Chapitre 34 : transformation intérieure
Les jours passent, et avec eux, un étrange sentiment d’apaisement s’installe en moi, comme si j’avais quitté une existence trop étroite, comme si je respirais enfin à pleins poumons. Je dors mieux. Mes nuits ne sont plus rythmées par cette sensation d’étouffement, par cette impression de tourner en rond, prisonnière d’un quotidien sans saveur. Le matin, je me lève plus légère, mes muscles moins tendus, mon esprit moins encombré. Et surtout, je ris. Je ris plus souvent, plus spontanément, sans ce filtre invisible qui bridait chaque émotion, sans cette retenue qui m’obligeait à peser mes mots, à calculer mes réactions.
Gabi l’a remarqué.
Je le vois à sa façon de m’observer, à ces petits sourires en coin qu’elle me lance quand je plaisante sur un sujet anodin, à cette manière qu’elle a d’appuyer son regard sur moi un peu plus longtemps que nécessaire. Elle ne dit rien. Elle se contente de constater, amusée, intriguée peut-être, et je sens qu’elle aime ce qu’elle voit.
Mais sous cette surface plus légère, sous cette impression de renouveau, quelque chose pulse en moi, une impatience sourde qui ne me quitte plus. Un manque. Il s’insinue dans mon quotidien comme un poison lent, un besoin diffus que je n’arrive pas à nommer. Tout semble plus simple ici, plus doux, et pourtant, cette fébrilité grandit, ce vide s’élargit, cette attente m’épuise.
J’ignore ce que j’attends exactement.
Jusqu’à ce que mon téléphone vibre.
Je suis installée sur le canapé, une tasse de café entre les mains, Gabi à côté de moi qui commente un article stupide qu’elle vient de trouver sur son téléphone. Je ne l’écoute qu’à moitié, distraite, et quand l’écran s’allume, mon souffle se bloque instantanément.
Un message.
Un numéro que je n’ai jamais enregistré mais que je reconnaîtrais entre mille.
Marc.
Mes doigts se crispent sur la tasse brûlante, une chaleur étrange me traverse de la nuque jusqu’au creux des reins. Je déverrouille mon téléphone.
"Le moment est venu."
Pas de bonjour, pas de question. Une phrase. Un ordre.
Sous le message, une adresse.
Un hôtel miteux à quelques km, une date, un horaire : Demain 22h.
Mon cœur bat trop vite. L’espace d’une seconde, je me fige, les yeux rivés sur l’écran, incapable de penser clairement. Il a attendu. Il a laissé passer du temps, il a laissé l’impatience me ronger, il m’a laissée croire qu’il pouvait disparaître aussi facilement qu’il était apparu. Mais il savait. Il savait que j’étais prête.
Je suis à la fois soulagée et terrifiée.
Parce que je vais y aller.
Parce que je n’ai jamais eu le choix.
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