Chapitre III : Un malaise et une demande

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Depuis plusieurs minutes déjà, je fixe obstinément l'écran de mon téléphone. Il y a quelques heures, Finn a publié une photo de nous deux dans sa voiture. Sur le cliché, il m'enlace et nous sourions tous les deux. Heureusement, il n'a mis aucune légende à cette photo. Cependant, comme je m'y attendais, la publication dépasse les cent commentaires. Malheureusement, ils ne sont pas aussi fiers et heureux que sur la photo de Dan tout à l'heure.

Il y en a de toutes sortes. « Tu vaux mieux que ça, mec », « Tu l'as trouvée dans un trou perdu ou quoi ? », ou encore « C'est qui cette meuf aux cheveux orange ? ». Je tiens à préciser que mes cheveux ne sont pas orange. Ils sont plutôt bruns avec des reflets roux. Mais pas orange ! J'ai l'habitude de ce genre de commentaires, mais je ne pensais pas que les gens osaient mettre ce genre de choses sur les réseaux.

J'ai également reçu pas mal de messages privés. Des menaces, des insultes, un peu de tout. C'est clair que je ne croyais pas que ça se passerait comme ça. J'avais plutôt imaginé des regards de travers, ce genre de choses, mais pas ça.

Il est passé une heure du matin, et j'attends toujours de voir un message de Dan s'afficher sous la photo, mais toujours rien. Peut-être qu'il n'est tout simplement pas connecté en cette heure fort matinale, mais je continue d'espérer. Après tout, si les insultes me parviennent encore maintenant, je ne vois pas pourquoi est-ce que Dan ne pourrait pas liker la publication de Carder.

Il faut croire que j'ai fini par m'endormir, car je suis réveillée en sursaut par mon téléphone. Une sonnerie s'échappe de l'appareil et un petit sourire traverse mon visage fatigué quand je reconnais la mélodie que j'ai attribué aux appels de Hannah.

Jess ! Oh bon sang, tu l'as fait ! Ne le prends pas mal, mais je ne t'en croyais pas vraiment capable. Et, en imaginant que tu le fasses vraiment, je ne pensais pas que Finn accepterait. MAIS VOUS L'AVEZ FAIT !

Elle laisse échapper un petit cri de victoire et je me redresse sur mon lit en frottant mes yeux ensommeillés. Au moins, il y a au moins une personne de contente. Je suis juste déçue que ma meilleure amie soit la seule à me féliciter. Je m'attendais à plein de messages gentils – et peut-être envieux – de mes connaissances au lycée, mais rien. Je n'ai reçu que des menaces et des insultes.

— Je ne crois pas que tout le monde soit aussi enthousiaste que toi, je grommelle en m'étirant. Tu as vu les commentaires ?

Bien sûr que je les ai vu, soupire-t-elle. Mais on s'en fiche de ce qu'ils pensent. L'important, c'est que tu te rapproches de Dan. D'ailleurs, lui, il n'a pas l'air de trouver que c'est une si mauvaise idée !

J'écarquille les yeux. Aurait-il laissé un commentaire, lui aussi ? Je mets le haut-parleur et clique sur l'application Instagram afin d'aller voir les commentaires. Évidemment, il y en a encore empli de haine. Cependant, je vois que Carder en a épinglé un autre. Un gentil. Celui de Dan. « Mec, félicitation ! Vous allez super bien ensemble ! ».

Je pourrais sauter de joie. Peut-être crier. Pourtant, je ne fais rien de cela. À la place, je souris. Un sourire à s'en décrocher la mâchoire.

— Oooooh, Hannah ! Dan a aimé la photo ! Il a même mis un commentaire, t'as vu ?

Ma meilleure amie pouffe à l'autre bout du fil.

Bien sûr que j'ai vu, idiote. C'est moi qui viens de te le dire. Mais on s'en fout. Moi, je veux savoir touuut ce qui s'est passé hier. Raconte-moi en détails.

