Chapitre II : Un cauchemare et un contrat

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 Si un jour, on m'avait dit que je me retrouverais devant Finn Carder pour le supplier d'accepter un contrat de fake dating avec moi, j'aurais sûrement ri. Rien que d'avoir une discussion sérieuse avec lui est compliqué. Alors l'embarquer dans un plan aussi stupide que celui-ci ? C'est perdu d'avance !

— Tiens donc. Que me veut ce plaisir Morgan ? m'interroge-t-il en me voyant arriver.

Je fais un effort surhumain pour ne pas lever les yeux au ciel. Tu fais ça pour Dan. Tu fais ça pour Dan, je me répète en mon for intérieur pour ne pas péter un câble. Tu fais ça pour Dan.

Je dois lever la tête pour pouvoir regarder Finn dans les yeux. Carder est grand – très grand. Ses cheveux bruns sont en bataille, comme s'il s'était servi uniquement de ses mains pour les coiffés ce matin – ou bien alors, il ne les a pas coiffés du tout. Ses yeux couleur noisette sont presque fermés, sûrement par un manque de sommeil, mais je peux toujours discerner cette même lueur moqueuse que je retrouve à chaque fois dans ses iris. Et, évidemment, n'oublions pas son éternel sourire en coin. Il lui donne l'air idiot, mais j'ai comme l'impression que Carder s'en fiche complètement. Après tout, Carder n'est pas Carder sans son sourire débile.

— Ne considère pas ça comme un plaisir. Si j'avais le choix, je ne serais pas là, tu peux me croire, je marmonne.

—Tout ça m'a l'air très sérieux, dis donc.

Une grimace déforme les traits de mon visage avant que je ne continue avec difficulté :

— Si je suis là, c'est parce que j'ai besoin de ton aide.

Carder écarquille les yeux et je comprends toute suite que c'est une très très très mauvaise idée. Je devrais partir avant de littéralement mourir de honte. À la tête qu'il fait, j'ai peur qu'il explose de rire à tout moment. Heureusement, il se contente de sa moquer de moi, comme il le fait si souvent. Non pas que j'aime ça, mais je dois avouer que je préfère qu'il me taquine, plutôt que de rire à gorge déployée de ma bêtise.

— Pardon ? Ai-je mal entendu ? Tu as besoin de mon aide ? Toi, Jessie Morgan ? Non, je dois rêver, j'en suis certain.

Son sourire en coin s'agrandit et la lueur dans ses yeux bruns s'accroit. D'un geste rapide, il range son téléphone dans la poche arrière de son jeans après avoir regardé l'heure. Il relève la tête et passe une main dans ses cheveux déjà assez décoiffés.

— Tu me flattes, Morgan. A ta place, je ne jouerais pas avec mes sentiments. Ça pourrait mal finir. (Il attend quelques secondes avant de reprendre) Mais comme tu as l'air si sûre de toi, je te propose qu'on se retrouve après les cours.

— Et pourquoi pas maintenant ?

— Oh, je vois que tu es bien impatiente ! Eh bien sache que j'aurais volontiers accepter une petite discussion avec toi maintenant, mais je vais être en retard à mon entrainement de basket, alors notre confrontation devra attendre encore un peu, si ça ne te dérange pas.

Je me mords la lèvre. Évidemment que ça me dérange. Lise m'a bien précisé de ne pas attendre, si je veux avoir ma chance. Et s'il croisait une autre fille à son entrainement de basket ? Et s'il en profitait pour me fuir ? Non, soyons réaliste. Bien sûr que non il ne va pas me fuir. Il aime trop m'embêter pour ça.

— Je comprends, mais c'est très important.

Il me regarde d'un faux air pensif, son sourire ne l'ayant toujours pas quitté.

— Tu m'intrigues de plus en plus, et j'avoue que je suis tenté de sécher mon entrainement pour entendre ce que tu as à me dire. Malheureusement, j'ai loupé trop de cours ces derniers temps alors je vais devoir attendre un peu avant que tu ne me dises tout ce que tu as sur le cœur.

