Chapitre 1 : Routine

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Le poids de Vincent sur moi n’a rien d’excitant.

Ses mouvements sont lents, mécaniques, presque distraits. Il est là, mais en même temps, ailleurs. Comme si cela n’avait pas d’importance. Comme si, sous lui, ce pouvait être moi ou une autre, et que le résultat serait le même.

Sa bouche effleure mon cou sans conviction, glisse dans mes cheveux avant de s’y perdre. Il ne cherche pas mon regard. Il ne m’embrasse pas.

Je fixe le plafond. J’écoute les bruits étouffés de la rue derrière la fenêtre close. Je devrais être là, ressentir quelque chose—du plaisir, de l’intimité, même un simple frisson. Mais il n’y a rien. Juste ce sentiment vague, cette impression que cet instant aurait pu ne pas exister. Que ma journée aurait commencé de la même façon, avec ou sans lui.

Il accélère, son souffle s’alourdit. Quelques secondes encore et c’est terminé.

Vincent soupire contre mon épaule avant de se laisser retomber sur le matelas. Son torse se soulève rapidement, son souffle court, comme s’il avait réellement fait un effort. Il reste ainsi un instant, les yeux clos, puis roule sur le côté et tend une main vers ma hanche, effleurant ma peau d’un geste absent.

— C’était bien, non ?

Sa voix est douce, sans fierté, juste une question lancée comme une formalité. Comme si cet échange nécessitait une validation.

— Oui, je réponds machinalement.

Il sourit, puis se lève. Je l’observe s’étirer, nu, ses muscles fins se contractant sous sa peau claire. Il est beau, objectivement. Son corps est équilibré, harmonieux, sans être sculpté par des heures de sport. Un physique naturel, qui n’a pas besoin d’efforts pour plaire.

Je devrais ressentir quelque chose. Du désir. De la tendresse.

Mais il n’y a rien.

La porte de la salle de bain se referme derrière lui.

Je reste allongée quelques secondes de plus, nue sur les draps froissés. Mon regard se perd sur le plafond. Une sensation étrange m’habite, diffuse, insaisissable. Ce n’est pas du dégoût, ni de la tristesse. Juste un vide, profond et silencieux.

Finalement, je me lève et me dirige vers le miroir. Mon reflet me renvoie une image familière et pourtant étrangère. Mes cheveux bruns, encore emmêlés par la nuit, tombent en vagues épaisses sur mes épaules. Mon visage n’a rien d’exceptionnel : des traits doux, réguliers, une bouche charnue qui m’a toujours semblé trop marquée par rapport au reste. Ma peau est claire, presque diaphane sous la lumière matinale.

Je baisse les yeux vers mon corps. Fine, sans être maigre, des hanches discrètes contrastant avec une poitrine plus généreuse. Une disproportion qui m’a toujours semblé étrange, comme si mon corps avait hésité entre deux versions de lui-même avant de s’arrêter sur cette combinaison.

Je secoue la tête. Pourquoi je pense à ça ?

D’un geste rapide, j’attrape ma brosse et discipline mes cheveux avant de filer sous la douche. L’eau chaude coule sur ma peau, glisse sur mes épaules, sur mes hanches. J’aimerais pouvoir rester là des heures, enveloppée par cette chaleur, protégée du reste.

Quand je ressors de la salle de bain, une serviette enroulée autour du corps, Vincent est déjà en train d’enfiler un jean. Il ajuste sa ceinture, puis lève brièvement les yeux vers moi.

— Tu commences tôt ?

— Oui, l’hôtel est complet aujourd’hui. Il y a plusieurs séminaires, ça va être intense.

Il hoche la tête, sans vraiment réagir.

— Bon courage alors.

Sa voix est sincère, mais sans relief. Comme un échange automatique, une phrase qui aurait pu être prononcée la veille ou le lendemain sans que rien ne change.

Je me détourne et m’habille rapidement. Tailleur sobre, jupe ajustée juste au-dessus du genou, chemisier blanc légèrement cintré. Une routine millimétrée. Devant le miroir, je passe une fine couche de fond de teint, un soupçon de mascara. Juste de quoi donner l’illusion d’un éclat, sans paraître apprêtée.

Vincent attrape son téléphone avant de me jeter un regard.

— On se voit ce soir ?

Je fronce légèrement les sourcils.

— Oui… pourquoi ?

Il hausse les épaules.

— Je sais pas. Comme ça.

Je lui souris brièvement avant d’attraper mon sac.

— Bonne journée.

— À ce soir.

Je quitte l’appartement. L’air frais du matin me fait frissonner et chasse brièvement le poids de cette scène figée.

Mais en marchant vers l’hôtel, une sensation étrange s’accroche à moi. Comme un manque.

Je n’arrive pas à mettre le doigt dessus.

Alors je l’ignore.

Et j’avance.

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