Mon sourire ne m'avant toujours pas quitté, je me lance dans mon récit, et je lui raconte tout. Enfin, pas vraiment tout. Par exemple, je ne lui explique pas la façon dont j'ai tout remis sur son dos. Je ne lui dis pas non plus que mon plan est en réalité double et que j'ai la ferme intention de briser le cœur de Carder. Non, il y a des choses que je tais et que je garde pour moi.

Wow.

Voilà tout ce que ma meilleure amie est capable de dire après que j'ai terminé de lui expliquer presque tout dans les moindres détails, allant de ses froncements de sourcils à ses sourires narquois.

— Eh oui, je sais, j'ai super bien géré ça.

Non, Jess, c'était pathétique, mais je ne te parle pas de ça, dit-elle d'une voix très sérieuse. Tu ne trouves pas ça bizarre qu'il ait accepté direct, comme ça ?

— Eh bien, non, je réponds en essayant de ne pas prendre en compte son avis face à ma prestation. Il a dit que c'était pour ses retards et ses entrainements manqués.

Et tu trouves que ça se tient ? Non, mais sérieux, tu es trop naïve. Crois-moi, je m'y connais en gars. Alors, là, je vois deux options. La première : il te kiff. La deuxième : il a une idée derrière la tête, et, à ta place, je me méfierais.

Lui ? Me kiffer ? Alors, là, non, clairement pas. Carder n'aime que lui. Il est incapable d'apprécier qui que ce soit. Je l'ai déjà vu dans les couloirs avec des filles. Il leur sourit, les embrasse, mais ça se voit que c'est du pipeau. Il n'y a jamais rien de réel avec lui.

Donc, si je suis la logique de Hannah, il manigance quelque chose. En y réfléchissant, c'est très logique. Hier, j'étais trop contente que pour réfléchir à ses véritables intentions. Faire ça pour amadouer le coach ? Foutaises ! Le problème, c'est que je ne sais pas pourquoi il le ferait sinon. Peut-être pour se moquer de moi ? Raconter à tout le lycée que je suis tombée amoureuse d'une simple image ? Pouvoir rire de moi à gorge déployer avec tous ses amis et me fendre le cœur ?

Une boule se forme dans ma gorge. Et si nous avions le même but ? Et si en plus de notre objectif, nous cherchions tous les deux à nous détruire ?

Jess ? T'es toujours là ?

— Oui, oui. C'est juste que... et si tu as raison ? Et s'il à une mauvaise idée derrière la tête ? Parce que c'est clair et net qu'il me kiff pas. Il ne reste donc qu'une seule option.

Eh, j'en suis pas certaine, non plus. Tu sais quoi ? Tu n'as qu'à faire semblant pour l'instant, et à tout moment, si tu vois que ça dérape, tu annules tout.

J'acquiesce avant de me rappeler qu'elle ne peut pas me voir. Je lui réponds alors par un « Hmm ». Ensuite, nous échangeons quelques banalités, mais noter discussion finit toujours par aboutir au même sujet : Carder et moi. J'essaie d'écouter ma meilleure amie, mais l'idée de Finn le fourbe commence à prendre place dans mon esprit.

— Bon, Hannah, faut que je te laisse, sinon je vais être en retard. On se voit tout à l'heure ?

Pas de problème, à toute, Jess.

Je raccroche et me laisse tomber contre mes coussins dans un immense soupire. Faire semblant de sortir avec Finn est une idée stupide, certes, mais aussi dangereuse. Il n'est pas aussi gentil qu'on pourrait le penser. Il est sournois, prépare ses coups en douce, et il attaque quand on s'y attend le moins.

Mais je ne compte pas le laisser prendre l'avantage sur moi. Non, c'est à moi de gagner la partie, pas à lui. Pour ça, il faut prévoir un plan, mais aussi avoir un coup d'avance. Je ne laisserai pas Carder me devancer. Jamais.

*

J'arrive au lycée avec quelques minutes de retard. Me préparer ce matin m'a pris un peu plus de temps que prévu. Mais habillée et coiffée ainsi, j'espère faire regretter aux autres tout ce qu'ils ont pu dire de moi. Peut-être aussi que Dan en profitera pour remarquer à quel point je suis belle ! Et Finn, lui, il aura plus de mal à se défaire de moi. Eh oui, mais aussi je peux être sournoise quand je le veux. Tu vas voir, Finn Carder. Je peux être très intelligente et très méchante, quand je le veux.