Je soupire et me prend la tête entre les mains. Sérieusement ? Il trouvera toujours une façon de se moquer de moi, quoi qu'il se passe. Oh, et puis qu'il aille à son entrainement de basket ! Ainsi, j'aurai le temps de me préparer psychologiquement à notre discussion. Peut-être même que je pourrais écrire un discours ?

— Bon, comme tu veux.

— Je te remercie de me permettre de me rendre à mon entrainement. Qu'est-ce que je ferais sans toi, Jessie ?

Je secoue la tête.

— Je ne sais pas, tu aurais sans doute une vie très ennuyeuse ! Tu t'imagines vraiment pouvoir vivre sans moi ?

— Non, tu as raison. Me moquer de toi fais partie de mes activités favorites.

Il explose de rire pendant que j'essaie d'oublier le ridicule de la situation. Je suis venue pour lui demander de faire semblant de sortir avec moi, et il me sort que sa passion est de rire de moi. Ma vie est trop aléatoire, il faut vraiment que j'y remédie au plus vite.

— Il faut vraiment que j'y aille, mais on se voit plus tard ?

— Quand ?

Il semble réfléchir – et pour de vrai cette fois – avant de me répondre après quelques secondes :

— Hmm... Demain, à midi ?

— Non. Pas demain. Aujourd'hui.

Il écarquille les yeux et mes joues deviennent cramoisies. OK, il faut vraiment que je me calme, car il va finir par penser que j'en pince pour lui, ce qui est complètement faux, bien évidemment.

— Arrête, tu vas me faire rougir, plaisante-t-il. Eh bien, si tu tiens tant que ça à me voir aujourd'hui, tu pourras passer chez moi tout à l'heure ? Après, je ne te cache pas que ma mère va se poser des questions. Elle pensera qu'on est en couple ou bien que tu coures après moi car tu es complètement folle amoureuse de mon physique parfait.

Oh non, c'est pas vrai ! Ça commence déjà. Je n'ai pas encore parlé de mon plan à Finn que je vis déjà en plein dans mon cauchemar. Toute cette histoire me semble soudain ridicule, et j'ai peur de me dégonfler à tout moment. Je pourrais lâcher quelque chose comme : « Ha ha, ne t'en fais pas, je rigolais. Je n'ai rien à te dire, ce n'était qu'une blague ! », mais je sais qu'il n'y croirait pas. Carder est idiot, mais pas bête.

— Tu veux que j'ailles chez toi ? Non merci, je tiens à garder mon intégrité.

Carder pouffe.

— Tu ne penses pas que tu abuses un tout petit peu ? Tu veux peut-être que je te rappelle que tu m'as déjà vomi dessus ? Parce que moi, j'ai perdu une partie de mon intégrité, ce jour-là.

Je me cache le visage dans mes mains. Je savais qu'il me rappellerait cet épisode. C'était certains. Je ne peux pas tenir une seule discussion avec Finn Carder sans qu'il profite de cette anecdote qui me met terriblement mal-à-l'aise.

— Fais attention à toi, Carder, je gronde. Si tu ne veux pas que je recommence, tu as intérêt à oublier ça. Deal ?

— Non. Tu peux recommencer si ça te chante. De toute façon, c'est toi qui serais mal si cette scène se produisait à nouveau. Alors évite de me faire chanter, si tu tiens tant que ça à garder ton intégrité.

Je serre la mâchoire sans répondre. Comment est-il possible de sortir avec lui ? Qui est assez idiot que pour vouloir embrasser un type comme lui ? Toi. NON ! Je suis là pour Dan, pas pour Carder. Si je fais tout ça, c'est pour que Dan Harley s'intéresse à moi. Pas pour rouler des pelles à cet imbécile de Finn.

— Si tu redoutes tant de venir chez moi – tu ne sais pas ce que tu rates – alors, tu peux toujours m'attendre ici jusque 17h, et on parlera de ce sujet si pressant.

J'acquiesce.

