Chapitre 42 : Discution

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La voiture roule dans un silence lourd, le ronronnement du moteur ponctué par le claquement des essuie-glaces contre la pluie qui s’écrase sur le pare-brise. Je suis tassée contre le siège passager, mes cuisses serrées, la robe trempée collant à ma peau comme une seconde couche de honte. La douleur dans mon cul pulse à chaque cahot, une brûlure sourde qui me fait grimacer, et je sens encore son sperme, tiède et gluant, glisser le long de ma jambe, une trace que l’eau de pluie dilue à peine. Mes doigts agrippent le bord du siège, mes ongles s’enfonçant dans le cuir, et je fixe la vitre, incapable de croiser le regard de Gabi.

Elle conduit, les yeux fixés sur la route, mais je sens sa présence peser sur moi, une tension muette qui remplit l’habitacle. Ses mains serrent le volant un peu trop fort, ses phalanges blanchies sous la lumière des réverbères, et je sais qu’elle bout intérieurement, qu’elle a mille choses à dire. Puis, d’une voix basse, ferme, elle brise le calme :

— Je vais pas te saouler ce soir, Cloé. Mais demain, toi et moi, on aura une putain de conversation.

Son ton est tranchant, mais il y a une pointe de retenue, une bienveillance qui perce malgré sa frustration. Je tourne la tête vers elle, croise son regard une fraction de seconde – dur, mais teinté d’une inquiétude qu’elle ne cache pas – avant qu’elle ne reporte ses yeux sur la route. Ma gorge se noue, mes lèvres s’entrouvrent, mais aucun son ne sort. Je hoche la tête faiblement, un geste presque imperceptible, et me recroqueville contre le siège, la douleur et l’épuisement me tirant vers le bas alors que la pluie continue de marteler les vitres.

L’appartement est plongé dans une obscurité douce quand nous arrivons, une odeur familière de bois et de son parfum sucré flottant dans l’air. Mes talons claquent faiblement sur le parquet, chaque pas ravivant la brûlure entre mes fesses, et je vacille légèrement, mes jambes encore tremblantes sous le poids de la soirée. Gabi referme la porte derrière nous, jette sa veste sur une chaise, et se tourne vers moi sans un mot. Ses yeux parcourent mon corps – la robe détrempée, mes cheveux en bataille, ma démarche hésitante – et une lueur tendre traverse son regard, éclipsant la tension de la voiture.

— Viens, murmure-t-elle, sa voix adoucie, presque maternelle.

Elle glisse un bras autour de ma taille, me soutient alors que je boite jusqu’à la chambre, et je me laisse faire, trop épuisée pour résister. La chaleur de son corps contre le mien est un baume, un contraste apaisant avec le froid qui me colle encore à la peau. Elle m’aide à m’asseoir sur le bord du lit, ses doigts frôlant mes épaules alors qu’elle tire la robe trempée, le tissu lourd et mouillé glissant sur ma peau avec un bruit humide. Mes seins se libèrent, nus, mes tétons durcis par le froid et l’épuisement, et je frissonne sous l’air tiède de la pièce.

— Lève les hanches, dit-elle doucement, ses mains attrapant la robe pour la faire descendre complètement.

Je m’exécute, mes cuisses tremblantes alors qu’elle tire le tissu le long de mes jambes, et je vois son regard s’arrêter une fraction de seconde, ses sourcils se fronçant légèrement. Pas de string. Juste ma peau nue, encore luisante de pluie et de traces plus sombres, plus intimes. Elle ne dit rien, mais ses doigts s’immobilisent un instant, son souffle se suspendant avant qu’elle ne reprenne son mouvement, tirant la robe jusqu’à mes chevilles et la jetant dans un coin. Ses yeux croisent les miens, un éclat de question muette dans son regard, mais elle se tait

Elle attrape un t-shirt large dans son tiroir, me le tend avec un sourire discret.

— Enfile ça, murmure-t-elle, ses mains effleurant mes bras alors qu’elle m’aide à le passer.

Le tissu doux glisse sur ma peau, un réconfort simple qui m’enveloppe alors qu’elle tire la couverture sur moi, ses doigts frôlant mes cheveux trempés pour les repousser de mon visage.

— Dors, dit-elle simplement.

Je hoche la tête, mes paupières lourdes, et elle reste là un instant, son regard posé sur moi avec une douceur qui me serre la poitrine. Puis elle se détourne, éteint la lumière, et je sombre dans un sommeil agité.

Le matin filtre à travers les rideaux. J’ouvre les yeux lentement, le corps engourdi, une lourdeur persistante dans mes membres. La douleur dans mes fesses s’est atténuée, mais elle est là, une sensation sourde qui me rappelle chaque mouvement brusque de la nuit passée. Je me redresse avec précaution, grimace légèrement alors que mes cuisses frottent l’une contre l’autre

Gabi est là, assise sur une chaise près du lit, un mug de café fumant entre ses mains. Ses cheveux blonds sont relevés en un chignon désordonné, son visage doux mais marqué par une nuit courte. Elle lève les yeux vers moi, un sourire léger aux lèvres, et me tend une tasse qu’elle a préparée.