Je lève les yeux vers la porte en bois qui se trouve devant moi. Evidemment, tout le monde est déjà en classe. J'inspire donc et toque contre le battant. Madame Harley vient m'ouvrir et je lui offre un petit sourire qui signifie « Je suis désolée d'être en retard, mais vous allez me pardonnez, n'est-ce pas ? ». La mère de Dan secoue la tête en soupirant puis m'indique d'un geste las d'entrer. Je ne me fais pas prier et me dépêche d'aller m'assoir à ma place, au fond de la classe.

J'essaie de ne pas entendre les murmures et les regards noirs qui me suivent. Je garde le menton haut et m'assieds en essayant d'oublier les gens qui m'entourent. Cependant, je me sens ridicule quand Cassie, une fille assise à côté de moi, se penche vers moi pour me murmurer :

— Tu t'es habillée comme ça pour qu'on t'accepte, c'est ça ? Eh bien laisse-moi te dire un truc, Morgan : tu as l'air débile.

Cassie se redresse et je déglutis. OK, tout va bien. Au moins, elle n'a pas braqué de fusil sur ma tempe. Elle ne m'a même pas menacée de quitter Carder. Elle m'a juste insultée. Ça aurait pu être pire...

Je baisse les yeux sur mon top vert court et ma jupe noire. Ai-je l'air débile ? D'habitude, je préfère les vêtements plus simples et dans lesquels je ne me sens pas à l'étroit. Pourtant, aujourd'hui, j'ai pensé que venir habillée comme tous les jours ne ferait que m'attirer plus de malheurs. Ce n'est que maintenant que je comprends que j'aurais peut-être dû garder mon jeans large et mon pull à capuche. Je serais sûrement passée inaperçue, comme ça. Au lieu de quoi, j'ai été fouillé dans les habits que ma mère m'a payés il y a quelques semaines et que je m'étais promis de ne jamais porter.

— Rangez vos cours, aujourd'hui, vous avez une expression écrite.

Je relève la tête, interloquée. Plusieurs autres font de même pendant que d'autres soupirent et sortent leurs blocs de feuilles. Finalement, j'aurais peut-être dû écouter un peu plus, hier. Maintenant, je me sens complètement perdue. D'abord l'épisode avec Carder, les moqueries qui vont avec, et maintenant, une expression écrite ? C'est la fin du monde qui est en approche ! Heureusement pour moi, à force de lire à longueur de journée, j'ai développé des facultés en écriture. Alors, après que Madame Harley ait donné les consignes, je me penche sur ma feuille et j'écris. J'écris sur ce que je ressens tout en me faisant passer pour une autre. J'écris sur ce que j'ai vécu et ce que je vis en y ajoutant un soupçon de romance pour faire pleurer.

Encore une fois, la cloche sonne. A force, c'est devenu un mécanisme. Je me lève et je rends ma feuille remplies de mon écriture avant de quitter la pièce, le regard rivé au sol. Quelques personnes se taisent quand ils me voient passer dans les couloirs pour aller jusqu'aux casiers, d'autres s'en foutent complètement. J'ouvre la porte de mon casier et remets mes manuels de français. J'en profite pour fermer les yeux et essayer de ne pas penser au début catastrophique de cette journée. Puis, je me rappelle du commentaire de Dan et un semblant de sourire vient égayer mon visage. Au moins, il est là, lui.

— Oh mon dieu. Ma chérie, tu es magnifique !

Je me retourne vers Lise et Hannah qui viennent d'arriver. Lise a les yeux écarquillés alors que Hannah sourit simplement. Ce n'est qu'un sourire, pourtant, il cache des milliers de messages différents.

— Vraiment ?

— Vraiment. Tu devrais t'habiller comme ça plus souvent, répond Lise.