— Oui, je préfère ça. Pas que ta mère m'effraie. En fait, c'est plutôt de toi que j'ai un peu peur.

— Je comprends. Je peux être si terrifiant que je veux ! Tu fais bien de te méfier, Morgan. J'aurais peur aussi, à ta place.

— Arrête de te moquer de moi.

— Jamais.

— Alors dépêche-toi d'aller à ton entrainement pour que tu finisses plus tôt et que je n'attende pas trop longtemps comme une idiote.

— Ce n'est pas attendre qui te donne un air bête, tu sais ? Mais bref. Tu dois aussi savoir que peu importe l'heure à laquelle je me pointe près du coach, je finirai à la même heure ?

Je lève les yeux au ciel – oui, cette fois, je ne me retiens pas – avant de lui rétorquer :

— Je m'en fous. Dégage et ne m'oublie pas. Je t'attendrai sur le parking du lycée.

Il m'offre un signe de militaire avant de mimer un baiser bruyant et de me lancer :

— Ne t'en fais pas, je reviens vite, mon admiratrice secrète pas si secrète que ça.

Je lui montre le majeur et il explose de rire avant de tourner les talons et de s'enfuir pour arriver à son entrainement de basket. Parce que, quoi qu'il dise, je suis certaine que l'heure à laquelle il arrive influence celle à laquelle il quittera le hall sportif. D'autant plus que je connais son coach. C'est un ancien ami à mes parents – je pense qu'ils étaient à la fac ensemble – et il est déjà venu manger quelques fois à la maison. Je sais donc ainsi qu'il est assez strict et qu'il ne se prive pas de donner des punitions quand il en a l'opportunité.

Un coup d'œil à mon téléphone m'indique qu'il est 14h30. Génial, je vais attendre ce gros crétin de Carder pendant deux heures et demi. Dans ce cas, autant aller à la bibliothèque, il y fait plus calme et j'ai quelques affinités avec la bibliothécaire. Après tout, se réfugier derrière des étagères de livres dès que l'occasion se présente, ça finit par servir.

Mon sac à dos noir se balance sur mon épaule pendant que je marche vers la grande bibliothèque de l'école. Certaines personnes errent dans les couloirs alors que d'autres dorment à moitié sur leurs livres de cours, écoutant un prof à mourir d'ennui. Comme pas mal de monde, je fini les cours à 13h le lundi. Pour commencer la semaine, on ne peut pas rêver mieux. On pourrait aussi se demander qu'est-ce que je fais encore ici à 14h30. La réponse est simple : je ne veux pas rentrer chez moi. Avec mes parents, c'est assez compliqué, et je préfère retarder au maximum le moment où je devrai me confronter à eux. Nous passons notre temps à nous disputer et ils me reprochent des choses complètement insensées.

Je finis par arriver dans ma pièce préférée du lycée. La bibliothèque est très grande et s'étale sur un étage encore. Le plafond n'est autre qu'une immense vitre qui laisse entrer le soleil et qui illumine tout le lieu. Les murs sont couverts d'étagères, celles-ci remplies de livres. De longues tables avec des chaises sont agencées au milieu de la grande pièce et quelques fauteuils sont installés dans les coins de la pièce.

— Jessie ! J'ai bien cru que tu étais rentrée chez toi !

Je me tourne et souris à la bibliothécaire. Marie est une jeune femme dans la vingtaine. Ses cheveux d'ébène sont retenus par une épingle et son teint foncé fait davantage ressortir le bleu ciel de ses yeux.

— Oh, bonjour Marie. Je discutais avec... quelqu'un.

Le mot « ami » s'apprêtait à quitter mes lèvres, mais je l'ai retenu juste à temps.

— Tu n'as pas à te justifier. J'espère que passeras un bon moment, comme à chaque fois.

Je la remercie et la gratifie d'un sourire avant de partir m'installer sur une des chaises et de sortir mon livre. Je dépose celui-ci sur la table et commence à lire, oubliant le temps qui passe.

