Chapitre 5 : Désillusion

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Je referme la porte de la salle de bain derrière moi et m'y adosse un instant, le bois froid contre mon dos. Mon souffle est calme, mais dans ma tête, les images du film tournent en boucle, s'accrochent, refusent de s'estomper. Cette urgence, cette façon qu'ils avaient de se dévorer sans retenue, comme si le monde autour d'eux n'existait plus.

Je rouvre lentement les yeux et mon reflet m’apparaît dans le miroir. Je le scrute, presque à contrecœur. Un t-shirt trop large, un short en coton informe, une tenue qui n’évoque rien, qui n’appelle ni le désir ni la tentation. Vincent me voit ainsi tous les soirs, et pourtant, ce soir, cette évidence me dérange.

Un pincement étrange me serre la poitrine, une idée germe, hésitante. Pourquoi ce soir ?

Mes doigts effleurent machinalement le bord du tiroir du bas. Je sais ce qu’il contient.

Sans vraiment réfléchir, je l’ouvre et retrouve la parure de lingerie que je n’ai jamais portée, un ensemble délicat de dentelle noire que Vincent m’a offert il y a longtemps, peut-être un anniversaire ou un Noël. À l’époque, j’avais souri, l’avais essayée une seule fois par politesse, avant de la ranger soigneusement, sans y repenser.

Mais ce soir… quelque chose est différent.

Je sors le tissu délicat du tiroir, le caresse du bout des doigts. Elle est jolie. Sexy, même. Mais sur moi ?

Inspirant profondément, je retire mon t-shirt et laisse tomber mon short au sol. La culotte glisse sur mes hanches, effleure mes cuisses avec une douceur inhabituelle, presque troublante. Je frissonne légèrement. Ce n’est pas désagréable.

J’enfile ensuite le soutien-gorge, passe les bretelles sur mes épaules et tente d’agrafer les crochets dans mon dos. Mes doigts s’emmêlent, je peste contre l’élastique qui résiste, mais je finis par y arriver, non sans un soupir agacé. J’ignore pourquoi, mais ce simple geste me paraît étrangement significatif.

Je me redresse et, enfin, je me regarde dans le miroir.

L’image qui me renvoie mon reflet me surprend. Quelque chose a changé. Ma posture, peut-être. Ou simplement cette façon dont la dentelle souligne mes formes, épouse chaque courbe avec une précision que je ne suis pas habituée à voir sur moi.

Un mélange d’excitation et d’appréhension me serre le ventre. Pourquoi ai-je le sentiment de franchir une limite invisible ?

Vincent ne m’a jamais vue ainsi. Je n’ai jamais cherché à le séduire, à provoquer une réaction, et pourtant, ce soir, je veux voir si cela peut faire une différence.

J’éteins la lumière et sors de la salle de bain.

Dans la chambre, Vincent est déjà allongé, torse nu sous les draps, son téléphone à la main, absorbé par l’écran. La lumière bleutée éclaire son visage d’une lueur artificielle, lui donnant cet air absent qu’il arbore si souvent.

J’avance lentement, me glisse sous les draps, hésite une seconde, puis me rapproche légèrement. Un simple mouvement, à peine perceptible, mais qui me demande un effort immense.

Du bout des doigts, j’effleure son bras.

— Tu viens dormir ? murmuré-je, espérant capter son attention.

Il ne bouge pas, ses yeux restant fixés sur son téléphone.

— Dans deux minutes, j’fais un dernier tour sur Twitter.

Un pincement me traverse, discret mais bien présent.

Je refuse de me laisser abattre si facilement.

Je me rapproche un peu plus, jusqu’à sentir la chaleur de sa peau contre la mienne. L’étoffe délicate de ma lingerie effleure son bras, un contact intentionnel, maîtrisé.

— J’ai mis quelque chose de joli…

Cette fois, il tourne enfin la tête. Son regard glisse sur moi, s’attarde une seconde sur la dentelle qui épouse mes formes, explore lentement, sans empressement.

Je retiens mon souffle, un léger frisson me traverse.

Puis, il hausse un sourcil et esquisse un sourire.

— Ah ouais… ça faisait longtemps.

J’attends.

Un geste, un mot, un signe d’intérêt. Quelque chose qui me prouve que mon effort n’a pas été vain.

Mais il ne bouge pas.

Son regard s’attarde encore une seconde avant de revenir à son écran.

— Ça te va bien.

Et c’est tout.

L’instant s’effondre.

Comme si le temps venait de se suspendre, je reste immobile, incapable de comprendre comment un moment qui me paraissait important puisse être balayé aussi vite, comme un détail sans importance.

Je sens la frustration monter en moi, mais je la ravale, prête à abandonner et à me glisser sous la couette en faisant semblant que rien ne s’est passé.

Mais Vincent relève la tête une dernière fois.

— Par contre, t’as pas l’air super à l’aise dedans.

Je fronce légèrement les sourcils.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

Il hausse les épaules, un sourire en coin.

— J’sais pas… on dirait que t’as piqué ça dans le placard d’une autre meuf.

Un rire bref, léger. Comme si ce qu’il venait de dire n’avait aucune importance.

Mais son effet est immédiat.

Un nœud se forme dans mon ventre. Je détourne les yeux, cherchant un refuge invisible.

Lentement, presque machinalement, je tire la couette sur moi, cherchant à couvrir ma peau, à effacer l’instant.

Je me sens ridicule.

J’ai voulu essayer, j’ai voulu croire que ça pourrait suffire.

Et maintenant, je n’ai qu’une seule envie : disparaître.

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