Je la gratifie d'un petit sourire timide. Même quand tout va mal, mes amies sont toujours là pour me remonter le moral.

— Tout va bien ? me questionne Hannah en fronçant les sourcils. Tu es vraiment très pâle. Tu es malade ?

Je secoue la tête.

— Non, ne t'en fais pas. Je suis juste très fatiguée, j'ai besoin de repos.

Mes amies paraissent sceptiques, mais ne réagissent pas. Au train où vont les choses, elles doivent déjà être au courant pour les insultes et les menaces. Elles ont aussi sûrement remarqué les regards remplis de jugement des gens. Evidemment, il y a ceux qui me regardent aussi avec envie et jalousie. Mais la plupart sont juste méchants. C'est triste de s'en rendre compte.

— Bon, intervient Lise en tapant dans ses mains. Première partie réussie. Maintenant, il va falloir que tu endures le plus compliqué. À partir de maintenant, vous allez devoir faire semblant.

— Tu es bien gentille Stanley, mais je préfèrerais que tu évites de crier ce genre de choses. Encore plus quand il y a autant de monde autour de nous.

Je sursaute quand une main s'abat sur mon épaule. Carder. Évidemment. Je me doutais bien que je ne serais pas tranquille très longtemps. Comme si c'était quelque chose de complètement naturel, il pose son bras sur mes épaules et plante un baiser sur ma joue. J'écarquilles les yeux en même temps que mes amies, et je me tourne vers mon fake boyfriend.

— Oh. Salut Finn.

Il m'offre son habituel sourire en coin avant de tourner son regard vers mes amies.

— Green, Stanley. Je suis enchanté de faire votre connaissance. Je me présente : Carder, le prince charmant de Morgan.

Hannah soupire et lève les yeux au ciel.

— Sérieusement ? Tu ne peux pas nous appeler par nos prénoms, comme tout le monde ?

Ma meilleure amie déteste son nom de famille – Green. Je n'ai jamais vraiment compris pourquoi, mais je crois que ça a un rapport avec son père. Si elle a une bonne relation avec sa mère, on ne peut pas en dire autant de celle qu'elle a avec son père. Depuis qu'elle est toute petite, elle doit le supporter ivre du matin au soir. Il est parfois violent et a régulièrement des crises. La mère de Hannah a déjà essayé plusieurs fois de l'emmener dans un centre de désintoxe, mais ça n'a jamais fonctionné.

— Désolé Green. Je ne suis pas vraiment comme les autres, répond Finn Carder avec un clin d'œil. D'ailleurs, si ça ne vous dérange pas, j'aimerais parler seul à seul avec ma petite amie.

Les lèvres de Lise s'étire en un grand sourire pendant que Hannah marmonne des paroles intelligibles – sûrement des jurons.

— Oui, amusez-vous bien. Bye Jess, on se retrouve tout à l'heure.

Ensuite, mes amies partent sans rien ajouter. Je vois que la situation amuse beaucoup Lise, contrairement à Hannah. D'ailleurs, pour ce que ça vaut, ça ne m'amuse pas non plus. Tu le fais pour Dan. Tu le fais pour Dan.

  Nerveuse, je remets mon sac à dos correctement contre mon épaule et me racle la gorge. Carder semble remarquer que je suis mal-à-l'aise, alors il retire tout de suite son bras de mes épaules, comme pour me permettre de mieux respirer. Je souris timidement et baisse les yeux au sol.

— Eh, Morgan.

Je relève à moitié la tête pour croiser le regard de Carder.

— Je voulais juste te dire que... je m'en fous des commentaires, OK ? Ils sont cons, ici, de toute façon. Pour ce que ça vaut, j'ai supprimé et signalé leurs messages.

Soudain, Finn aussi paraît gêné. De se retrouver tête à tête avec moi ? De prétendre former un vrai couple ? Ou bien de faire une bonne action dans sa vie ? Sûrement un peu de tout ça à la fois. J'avoue que je suis moi-même étonnée par l'initiative de Carder. D'habitude, il est le premier à liker ce genre de commentaires. Et voilà qu'il les supprime et les signale ? Tout ça cache quelque chose de très louche, j'en suis certaine. Il faut vraiment que je reste sur mes gardes.