**

Une main me tapote l'épaule et je sursaute. Je pose mon doigt sur la ligne que je lisais, puis lève les yeux de mon livre. La personne qui se tient face à moi me regarde avec un petit sourire en coin.

— Carder ? Je pensais que tu avais entrainement.

— Oui, c'était le cas. Et moi, je pensais qu'on avait rendez-vous sur le parking à 17h.

— Eh bien, oui, en effet. Mais il n'est pas 17h. Pas vrai ?

Son sourire s'élargit et j'écarquille les yeux. Depuis combien de temps suis-je ici ? Je lève les yeux vers la grande horloge et constate avec horreur que j'étais sensée retrouver Finn il y a une demi-heure.

— J'ai bien cru que tu m'avais posé un lapin, avoue-t-il. Puis je me suis rappelé que tu aimais lire alors je suis venu ici, et j'avais visé juste, apparemment.

Je ne lui demande pas comment il sait que j'aime bien lire ; j'ai bien trop peur de la réponse et je préfère rester dans le déni.

— Je suis vraiment désolée, je n'ai pas vu le temps passer. J'espère que c'est toujours bon pour qu'on parle ?

— Bien sûr. Mais je pense que la gentille Marie préfèrera qu'on ait cette discussion dehors. D'autant plus que la bibliothèque va bientôt fermer.

Je jette un regard à Marie qui a un petit sourire désolé sur le visage. J'acquiesce donc et range mon livre dans mon sac avant de me lever.

— D'accord, pas de problème. Au revoir Marie, à demain.

La bibliothécaire m'adresse un petit signe de la main et je quitte la pièce avec Carder. J'ai encore du mal à réaliser la situation. Celle-ci parait ironique. Ce matin encore je détestais Carder. Enfin, je le déteste toujours, mais je suis quand même sur le point de lui demander de faire semblant de sortir avec moi.

Nous sortons du bâtiment et Finn s'assied sur un banc – celui sur le parking où nous devions nous retrouver. Arès un moment d'hésitation, je m'assieds à mon tour le plus loin possible de lui.

— Bon, c'est quoi ce sujet dont tu voulais absolument me parler ?

Je me mords la lèvre. Tout compte fait, je regrette de ne pas avoir écrit un discours. Maintenant que je suis confrontée à la situation, j'ai envie de disparaitre sous terre. Me cacher et ne jamais revenir.

— Euh... c'est assez délicat, alors, ne te moque pas de moi, d'accord ?

— Impossible de te promettre ça, mais je peux essayer de ne pas le raconter à tout le lycée. Ça te va ?

Je soupire.

— Je suppose que c'est déjà beaucoup te demander alors va pour ça...

— Sage décision.

J'acquiesce et passe une main dans mes mèches de cheveux. Pitié, que tout se passe bien. Je crois les doigts, mais je n'y crois pas trop.

— Bon, tu vas penser que je suis ridicule – ce qui est sûrement le cas – mais voilà : le truc, c'est que j'aime Dan.

Je vois sa mâchoire se contracter et sa voix est tendue quand il me demande :

— Comme beaucoup de filles, oui. Mais pourquoi tu me dis ça ? Parce que si c'est pour ça que tu m'as fait venir, j'avoue que je ne comprends pas trop.

— Je sais, je sais. Laisse-moi terminer. S'il-te-plait ?

Il soupire et me fait signe de continuer. Je ne sais pas comment interpréter son soudain changement de comportement. D'abord il est sarcastique, et, ensuite, il a l'air blasé et ennuyé. Il est vraiment étrange, parfois...

— Le problème, c'est qu'il est avec Cheryl, mais ça, tu le sais déjà.

Je prends une grande inspiration avant de tout déballer. Après tout, autant tout dire d'un coup, ce sera plus vite terminé ainsi.

— Pour attirer son attention, il faut que je me rapproche de lui. Et pour ça, rien de mieux que de me rapprocher de toi. Alors, tu vas trouver ça débile. Sache que moi aussi. C'est une idée stupide de Hannah. Mais on devrait faire semblant de sortir ensemble. Comme ça, je peux me rapprocher de Dan, toi tu peux rendre ton ex jalouse, et le tour est joué ! Tout le monde est happy !

