés. Ce que m'avait dit Calysse il y a longtemps me frappa en plein visage : 12,4 pour cent. Toute cette immondices était tolérée par l'État pour une taxe sur tout l'argent brassé a Artna. Ici, la dignité n'était que secondaire face aux sommes colossales que brassait les arènes.

— Allez, baise-les la mort noir !

Vociférait une femme richement habillée de dentelle dans un coin, un verre à pied dans une main. Suivie d'autres voix tout aussi agressives. C'était une pluie d'informations qui me submergeait et, depuis longtemps, mon cerveau arrivait à les analyser, les comprendre. Ce n'était pas un brouillard incompréhensible

Les prostituées se mettaient autour de moi à genoux et une se mit à me sucer.

— Les esclaves et les putes, toutes les mêmes. Elles savent qu'elles vont se faire buter, mais elles se jettent sur lui, vraiment cette sous-race.

Par réflexe, ma main cherchait ma forge à ma hanche. J'aurais tellement voulu buter ce connard. En fait, j'aurais voulu tous les buter, mais pas de rage ou de colère, juste buter des connards qui n'avaient plus une once d'humanité.

Les cinq courtisanes, l'une après l'autre, me suçaient à tour de rôle, sous les sifflements de l'aristocratie locale.

Puis les projecteurs tournaient vers une loge surélevée. Maximiliane prenait place dedans. Tout le monde pouvait le voir. Il devait être l'hôte de la soirée ou je ne sais quoi. Il attrapa une sorte de micro grotesque.

— Mes chers amis, quel plaisir de vous voir tous réunis ici ce soir ! Vous savez à quel point j'aime organiser des soirées pour vous divertir. N'est-ce pas là mon rôle ? Vous offrir des moments inoubliables, que ce soit dans l'arène ou sous les ospices de la nuit.

Un tonnerre d'applaudissements et de cris se fit entendre.

— Je me suis battu, je suis parti de rien et me voilà ici, à présent, à la force de mon travail acharné. Et je ne compte pas m'arrêter en si bon chemin. Ce n'est que le début d'une longue série de succès. Je tiens à remercier chacun d'entre vous pour votre soutien indéfectible. Sans vous, rien de tout cela ne serait possible.

Une femme vêtue de lingerie extrêmement bien manufacturée apparut à ses côtés.

— Mesdames et messieurs, permettez-moi de vous présenter une personne qui n'a plus besoin de présentation : la Duchesse Armille, maîtresse de la famille Coral. Elle possède les flux vidéo d'Artna et est à l'origine de nos légendaires Marco et Julia.

Tout le monde se tourna vers les présentateurs dans un coin où ils effectuaient une révérence.

— La Duchesse Armille est non seulement l'organisatrice du festival de l'épée, mais elle possède également des dizaines de maisons de gladiateurs. Elle fait partie des douze puissantes familles d'Artna. Sa contribution à notre communauté est inestimable, et nous lui devons beaucoup.

Maximiliane marqua une pause, savourant l'attention de son auditoire.

— Ce soir, nous célébrons non seulement nos réussites, mais aussi notre capacité à nous élever ensemble. Artna est plus qu'une simple station ; c'est un symbole de notre détermination et de notre ambition. Ensemble, nous avons bâti un empire, et ensemble, nous continuerons à le faire prospérer.

Il leva son verre, invitant l'assemblée à faire de même.

— À Artna, à nos succès passés et à venir, et à vous, mes chers amis, qui rendez tout cela possible. Santé !

Les applaudissements redoublèrent, accompagnés de cris d'enthousiasme et de verres qui s'entrechoquaient.

La femme à ses côtés n'était pas enthousiaste, loin de là. Tout n'était que mise en scène. Il lui saisit la tête et la fit mettre à genoux à terre, sous des visages faussement outrés dans la foule.

— Voyez-vous, cette salope, il y a un an, m'a promis une mort dans l'indifférence totale dans les fosses, et la voilà présentée à genoux devant moi. Mais je ne suis pas un monstre, je suis même plutôt magnanime comme vous le savez. Je lui fais grâce d'une mort dans les arènes ou pire entre les mains de la Mort noire. Je l'ai prise comme épouse et tout ce qui lui appartenait m'appartient à présent. Et je vous ai tous invités à ma nuit de noces.