— Oh. Eh bien, euh, merci ?

Il acquiesce et se frotte la nuque d'un geste distrait. Au même moment, un groupe de fille passe à côté de nous. La plupart sont des cheerleader, et elles laissent échapper un petit rire forcé en arrivant à notre hauteur. Il y en a même une qui lance « salut Finn ». Non mais sérieux, c'est qui elle ?

Carder ne lui accorde même pas un regard.

— Elles ont pas vu ta publication, ou quoi ? je questionne, les mâchoires serrées.

— Jalouse, grenouille ?

— Moi ? Jalouse ? Jamais de la vie ! Et... Attends, tu m'as appelée grenouille ?

Il explose de rire avant de m'expliquer :

— Quoi ? Il faut bien que je te trouve un surnom mignon ! Sinon, ce n'est pas drôle.

— Ah, parce que « grenouille » c'est mignon ?

Il acquiesce et développe.

— Evidemment ! C'est mignon les grenouilles ! Elles ont des gros yeux et des grosses joues, comme toi ! Eh, c'est un compliment, ajoute-t-il quand il me voit grimacer. J'aime bien tes grosses joues, moi !

En même temps, il attrape mes joues entre ses doigts et commence à jouer avec. En plus d'être con, c'est un gamin. Vraiment ? Grenouille ? Et puis, c'est faux ! Mes joues et mes yeux ne sont pas si grands que ça.

— Tu t'enfonces, là, Carder.

Il sourit mais ne répond rien. Après une seconde, il finit également par lâcher mes joues. Ensuite, il jette un coup d'œil à son téléphone et déclare :

— Ce soir, il y a match. Tu dois venir, tu te souviens ? C'est dans notre contrat.

J'acquiesce. Bon, ça commence bien. Ce soir, je vais déjà voir un match de mon faux petit ami. Au moins, je n'ai pas à rentrer chez moi. Pour l'instant, ça fait presque deux jours que je n'ai pas croisé mes parents, et c'est sans doute pour le mieux. Hier, je suis rentrée tard et ils dormaient déjà, et ce matin, ils étaient partis travailler quand je me suis levée.

— D'accord. Tu pourras me ramener chez moi, après ? Le bus ne passe plus après une certaine heure.

— Pas de problème.

Au même moment, j'entends des pas se rapprocher de nous. Des pas que je reconnaitrais entre mille. Ses pieds martèlent le sol un peu plus fort que nécessaire et le cliquetis des porte-clefs en métal sur son sac résonne dans le couloir. J'écarquille les yeux et me tourne en même temps que Carder pour voir arriver Dan Harley. Il a le sourire aux lèvres et adresse un salut un Finn avant de s'approcher de nous. Sous ma peau, mon cœur tambourine et j'ai bien peur que lui aussi résonne entre les murs du lycée.

Ne pas stresser, ne pas stresser.

Dan et Finn se saluent et je reste là, figée telle une statue, ne sachant pas quoi faire. Est-ce que je dois parler ? Me présenter ? On s'est déjà parlé, c'est vrai, mais je doute qu'il se souvienne de moi.

— Eh, salut Jessie ! Tu te souviens de moi ?

Je sursaute si fort que mon sac manque de tomber de mon épaule. Oh mon dieu, oh mon dieu, oh mon dieu. Dan Harley me parle. Il m'a appelé Jessie ! Et en plus il me pose une question sur nous ? OH MON DIEU !

— Oh... je... euh, oui, oui, je me souviens de toi. Tu m'avais prêté ton taille crayon une fois.

Ce n'est que quand je le vois froncer les sourcils que je me sens bête. Terriblement bête. Bon sang Jess ! Ressaisis-toi et essaie de ne pas être bête, pour une fois. Evidemment qu'il a oublié t'avoir prêté son taille crayon. Il n'y a personne pour se souvenir de ce genre de choses.