Finn me regarde comme si j'étais une folle. C'est sûrement de quoi j'ai l'air, j'en ai parfaitement conscience. Ce qui m'étonne le plus, c'est sa question. Il ne me taquine pas sur mon plan foireux, ne fait même pas allusion à mon béguin pour son meilleur ami. Non, à la place, il me demande :

— Qu'est-ce que mon ex vient faire là-dedans ?

J'en reste sans voix.

— Euuh... En fait, c'est plus pour que tu y gagnes aussi. Parce que, c'est clair que tu ne vas pas sortir avec moi sans rien en échange. Alors, je me suis dit – enfin, Hannah s'est dit – que rendre ton ex jalouse serait peut-être la chose qui te ferait accepter.

Je parlerai plus tard à Hannah du fait que je remets tout sur son dos. Pour l'instant, je dois essayer de survivre à cette situation, et en ressortir intacte.

— C'est moi qui l'ai larguée, pas l'inverse. Et je ne veux pas la rendre jalouse. Si on s'est séparés, c'est pour une raison. Et ça ne te regarde pas.

— Oh. Pardon, je suis vraiment désolée, je ne voulais pas-

— C'est bon, j'ai compris. T'inquiète. Juste, évite de parler de mon ex, s'il-te-plaît.

J'acquiesce et déglutis. J'ai déjà vu Carder rieur, heureux, moqueur, exaspéré, mais jamais je ne l'ai vu comme ça. On dirait presque qu'il est fâché.

— Bon, dit-il après s'être éclaircit la gorge. Pour en revenir à ton idée de génie. Tu voudrais qu'on forme un faux couple. À première vue, ça me semble ridicule et perdu d'avance. Pardonne-moi, mais même si on est ensemble, Dan ne s'intéressera pas à toi. Ne me demande pas pourquoi. Je le sais, c'est tout.

Je baisse la tête. Il sait frapper là où ça fait mal, je dois l'avouer. Cependant, son avis m'importe peu. Je veux juste qu'il accepte, pas qu'il m'explique en quoi c'est une mauvaise idée. J'en suis déjà assez consciente.

— Cependant, en y repensant, je crois que ton idée n'est pas si pourrie. Pour moi, pas pour toi, ajoute-t-il. Si on venait à être ensemble – pour de faux bien sûr – mon coach pourrait comprendre pourquoi j'ai raté tant d'entrainements. Ça l'embête beaucoup, et je sais que c'est un grand sentimental, alors il pourrait être convaincu par cette explication.

J'acquiesce. De ce que je sais du coach Terrence, c'est vrai qu'il est amateur d'amour. Je l'ai déjà vu avoir les larmes aux yeux en voyant un couple se tenir la main dans les couloirs du lycée.

— Alors c'est oui ?

— Alors c'est peut-être, me corrige-t-il. Ce n'est pas une décision qui se prend à la légère.

J'acquiesce. J'en suis bien consciente. J'ai moi-même eu du mal à venir lui en parler. D'ailleurs, j'ai maintenant conscience de ma bêtise. Cependant, je suis fort étonnée qu'il ne se soit pas foutu de moi comme je l'aurais imaginé. Il aurait pu sortir quelque chose comme « elle est bien bonne celle-là », mais jamais je n'aurais pensé qu'il resterait aussi calme. Enfin, je ne vais pas m'en plaindre, bien évidemment !

— Je comprends.

— Mais si j'accepte, qu'est-ce que nous devrions faire ?

Sa réponse m'intrigue davantage et je me questionne moi-même. Il a raison : que devrions nous faire s'il accepte ?

— Je ne sais pas vraiment. Il faudrait peut-être établir certaines règles.

— Comme quoi ?

— Je n'en sais rien. Des idées ?

Il hausse les épaules et se laisse tomber contre le dossier du banc. C'est de plus en plus étrange. Je commence à me dire qu'il est possédé ou quelque chose comme ça. N'y tenant plus, je l'interroge :

— Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait à Finn Carder ?

