Chapitre 24

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Quelques jours avant que l’idée de l’opération ne soit sérieusement envisagée, Elias et Gabriel rencontrèrent une équipe médicale spécialisée dans les pathologies oculaires complexes. Dans une salle blanche et lumineuse, le principal chirurgien, un homme d’âge mûr avec des lunettes élégantes, leur expliqua les avancées possibles.

— Nous avons développé une procédure expérimentale qui pourrait améliorer la vision restante d’Elias, dit-il en feuilletant son dossier. Elle implique la greffe d’une fine membrane artificielle combinée à une stimulation neuronale. Si elle réussit, Elias pourrait récupérer jusqu’à 75 % de sa vision actuelle.

Elias resta silencieux, tandis que Gabriel échangeait un regard nerveux avec lui. Le médecin, remarquant leur tension, posa le dossier sur la table et croisa les mains devant lui.

— Je dois cependant être franc avec vous, ajouta-t-il. Cette opération comporte des risques. Il y a une possibilité de succès, mais si quelque chose tourne mal, Elias pourrait perdre complètement la vue. C’est une décision importante, et nous voulons que vous ayez toutes les informations pour décider.

Gabriel sentit son cœur se serrer en voyant Elias détourner les yeux, les mâchoires serrées. Il comprenait que cette décision allait peser lourdement sur lui, et qu’aucun choix ne serait sans conséquences.

Les jours qui suivirent la proposition d’opération furent marqués par une tension palpable. La possibilité de retrouver une vision améliorée à 75 % représentait une lueur d’espoir, mais le risque de perdre totalement la vue pesait lourdement dans l’esprit d’Elias. Sa mère, convaincue qu’il s’agissait de sa meilleure chance, insista avec une détermination presque écrasante.

— Tu ne peux pas laisser cette opportunité passer, Elias, disait-elle, son ton mêlant inquiétude et autorité. Ce n’est pas seulement pour toi, c’est pour ton avenir, ta vie entière !

Elias, assis sur le canapé du centre, la tête entre les mains, n’osait pas la regarder. Chaque mot de sa mère résonnait comme une pression supplémentaire sur ses épaules déjà fragiles.

— Et si ça ne marche pas ? répondit-il finalement, sa voix tremblante. Et si je perds tout ?

— Et si ça marche ? lança-t-elle, presque désespérée. Tu ne peux pas vivre dans la peur toute ta vie.

Gabriel, assis en retrait, observait la scène, son cœur serré. Il voulait intervenir, mais il savait qu’il ne pouvait pas prendre cette décision pour Elias.

Ce fut après une longue nuit d’insomnie qu’Elias finit par céder. La voix de sa mère, les regards inquiets des médecins, et même le silence de Gabriel pesaient lourdement sur son esprit.

— D’accord, je le ferai, murmura-t-il un matin, le visage marqué par la fatigue.

Sa mère soupira de soulagement, mais Gabriel, lui, sentit un pincement au cœur. Il voyait dans le regard d’Elias que ce choix n’était pas entièrement le sien.

Alors que la date de l’opération approchait, Elias semblait de plus en plus renfermé. Gabriel le trouvait souvent perdu dans ses pensées, ses gestes plus lents, comme s’il portait un fardeau invisible. Une nuit, Gabriel trouva Elias assis sur son lit, une feuille de papier à la main.

— Qu’est-ce que tu écris ? demanda Gabriel doucement, s’approchant.

Elias plia rapidement la feuille et la glissa dans une enveloppe.

— Une lettre, répondit-il, évitant le regard de Gabriel. Au cas où…

Gabriel sentit une boule se former dans sa gorge.

— Au cas où quoi ? murmura-t-il, bien qu’il connaisse déjà la réponse.

Elias releva enfin les yeux, son regard voilé par une émotion qu’il ne tentait pas de cacher.

— Au cas où je ne puisse plus jamais te voir, dit-il doucement.

Le jour avant l’opération, Elias tendit l’enveloppe à Gabriel.

— Lis-la si… si ça tourne mal, dit-il simplement.

Gabriel prit la lettre avec des mains tremblantes, l’émotion lui coupant presque la voix.

— Elias…

— S’il te plaît, Gaby, laisse-moi faire ça à ma manière, l’interrompit Elias.

Gabriel hocha la tête, serrant l’enveloppe contre lui.

Cette nuit-là, il resta éveillé, la lettre posée sur la table de chevet, le cœur lourd. Les mots non lus semblaient peser plus que tout ce qu’il avait déjà traversé avec Elias.

Le matin de l’opération, la tension était presque palpable. Elias était allongé sur un brancard, vêtu de la blouse médicale standard, les yeux déjà bandés en préparation de l’intervention. Sa mère lui tenait la main, lui murmurant des paroles rassurantes.

Gabriel, debout dans un coin de la pièce, se sentait impuissant. Quand le moment vint de l’emmener, Elias tourna la tête dans sa direction.

— Gaby… merci d’être là, dit-il doucement.

— Toujours, répondit Gabriel, sa voix presque inaudible.

Alors que les portes de la salle d’opération se fermaient, Gabriel sentit une peur glaciale s’emparer de lui. L’attente, bien que seulement quelques heures, lui parut une éternité.

Dans la salle d’attente, Gabriel et la mère d’Elias partageaient un silence tendu. Les minutes s’étiraient en heures, chaque bruit de porte ou de pas résonnant comme un coup de tonnerre dans leur esprit.