Il marqua une pause, savourant l'attention de son auditoire. Il déboutonna son pantalon et enfonça son sexe dans la bouche de la duchesse sous les cris d'acclamation du public. J'avais devant moi le politicien qu'il rêvait d'être et tout ça en six mois.

— Vous savez, la vie est faite de choix et de conséquences. Cette femme a fait un choix il y a un an, un choix qui l'a menée ici, à mes pieds, sa bouche grande ouverte sur ma queue. Mais je suis un homme juste, et je crois en la rédemption. En la prenant comme épouse, je lui offre une seconde chance, une opportunité de se racheter. C'est une leçon pour nous tous : la puissance et le pouvoir ne se gagnent pas seulement par la force, mais aussi par la stratégie.

Il tira la tête de la duchesse en arrière, la maintenant fermement.

— Bon, maintenant que je suis le directeur des flux vidéo, ne serait-il pas temps de faire quelques changements ?

Tout le monde semblait interloqué par ses propos. Un bruit de revolver se fit entendre. Le temps de tourner la tête, Marco s'effondrait, un trou béant dans le crâne. Le silence s'abattit sur la salle, rapidement brisé par des murmures et des exclamations étouffées. Maximiliane, impassible, continua son discours comme si de rien n'était.

— Julia, avec vos sous-entendus insupportables envers mon gladiateur, il est temps d'assumer.

Les deux gladiateurs autour d'elle lui arrachèrent ses vêtements avec une brutalité calculée, sous les regards avides de la foule. Ils l'attachèrent à un câble sous ses cris de protestation. Le câble était relié à une grue, et Julia fut trimballée nue dans l'immense pièce, sous les rires et les applaudissements des uns et des autres. Le spectacle était à la fois grotesque et terrifiant, un rappel brutal du pouvoir absolu que détenaient ces individus.

Le haut de ma cage, inatteignable même pour moi, s'ouvrit soudainement. Ils lâchèrent Julia dedans, la laissant tomber de cinq mètres de haut. Je réussis à la réceptionner avant qu'elle ne se fracasse sur le sol, mais le choc fut violent.

Son visage n'était ni terrifié ni en colère, juste son regard vide et sans vie. J'y voyais étonnamment un reflet du mien, une résignation profonde face à l'absurdité de notre situation.

— J'en avais ma claque de ces deux-là, ils sont virés, déclara Maximiliane avec un sourire cruel.

Des rires, même pas forcés, surgirent de partout. Toutes les personnes présentes ici avaient le pouvoir de vie et de mort sur des centaines de personnes.

— Mes chers amis, cette soirée restera gravée dans les annales d'Artna.

Pourquoi, à cet instant, depuis bientôt quarante-huit heures, me retrouvais-je sans sucre ? Ce n'était pas du hasard alors que Maximiliane devenait un puissant politicien.

En posant mon regard sur Julia, elle avait cet effet apaisant sur moi. Un sourire triste parcourait son visage, comme si elle avait accepté son sort et trouvé une forme de paix intérieure. Elle pencha sa tête à mon oreille. Une prostituée se mit à la lécher, et les autres à nous tourner autour. Elles se mirent à gémir bien trop fort, sans aucune raison apparente.

— Je te l'avait dit, ici, on est tous en cage. J'ai prévenu la duchesse qu'elle avait mal fermé la grille de Maximiliane, mais elle était trop sûre d'elle, trop fière. Et la voilà, à présent, contrainte de sucer son bourreau devant les caméras de tout Artna. Avant le lever du soleil, tout Artna aura vu la duchesse recouverte du foutre de Maximilien. Et dans quelques années, une autre personne débarquera, une autre Mort Noire naitra, et c'est Maximiliane qui sucera un autre connard lors d'une autre soirée pareille. Le cycle infini d'Artna est immuable.

Elle saisit mon sexe et se mit à me masturber.