Son habituel sourire en coin éclaircit les traits de son visage.

— Je te retourne la question, Morgan. Qui es-tu et que m'as-tu fait ?

Je reste sans voix. Non, définitivement, il y a quelque chose qui cloche. Je ne sais pas encore quoi, mais je compte bien le découvrir. Si lui aussi a l'intention de m'utiliser contre mon gré dans le but de me briser le cœur, je vais devoir y remédier, et vite !

— Bon, revenons-en aux règles. Il faudrait peut-être établir une liste de choses qu'on doit faire en public ? Parce que je suppose que dans ton idée, un faux couple doit paraître pour un vrai, n'est-ce pas ?

— C'est le but, en effet, j'acquiesce.

— Très bien. Alors, pas que tu me répugnes, mais je veux pas des trucs trop démonstratifs.

— Je comprends parfaitement. Sache que je ne rêve pas de te tripoter, moi non plus.

Il reprend son air confiant et moqueur, ce qui me rassure quelque peu : finalement, il n'a pas tant disparu que ça.

— J'avoue que j'ai un peu de mal à te croire. Mais ne nous attardons pas sur le sujet. On pourrait par exemple se tenir la main ?

J'acquiesce.

— Oui, ça c'est pas mal. Peut-être aussi publier des photos de nous ensemble ? Il faut que ça soit crédible, alors on doit se montrer à deux même en dehors de l'école. Sinon, ce serait bizarre.

Il hoche la tête avant de poursuivre, soudain inspiré.

— Tu dois avoir raison. Mais – car, oui, il y a un 'mais' – je veux garder ma vie privée, OK ? Donc tu ne passes pas ta vie chez moi, et inversement.

— Comme si j'avais envie de passer ma vie chez toi, je soupire.

— On sait tous les deux que tu en rêve, dit-il avec son sourire en coin.

Je secoue la tête. Il est vraiment agaçant. Je me demande à chaque seconde ce qui m'a pris de venir lui demander ça. Point positif : il n'a pas l'air de refusé. Il n'a pas non plus accepté, certes, mais c'est un bon début.

— Je suppose qu'on va aussi devoir s'embrasser ? demande-t-il avec une grimace et un air de dégout sur le visage.

— Oh, ça va ! Je n'en ai pas plus envie que toi, mais si on veut que ça ressemble à quelque chose, il va bien falloir, oui. Ça doit quand même rester exceptionnel, évidemment !

— Si tu n'en avais envie, tu aurais demandé à quelqu'un d'autre ! Tiens, d'ailleurs, pourquoi moi ?

— Je me pose la même question. C'est Hannah qui m'a dit que c'était mieux que ce soit toi, car tu es plus proche de Dan.

Il reprend son ton sec quand il me répond :

— Ah oui. Tu dois avoir raison. Bon, on a trouvé les contacts physiques acceptés, maintenant, il faut bien d'autres choses, non ?

— Eh bien, oui. Il nous faut aussi une date limite ? Peut-être aussi qu'on devrait tous les deux donner nos propres règles à respecter. Par exemple, si on se lance, tu vas devoir effacer de ta mémoire l'épisode vomi.

— Jamais, répond-il aussitôt. Bien essayé mais je refuse. Je dois te rappeler que c'est toi qui viens me supplier pour sortir avec moi ? Tu prétends que c'est pour de faux, mais sache que j'ai du mal à y croire. Alors, c'est moi qui trouve d'autres règles afin que ce soit équitable et que j'ai mon mot à dire, moi aussi.

Je soupire pour la millième fois depuis le début de notre conversation. Mon cerveau est en alerte rouge. Il croit que je l'aime. OH MON DIEU, Carder croit que je l'aime.

— Ne rêve pas trop, Carder. C'est pas pour toi.

— Ah oui, c'est vrai, c'est pour ton petit Dan chéri.

Je lève les yeux au ciel.

