Chapitre 3 : Gabi
Je redresse mon col devant le miroir du vestiaire, tente de lisser un pli imaginaire sur mon chemisier. Mes mains sont un peu tremblantes.
Calme-toi.
Mon cœur bat encore trop vite, mon ventre est noué. Ce n’était rien. Juste… un besoin physique. Comme toutes les autres fois.
J’inspire profondément, retiens l’air une seconde, puis pousse la porte du vestiaire pour rejoindre la réception.
— Ah bah enfin ! Je me demandais si t’allais revenir un jour.
La voix de Gabi me prend au dépourvu. Je lève les yeux et la vois accoudée au comptoir, son sourire malicieux vissé aux lèvres.
— T’étais où ?
Je garde mon expression neutre, haussant vaguement les épaules.
— Juste… une vérification rapide.
Mon regard fuit le sien.
— Une vérification, hein ?
Son sourire s’élargit. Elle n’a pas besoin de dire plus. Son ton est moqueur, léger, mais je sais qu’elle m’observe attentivement.
— T’as bien de la chance d’avoir du temps pour ça, moi j’en peux plus.
Je fronce légèrement les sourcils.
— Pourquoi ?
Gabi s’étire paresseusement, levant les bras au-dessus de sa tête avant de se tourner vers moi, l’air satisfait.
— Parce que j’ai passé la nuit la plus intense de ma vie.
Mon cœur rate un battement.
Je reste impassible. Ou du moins, j’essaie.
— Ah…?
Elle hoche la tête, un sourire rêveur flottant sur ses lèvres.
— Mmmh oui. Et franchement, je suis encore un peu sur mon nuage.
Elle s’appuie contre le comptoir, jette un coup d’œil distrait à l’écran de l’ordinateur avant de revenir vers moi.
— Tinder. Encore une merveilleuse invention.
Un plan d’un soir. Son ton est presque trop léger, et pourtant, chaque mot s’accroche à moi.
Je garde les yeux fixés sur l’écran devant moi, mes doigts tapotant distraitement le clavier.
— Un plan d’un soir ?
— Oh que oui. Et un bon.
Gabi rit doucement, ses yeux pétillants.
— On a matché dans l’après-midi, on a discuté vite fait, et on s’est retrouvés le soir même dans un bar. J’adore ces mecs directs. Pas de "on verra", pas de "on apprend à se connaître", juste un verre, et on sait exactement où ça va mener.
Je hoche la tête, vaguement. Mon expression est neutre, parfaitement contrôlée.
Mais à l’intérieur, quelque chose se tend.
— Et donc, il était comment ?
Ma voix est posée, sans émotion apparente.
Gabi sourit, joue avec un stylo sur le comptoir.
— Canon. Vraiment. Et surtout, très entreprenant. Il n’a pas perdu de temps, et moi non plus. On a à peine fini notre verre qu’on était déjà dans un taxi, et crois-moi, j’ai passé la meilleure nuit depuis des mois.
Elle soupire, satisfaite, secoue la tête comme si elle revivait encore la scène.
— Ce mec savait ce qu’il faisait.
Mon sourire reste en place, figé. Mais mes doigts, eux, se crispent légèrement sur la souris.
Pourquoi ça m’affecte autant ?
Je ne devrais pas être troublée par ça. Ce n’est qu’une histoire parmi tant d’autres. Un récit anecdotique.
Alors pourquoi une chaleur diffuse s’installe lentement en moi ?
— J’espère que tu prends des notes, plaisante Gabi, me lançant un regard en coin.
Je ris doucement, l’air détaché.
— Des notes ?
— Bah oui, faut bien que tu pimentes un peu tes nuits avec Vincent, non ?
Mon estomac se contracte.
Je ne l’ai pas vu venir.
Je garde mon sourire, mais je sens mon corps se raidir légèrement.
— Nos nuits vont très bien, merci.
Mon ton est faussement léger, un peu trop maîtrisé.
Gabi lève les mains en signe d’innocence, riant doucement.
— Eh, je dis ça, je dis rien. Mais sérieux Cloé, ça fait combien de temps que t’es avec lui ?
Je détourne à peine le regard.
— Tu le sais déjà.
— Depuis l’adolescence, ouais, je sais. Justement.
Elle s’appuie contre le comptoir, m’observe un instant.
— Tu t’es jamais demandé ce que ça ferait d’être avec quelqu’un d’autre ?
Je ris doucement, haussant les épaules.
— Pas vraiment.
Mensonge.
Un mensonge qui s’étire, qui s’enroule autour de moi comme un serpent.
Gabi secoue la tête, souriant toujours.
— T’es trop sage, Cloé. Un jour, il faudra que tu tentes autre chose. Juste une fois.
Elle me lance un clin d’œil avant de reporter son attention sur l’écran, me laissant seule avec mes pensées.
Et ce poids étrange dans mon ventre.
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