— Non, je ne me souviens pas. Mais j'ai une mémoire plutôt mauvaise, plaisante-t-il. Désolé. En tout cas, je suis vraiment content que tu sois avec Finn.

— Ah oui ?

— Bien sûr ! Comme ça, on va pouvoir apprendre à se connaitre.

Mon cœur continue de battre fort. Il veut qu'on apprenne à se connaître ! Il souhaite la même chose que moi ! Et, au fond, je suis sûre qu'il m'aime aussi. Tant pis pour l'histoire du taille crayon. Maintenant, c'est différent. Maintenant, il veut apprendre à me connaitre. Et moi aussi, c'est ce que je veux.

— Et puis, je suis sûr que tu pourrais bien t'entendre avec Cheryl, ajoute Dan.

Bon, d'accord, il va peut-être falloir un peu plus de temps. Mais une fois qu'il me connaitra assez, il changera d'avis et me choisira, moi. Pas Cheryl. Comme l'a dit Hannah, notre relation aboutira sur un mariage. Il va larguer sa cheerleader devant tout le lycée et se mettra à genoux devant moi pour me passer la bague au doigt. Oui, c'est comme ça que ça va se passer.

— Justement, Morgan va venir au match de ce soir.

— C'est génial, s'enthousiasme Dan.

Je souris en essayant de ne pas lancer un regard noir à Carder. Il ne peut donc pas rester à l'écart de nos discussions ? Il est là pour décorer et m'aider dans mon plan. Pour rien d'autre. De toute façon, il regrettera bientôt toutes les fautes qu'il a commis à mon égard. J'ai construit un plan infaillible et il va tomber dedans, j'en suis certaine ; nous ne sommes pas proches, mais je le connais suffisamment.

— Bon, c'était sympa, mais il faut que je file. J'ai promis à Cheryl de la retrouver avant que les cours ne recommencent. On se voit tout à l'heure.

Sur ces mots, il tourne les talons et pars d'une démarche rapide. Je le regarde partir jusqu'à ce qu'il disparaisse au coin du couloir. Il est si beau...

— Si tu veux que ça paraisse crédible, il va falloir que tu cesses de le dévorer des yeux à chaque fois que tu le vois, déclare Carder sarcastique.

— Oh, la ferme.

Son sourire en coin revient se glisser sur ses lèvres et il jette un coup d'œil à son téléphone pour vérifier l'heure. C'est vraiment une manie qu'il a. Pourquoi toujours regarder l'heure ? Il le saura de toute façon, quand il sera l'heure de retourner en classe. C'est à ça que sert la sonnerie. Ou bien alors, c'est un tic nerveux car il est stressé ? Est-ce que je le stress ? Non, je ne pense pas. Je ne fais clairement pas peur, et je ne suis en aucun cas intimidante. Et puis, faire peur à Finn Carder serait un exploit.

— A quelle heure est ton match tout à l'heure ?

— 18h, répond-il distraitement. Je te l'ai déjà dit.

— Non, tu ne me l'as pas dit.

— Si, j'en suis sûr.

Et moi, je suis sûre qu'il voit quelqu'un d'autre que moi. Parce qu'il ne me l'a pas dit. Et s'il pense l'avoir fait, c'est qu'il en a, effectivement, informé une fille. Mais qui ? Et serait-ce son plan ? Me faire douter et me rendre jalouse dès de début ? Mais je ne suis pas jalouse. C'est juste que ça m'énerve qu'il ne prenne pas notre contrat au sérieux. Il pourrait au moins essayer de jouer le jeu !

— Tu es vraiment un idiot !

— Qu'est-ce que j'ai fait, encore ? marmonne-t-il d'un ton las, comme s'il s'en fichait complètement.

— Tu ne fais aucun effort. Tu pourrais au moins jouer le jeu un minimum ?

— Oh, parce que c'est moi qui ne joue pas le jeu ? Moi, j'ai la décence de ne pas baver devant une autre.

Je déglutis. C'est vrai que croiser Dan m'a un peu secouée. Mais ce n'est pas une raison pour me remettre tout sur le dos. Il est aussi fautif que moi si pas plus.

