Chapitre 23 : Premier pas

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Mon cœur tambourine encore violemment, incapable de retrouver un rythme normal, et dans mon ventre, une tension nouvelle s’accroche à moi, persistante, insaisissable, une onde à la fois brûlante et insupportablement douce.

Je reste figée un instant, le regard vide, incapable de savoir quoi faire, quoi penser. Ce cadeau… ce n’est pas un simple objet. Ce n’est pas un bijou anodin, ni une attention innocente. Il a été choisi pour moi, précisément, minutieusement, avec une intention que je ne peux ignorer.

Marc.

Il a pris le temps de sélectionner ça. De l’emballer. De l’envoyer.

Il savait exactement ce qu’il faisait.

Un frisson me traverse, incontrôlable. Je secoue la tête, chasse ces pensées avant qu’elles ne m’emportent plus loin, et referme la boîte en la glissant précipitamment dans mon sac, l’enfouissant entre mon portefeuille et mes clés comme si la cacher pouvait m’aider à oublier. Mais ça ne change rien. L’objet est là, et avec lui, l’évidence de ce qu’il représente.

Inspirant profondément, je me redresse et sors du bureau, reprenant le couloir en sens inverse en essayant de retrouver une contenance normale, de lisser l’agitation sur mon visage avant de retrouver Gabi. Mais dès que je reviens à l’accueil, elle ne me laisse aucune échappatoire.

— Alors ?

Son sourire est trop large, trop satisfait, son regard pétillant d’une malice qui me donne immédiatement envie de fuir.

— Alors quoi ? répliqué-je, m’efforçant de garder un ton neutre.

— C’était un cadeau très… intime, non ?

Je serre les dents, détourne les yeux vers mon écran d’ordinateur, pianote au hasard sur le clavier pour m’occuper les mains, comme si taper des lettres sans logique pouvait calmer la brûlure qui me monte aux joues.

— T’es lourde.

— Oh ma chérie…

Elle rit doucement, secoue la tête, s’appuie sur son coude en me scrutant avec un amusement évident.

— T’as une tête qui parle pour toi.

Je l’ignore, ou du moins, j’essaie. Mais à chaque battement de cœur, je sens la boîte encore nichée dans mon sac, un rappel brûlant, une présence silencieuse. Ce n’est pas juste un cadeau. C’est un message.

Et maintenant, qu’est-ce que je suis censée faire ?

L’envie de le contacter me brûle les doigts, une impulsion irrépressible, quelque chose d’urgent, de viscéral. Mais je n’ai pas son numéro. Pas son mail. Rien.

Sauf…

Je déglutis, hésite une seconde. Puis, presque machinalement, mes doigts glissent sur le clavier, ouvrent le logiciel interne de l’hôtel.

Je tape son nom.

L’écran affiche immédiatement son dossier : ses réservations passées, quelques notes succinctes… et une adresse e-mail.

Mon souffle se bloque.

Je n’ai pas le droit. Je le sais. Je n’ai jamais fait ça, jamais utilisé ces informations autrement que pour le travail. Mais l’idée s’accroche à moi, s’infiltre dans mon esprit comme une évidence.

Avant même d’y réfléchir, je recopie l’adresse dans les notes de mon téléphone.

Ma main tremble légèrement.

Je referme rapidement la fenêtre, comme si j’avais commis une faute grave, comme si quelqu’un allait surgir derrière moi et me prendre en flagrant délit.

— T’es sûre que ça va ?

La voix de Gabi me fait sursauter.

— Très bien, pourquoi ?

— Je sais pas… t’as l’air… bizarre.

Je force un sourire, secoue légèrement la tête.

— Fatiguée, c’est tout.

Elle plisse les yeux, sceptique, mais elle ne pousse pas plus loin.

Mon cœur bat encore trop fort.

Je dois me calmer.

Je dois réfléchir.

Quand ma pause arrive enfin, je m’enferme dans la petite salle de repos, loin des regards curieux de Gabi, loin du hall, loin de tout ce qui pourrait interférer avec ce que je m’apprête à faire.

Mon téléphone est déjà dans ma main, mon pouce glissant sur l’écran jusqu’à l’application de messagerie.

Je crée un nouveau mail.

Mon souffle est court.

Dans le champ du destinataire, je colle l’adresse de Marc.

Mes doigts hésitent, flottent au-dessus du clavier, mon cerveau cherche les mots, tâtonne entre l’audace et la retenue, entre l’envie et la peur.

Finalement, ils tapent presque d’eux-mêmes.

Bonsoir,

J’ai reçu votre cadeau.
C’était… inattendu.

Merci pour cette attention.

C.

Je m’arrête. Relis.

C.

Non.

C’est ridicule

Je fixe la lettre unique à la fin du message, puis l’efface lentement.

Cloé.

Je fixe l’écran encore quelques secondes, ma respiration légèrement irrégulière.

Puis j’appuie sur "envoyer."

Le message disparaît.

Mon estomac se contracte aussitôt, et je repose mon téléphone sur la table comme s’il allait me brûler les doigts.

C’est fait.

Je viens de briser une limite que je m’étais fixée.

Je l’ai contacté.

J’ai répondu.

Et maintenant…

Je n’ai plus qu’à attendre.

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