— Avec Marco, on a joué, on a profité, et maintenant, j'envie presque sa mort. Ici, enfermée avec la bête façonnée à coups de sucre et de combats par l'hôte de cette soirée. Maintenant qu'il a atteint son but, tu es le prochain sur la liste. Il n'a plus besoin de toi. Artna raffole des légendes éphémères, et la mort brutale de la Mort Noire sera le clou du spectacle. Je vois d'ici les gros titres : "Les six mois de l'ascension exceptionnelle de la Mort Noire et sa chute si brutale."

Les courtisanes ondulaient autour de nous, gémissaient ; tout était surjoué de façon bien étrange.

— Un certain Ilia m'a mise en contact avec la Boss du vaisseau Phœnix. Elle a promis de faire sortir mes enfants de cette station de l'enfer si je l'aidais. Alors, je suis entrée en contact avec Alrec pour qu'il échange la drogue fournit à Maximiliane.

À mon regard interloqué, elle m'embrassa avant de retirer son visage et de gémir.

— Joue le jeu, putain, tout est enregistré. Les filles couvrent le son avec leurs gémissements, mais toi, tu es la Mort Noire.

Je claquai les fesses de Julia et la plaquai contre moi sous les sifflements du public.

— Bien. Alrec fut simple à convaincre, il n'aime pas la tournure des événements. Il va falloir que tu retrouves tes esprits, et vite, si j'ai bien compris ce que m'a dit la Boss. Elle m'a dit qu'elle ne voulait pas commettre deux fois la même erreur de t'abandonner sur une station, même si je n'ai pas la moindre idée de ce que cela veut dire. Maintenant, baise-moi avant que ça devienne louche.

Je saisis ses deux jambes pour la porter et l'empalai sur mon sexe sous les yeux de nos spectateurs.

— Oh, pas désagréable tout ça. Dans dix jours, Maximiliane inaugurera son arène dans sa résidence, tu as dû voir les travaux. C'est là qu'il te tuera, pour l'effet dramatique. La légende tombe le jour de l'avènement de son propriétaire, pas besoin d'être un génie pour le voir venir.

— Oh putain, cette situation est ridicule.

— La baise avec moi, la politique, l'arène, les putes, la drogue?

— Tout ça n'a aucun sens, bordel. On complote en baisant dans le repaire de ces politiciens de merde.

— J'adore le pied de nez qu'elle représente cette station de merde, je trouve.

C'était le premier sourire sincère de Julia que je voyais tout en ondulant sur ma queue.

— Dis-toi que c'est très loin des trucs les plus ridicules qui ont eu lieu ici.

— Je veux bien te croire. Et je dois faire quoi ?

— Le sevrage du sucre, ce n'est pas une mince affaire. Parole d'ancienne junkie. À partir du troisième jour, ton organisme va devenir une bouilloire, tu vas avoir l'impression de brûler de l'intérieur.

— C'est déjà le cas, mon sang est de base brûlant.

— Oui, je le sens bien, ce n'est pas désagréable. Change de position.

Je la reposai au sol, la plaquai contre une des banquettes dans la cage pour la prendre par-derrière, m'allongeant de tout mon poids sur elle. Les courtisanes suivirent la danse, gémissant pour couvrir nos voix.

  • Mais le sevrage sera bien moins agréable, je te le garantis. Tu vas avoir l'impression de mourir. tu vas vomir, cracher tes tripes, et ce ne sera que le début. Ton corps va se révolter contre l'absence de sucre. Tu vas trembler, transpirer à grosses gouttes, et chaque muscle de ton corps va te faire souffrir comme si tu étais en feu. Les nuits seront pires encore. Tu ne pourras pas fermer l'œil, tourmenté par des cauchemars et des hallucinations. Tu verras des ombres danser devant tes yeux, tu entendras des voix murmurer des horreurs à tes oreilles. Ton esprit va te jouer des tours, te faisant douter de ta propre réalité. Tu vas perdre l'appétit, mais ton estomac va gronder de douleur. Chaque bouchée de nourriture te donnera la nausée, et tu te sentiras constamment déshydraté, même si tu bois des litres d'eau. Ta peau va devenir pâle et moite, tes yeux vont se creuser, et tu auras l'impression que ton corps tout entier est en train de se désintégrer.
  • Sympa dis donc.
  • Mais le pire, ce sera la sensation de vide. Le sucre t'a toujours donné cette énergie, cette euphorie. Sans lui, tu te sentiras vide, inutile, comme si tu avais perdu une partie de toi-même. Tu vas te sentir déprimé, anxieux, et chaque seconde va te sembler une éternité. Et là, il faudra juste tenir. Enfin voila rien de bien méchant pour la Mort noir. En tout cas dans un contexte plus intime, je prendrais un pied monstre.