— Première dispute de couple ? Si tu as besoin de l'oublier pour un moment, fais-moi signe Finn.

Une fille blonde vient de s'arrêter juste près de nous. Sérieusement ? Qu'est-ce qu'elles ont toutes à lui courir après ? Bon, c'est vrai qu'il est beau gosse, mais il est chiant et immature ! Qui voudrait de ça ? Elle, je suppose. Sur ses hauts talons, elle me dépasse d'une tête mais fait presque la même taille que Carder. Ses longs cheveux sont lissés et arrivent dans le bas de son dos. J'ai du mal à discerner les détails de son visage en raison des nombreuses couches de maquillage, mais elle a quelques taches de rousseur sous le rose de ses joues.

— C'est très aimable à toi, Marra, mais je suis très bien avec Morgan. Tu peux passer ton chemin.

Ladite Marra laisse échapper un petit cri d'indignement avant de tourner les talons et de disparaitre derrière d'autres élèves.

— Tu vois, c'est comme ça qu'on fait quand on est en couple. On ne saute pas sur le premier venu. Compris ?

Je soupire. Il est vraiment chiant, des fois. La sonnerie retentit dans tout le lycée. Je suis rassurée. Je vais peut-être devoir retourner en cours pour les deux pires heures de la journée, mais au moins, je m'éloigne de Carder qui commence vraiment à me taper sur les nerfs.

— Tout à l'heure, rejoins-moi à 17h30 près du hall, OK ? Je dois te voir avant que le match commence.

J'acquiesce. Je ne sais pas ce qu'il me veut, mais je n'ai pas trop le choix, après tout. Comme il l'a dit, si je veux que ça soit crédible, je dois y mettre un peu du mien aussi. Parce que, je déteste dire ça, mais, lui, on pourrait presque penser que c'est réel. Chez lui, nos dialogues sont naturels et c'est comme si on ne s'était jamais détesté. Comme si on ne jouait pas. Il est très bon comédien, c'est tout ce que je peux lui trouver comme qualité. Tiens, d'ailleurs, je me demande s'il n'avait pas fait du théâtre quand il était enfant.

— D'accord, pas de problème.

Il se rapproche de moi et nous échangeons un regard. À travers se contact visuel, nous échangeons un dialogue que nous sommes les seuls à entendre. « Si on veut que ça ressemble à quelque chose, il va bien falloir qu'on passe par là », dit-il. Je déglutis et mes yeux lui répondent. « D'accord », disent-ils.

Je le vois hésiter une demi-seconde, puis, il se penche vers moi et dépose ses lèvres sur les miennes. Nous échangeons un baiser rapide, mais je ressens des milliers de choses à l'intérieur de moi. Je ne lui ai pas dit, mais je n'ai jamais embrassé personne. Depuis toujours, je suis célibataire. Jamais personne ne m'a aimé.

Finn s'éloigne de moi et me regarde un instant dans les yeux, son visage à seulement quelques centimètres du mien. Le temps d'un moment, je le regarde aussi. Je ne sais pas très bien ce qu'il se passe. Finalement, il s'écarte de moi. Ce n'est qu'à ce moment-là que je remarque que plusieurs personnes nous regardent.

Dans le coin du couloir, je découvre mes amies. Je dois avoir les joues cramoisies, mais elles sourient avant de s'échanger entre elles un regard complice. Hannah me fait un pouce puis s'en va avec Lise pour partir en cours.

Je tourne la tête vers Carder. Lui aussi me regarde. D'ailleurs, je pense qu'il ne m'a pas quitté du regard depuis qu'on s'est embrassé.

— A tout à l'heure, Grenouille, déclare-t-il avec un sourire avant de s'en aller à son tour.

OH. MON. DIEU. Ce n'est que quand je me retrouve seule près des casiers que la vérité me rattrape. Je viens d'embrasser Finn Carde. Je viens d'embrasser mon ennemi, celui dont je dois m'éloigner, pas me rapprocher. Ça ne va pas du tout. Il vient perturber tout mon plan. Mais ça va aller, je vais m'en sortir.

J'espère.

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