— Bon, balance. C'est quoi tes conditions ?

— Eh bien, déjà, tu dois venir voir tous mes matchs de basket. Entrainement ou pas. Je veux aussi que tu regardes mes films préférés et je vais te faire lire mes livres préférés.

— Parce que tu lis ?

— Eh oui ! Je suis pas si con que j'en ai l'air ! Tu es étonnée, pas vrai ?

J'acquiesce. En effet, je ne le pensais pas capable de lire plus de deux phrases avant de s'endormir. Alors lire un livre complet ? Non, je suis sûre qu'il en est incapable, c'est au-dessus de ses forces. Je décide de ne pas m'éterniser sur le sujet, car le ciel commence à s'obscurcir de plus en plus, signe qu'il est maintenant tard.

— Un peu, oui. Mais ce n'est pas le sujet. Tu n'as rien d'autre à ajouter ?

Il semble sur le point de répondre puis referme sa bouche avant de réfléchir. Je vois sur son visage que mille pensées traversent son esprit.

— En fait, si. J'ai bien quelque chose à ajouter. Tout ça, dit-il en faisant un cercle avec ses bras. C'est pour de faux, pas vrai ? Si on le fait, c'est juste pour Dan et pour que Coach Terrence me pardonne ?

J'acquiesce en fronçant les sourcils.

— Oui, bien sûr. Ne crois pas un seul instant que je suis amoureuse de toi. On le fait pour nos intérêts personnels. On peut continuer à se détester, on doit juste paraître pour un couple heureux et amoureux à l'extérieur. Et puis, ça ne durerait pas des années. Je dirais qu'on fait ça jusqu'à Noël. Ensuite, on pourra tout oublier et faire semblant de rompe. Ça te va ?

Il ferme les yeux et réfléchi à ce que je viens de dire. Je rêve qu'il me réponde quelque chose comme « mais oui, bien sûr mon petit chou à la crème ». Non. Pardon, je n'ai rien dit. Pas de « mon petit chou à la crème ». Juste le oui sera assez.

— Bon, c'est d'accord. Mais n'oublie pas : tu vas devoir regarder mes films préférés.

Je suis tellement heureuse ! Il n'y a pas eu de oui ni de chou à la crème, mais il vient d'accepter de former un faux couple avec moi. Qui aurait pu anticiper que Finn Carder accepterait. FINN CARDER ? Eh bien, je dois avouée que je suis agréablement surprise.

— Parfait. Et quels sont tes films préférés ?

— Eh bien, il y en a beaucoup, mais j'aime particulièrement Le Seigneur des Anneaux et Joker.

Le Seigneur des Anneaux ? Moi aussi c'est mon film préféré !

Il sourit. Toujours son sourire narquois et moqueur, et pourtant, son expression semble plus réservée que d'habitude. Comme s'il cachait ses propres émotions. Comme s'il s'interdisait de me montrer ses sentiments. Il faut dire que, malgré notre contrat, nous nous détestons toujours, ça ne fait aucun doute. Il est donc normal qu'il ne me montre et ne me dise pas tout sur ce qu'il ressent. C'est même logique.

— Bon, déclare mon fake boyfriend. Il se fait tard. Viens, je te reconduis chez toi mon petit chou à la crème.

J'écarquille les yeux. Il ne m'aurait quand même pas appelé... ? Non. Non, impossible. C'est impossible. Je refuse. Pourtant, quand je me lève pour le suivre dans sa voiture, deux questions tournent dans mon esprit : « Va-t-il me kidnapper ? » et « Est-il télépathe ? ». Juste par pur envie, je décide de lui mettre un petit coup de pied dans la jambe avant qu'il ne rentre dans sa voiture. En le voyant trébucher, un petit sourire nait sur mes lèvres.

OK, mission réussie. J'ai entre mes mains deux avenirs. Pour commencer, le mien, celui que je bâtirai avec Dan. Et, ensuite, celui de Finn que je vais détruire. Et oui, mon idée diabolique de lui briser le cœur n'a pas encore disparu. 

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