— Il est fort, vous savez, finit par dire Gabriel, brisant le silence.

La mère d’Elias, les yeux rougis, hocha la tête.

— Oui, mais parfois, je me demande si je ne lui en demande pas trop, murmura-t-elle.

Gabriel n’eut pas le temps de répondre. Un médecin entra dans la salle, son expression indéchiffrable.

— L’opération s’est bien passée. Mais il faudra attendre quelques heures pour évaluer les résultats, annonça-t-il.

Quand Elias ouvrit les yeux pour la première fois après l’opération, la lumière était tamisée, les contours encore flous. Gabriel, assis à son chevet, se redressa immédiatement, serrant la main d’Elias.

— Elias ? Comment tu te sens ?

Elias cligna des yeux plusieurs fois, luttant pour faire le point.

— Je… je vois des formes, murmura-t-il.

Gabriel sentit une vague de soulagement l’envahir, bien que le doute persiste.

— Ça peut prendre du temps, ajouta Elias, comme pour se rassurer lui-même.

Mais dans ce moment fragile, une chose était sûre : peu importe le résultat final, ils affronteraient l’avenir ensemble.

Les jours suivant l’opération furent marqués par une inquiétude grandissante. Elias, allongé dans son lit d’hôpital, sentait une différence qu’il n’arrivait pas à expliquer. La lumière, même tamisée, semblait s’estomper un peu plus chaque jour, comme si le monde autour de lui se retirait lentement. Chaque matin, lorsqu’il ouvrait les yeux sous le bandage temporaire qu’on lui avait laissé, il cherchait désespérément des contours, des formes… mais tout semblait plus flou qu’avant.

— Gaby, murmura-t-il un soir, sa voix tremblante. Je crois que ça ne marche pas.

Gabriel, assis à ses côtés, posa immédiatement une main rassurante sur la sienne.

— Tu ne peux pas savoir ça. Les médecins ont dit qu’il fallait du temps, répondit-il, bien que son propre ton trahisse une peur qu’il ne voulait pas montrer.

Malgré les paroles réconfortantes de Gabriel, Elias ne pouvait s’empêcher de laisser ses pensées dériver vers le pire. Chaque jour, il semblait distinguer de moins en moins les faibles éclats de lumière qui traversaient les bandages. Ce qui restait de sa vision semblait disparaître à un rythme alarmant, et l’incertitude devenait insupportable.

Une après-midi, après une séance de soins, Elias demanda à parler au médecin. Gabriel, inquiet mais respectueux, resta en dehors de la pièce, attendant nerveusement.

— Docteur, je sens que… que je perds encore plus la vue, dit Elias d’une voix brisée. Est-ce que c’est normal ?

Le médecin, un homme calme et mesuré, s’assit en face de lui et prit une profonde inspiration.

— Elias, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions, répondit-il doucement. Après une opération comme celle-ci, il est courant de ressentir des fluctuations. Cela ne signifie pas forcément que l’opération a échoué.

Le médecin continua d’expliquer que les résultats définitifs ne pourraient être évalués qu’après une période de récupération de deux semaines, durant laquelle Elias devait garder ses yeux constamment bandés. Cette mesure était essentielle pour protéger les nerfs optiques en cours de cicatrisation et minimiser les risques d’inflammation ou de complications.

— Ces deux semaines sont cruciales, Elias, ajouta le médecin. Je sais que c’est difficile, mais il faut être patient. Toute stimulation prématurée pourrait compromettre les résultats.

Elias serra les poings sur ses genoux, son corps tendu sous le poids de l’incertitude.

— Et si… si ça ne fonctionne pas ? balbutia-t-il.

Le médecin posa une main réconfortante sur son épaule.

— Alors, nous chercherons d’autres solutions. Mais pour l’instant, concentrez-vous sur votre rétablissement.

Lorsqu’Elias revint dans sa chambre, Gabriel se leva immédiatement, son regard interrogateur fixant son ami.

— Qu’est-ce qu’il a dit ? demanda Gabriel, sa voix pleine d’inquiétude.

Elias s’assit lentement sur le lit, les épaules affaissées.

— Il a dit qu’il fallait attendre. Deux semaines avec les yeux bandés, murmura-t-il, une pointe d’amertume dans sa voix.

Gabriel s’agenouilla devant lui, cherchant à croiser son regard derrière les bandages.

— On va passer ces deux semaines ensemble, d’accord ? Peu importe ce qui arrive, je suis là, dit-il doucement.

Elias hocha la tête, mais ses lèvres tremblaient, trahissant la peur qui grondait en lui.

Les jours suivants furent une épreuve de patience et de silence. Elias passait la plupart de son temps allongé, les yeux bandés, écoutant les bruits autour de lui. Gabriel essayait de maintenir une atmosphère légère, lui racontant des anecdotes ou jouant de la musique en arrière-plan. Mais même ses efforts semblaient insuffisants pour combler le vide laissé par cette incertitude oppressante.

Chaque soir, avant de dormir, Elias murmurait une question qui glaçait Gabriel à chaque fois.

— Et si je ne vois plus jamais rien, Gaby ?

Gabriel, incapable de répondre, se contentait de serrer doucement la main d’Elias, espérant que ce contact suffirait à lui apporter un peu de réconfort.

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