— Tu t'égares.

— Je vais crever, alors j'ai le droit de prendre un peu de plaisir une dernière fois.

— Et ensuite ?

— Le Phœnix sera stationné à Artna lors du combat où tu es censé crever. C'est tout ce que je sais. Surtout ne prends que le sucre que Maximiliane te fournit.

Je levai la tête, il montrait à toute la foule avec fougue que la Duchesse était son jouet. Même d'ici, c'était simple de voir des paillettes de sucre briller sur son visage.

— Et s'il en prend, il le verra.

— Tu crois que les riches consomment la même chose que le bas peuple ? Trop de risques de mauvaise came. Il a un autre circuit, enfin j'espère.

Je l'attrapai et la plaquai contre une énorme croix en forme de X avant de la reprendre face à elle.

— Doucement, monsieur la Mort Noire, vous risquez de me faire jouir.

— Comment je fais pour faire semblant ? Maximiliane va bien voir que je suis en sevrage.

Son regard devint soudain très dur et sombre.

— Dans la balançoire, il y a un couteau avec du venin d'une bestiole qui donne à peu près les mêmes symptômes. Je vais essayer de te tuer avec, mais j'arriverai seulement à te couper, puis tu me tueras. Le baroud d'honneur de Julia. Embrasse moi, j'ai une capsule d'anti venin dans la bouche.

En m'embrassant, elle fit glisser une gélule.

— Croque-la, ça fait effet pendant des heures. J'espère que ta fameuse Boss tiendra parole pour mes enfant.

— Toujours n'en doute pas une seconde.

— Alors, dans ce cas, fais-moi jouir avant de me buter et de gâcher la soirée de Maximiliane.

Contre cette croix en forme de X, je me mis à genoux, léchant le sexe trempé de Julia. Des prostituées se mirent à embrasser ses seins, leurs lèvres douces et avides titillant ses mamelons durcis. Ici, tout le brouhaha ambiant disparut le temps d'un instant intime et puissant. Julia était extrêmement réceptive à mes caresses, à mes coups de langue.

Ses mains s'agrippaient à mes cheveux, guidant mes mouvements tandis que ma langue explorait chaque recoin de son intimité. Ses gémissements était une symphonie de plaisir qui résonnait dans mon cerveaux malade.

Je me relevai lentement, mes lèvres remontant le long de son corps, mordillant sa peau. Elle enroula ses jambes autour de ma taille, me pressant contre elle . Nous nous déplaçâmes vers les barreaux de la cage, où je la plaquai fermement, nos corps toujours entrelacés.

C'est là, contre les barreaux froids et impitoyables, qu'elle finit par succomber à son plaisir.

On se dirigeai vers la balançoire où je l'assis dessus.

— Je veux pas souffrir, s'il te plaît.

— Tu ne sentiras rien, promis.

— Fais pas d'enfant, on fait des trucs débiles pour eux.

Elle saisit un couteau dissimulé dans une des cordes de la balançoire et m'entailla le torse, une des rares cicatrices de cette station dont je me souvenais de l'origine. Dans un geste rapide, je lui brisai la nuque avec précision, sans rage, sans colère.

Le bruit des os se brisant pour la première fois de ma vie me dégoûta, m'effraya. Une lucidité aussi horrible que froide me perça la cage thoracique. Je ne voulais pas la tuer, elle me faisait tellement de peine. Elle avait un sourire sincère figé sur les lèvres, elle semblait si apaisée.

Je n'avais pas le temps pour les remords, je devais jouer ma partition d'acteur. Étonnamment, quand je vomis, ce n'était pas à cause du manque ou de moi faisant semblant en me mettant les doigts dans la gorge. Non, c'était le fait d'avoir tué Julia.

Et la soirée fut interrompue sous le regard de rage de Maximiliane.

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