— Tiens, bois ça, dit-elle, sa voix calme, attentionnée.

Je prends le mug, mes doigts frôlant les siens, et la chaleur du café me réconforte alors que je le porte à mes lèvres. Elle s’assoit au bout du lit, ses yeux verts posés sur moi avec une bienveillance qui me désarme. Je me sens en sécurité, enveloppée par sa présence, et ça me trouble plus que je ne veux l’admettre.

— T’as l’air d’aller mieux, murmure-t-elle, ses doigts effleurant mon bras dans une caresse légère, presque instinctive.

Je hoche la tête, un faible sourire aux lèvres, et elle me rend un regard doux, mais son expression change, une gravité s’installant dans ses traits.

— On va parler, Cloé. Maintenant.

Sa voix reste douce, mais ferme, et je sens mon ventre se nouer. Je pose le mug sur la table de nuit, mes mains tremblant légèrement alors que je croise son regard. Elle se penche vers moi, son bras frôlant le mien, et je me recroqueville un peu, cherchant du courage dans la chaleur de son contact.

— Ce qui s’est passé hier soir… commence-t-elle, ses yeux scrutant mon visage. T’étais dans un état… J’ai jamais vu ça. Et ce collier, ce mec qui te fait revenir comme ça… Je m’inquiète, Cloé. Vraiment.

Je déglutis, ma gorge sèche malgré le café, et je baisse les yeux, mes doigts jouant nerveusement avec le bord de la couverture.

— C’est lui. Marc, commençai-je, les mots sortant lentement, comme si je les arrachais d’un endroit enfoui. Il… Il me contrôle. Il me donne des ordres, il décide de tout, de ce que je fais, de ce que je porte, de ce que je ressens… Et moi, j’obéis. Mais c’est pas juste ça, Gabi. C’est pas juste lui qui me force. J’aime ça. Vraiment.

Ma voix tremble, et je lève les yeux vers elle, guettant sa réaction, mes doigts serrant la couverture plus fort. Elle fronce légèrement les sourcils, mais reste silencieuse, alors je prends une inspiration tremblante et continue, les mots se bousculant maintenant.

— Avant lui, j’avais l’impression de… de flotter, tu vois ? Comme si j’étais là sans être là, comme si rien ne comptait vraiment. Avec Vincent, avec n’importe qui, c’était toujours pareil – vide, fade, mécanique. Mais avec Marc… Quand il me dit quoi faire, quand il prend tout en main, je me sens vivante. C’est comme si chaque ordre, chaque moment où je me plie à lui, ça allumait quelque chose en moi. Ça me brûle, ça me fait mal parfois, mais ça me réveille. J’ai jamais ressenti ça avant, cette… cette intensité, cette certitude que je suis là, que j’existe.

Je m’arrête, le souffle court, mes joues s’échauffant sous son regard qui ne me lâche pas. Il y a une vérité brute dans ce que je viens de dire, une confession que je n’ai jamais osé formuler à voix haute, et je vois ses traits se crisper légèrement, un mélange de douleur et de compréhension dans ses yeux verts.

Un silence plane entre nous, lourd de tout ce que je viens d’admettre. Gabi ne détourne pas les yeux, elle m’analyse, elle pèse mes mots, et je sens que ce qu’elle s’apprête à dire ne sera pas juste une banalité lancée pour combler le vide. Elle s’humecte les lèvres, hésite une fraction de seconde, puis lâche, d’un ton plus grave, presque inquiet :

"Tu crois que c’est lui qui t’offre ce feu, Cloé… mais t’as jamais pensé que c’est toi qui le portes déjà en toi ? Qu’il fait juste en sorte de l’attiser à son avantage ?"

L’impact est immédiat. Son regard accroche le mien, intense, et je me rends compte que je retiens mon souffle. Cette pensée, je n’ai jamais osé la formuler. Et peut-être que je refuse de la laisser exister.

— Écoute-moi, murmure-t-elle, sa main glissant doucement sur mon bras pour me rapprocher d’elle. Ton histoire… ça me rappelle une fille que j’ai connue à la fac. Elle s’appelait Cloé, comme toi. Elle s’est laissée bouffer par un mec qui la manipulait, une histoire tordue avec de la vengeance derrière. Elle s’est suicidée l’année dernière. J’veux pas que tu finisses comme elle, tu comprends ?

Ses mots me frappent comme un coup, une vague de froid me traversant alors que ses doigts serrent mon bras, doux mais fermes. Mes yeux s’embuent, une boule se formant dans ma gorge, et elle glisse une main dans mon dos, m’attirant contre elle. Je me blottis dans ses bras, ma tête reposant sur son épaule, ses doigts caressant mon dos dans un geste réconfortant qui me fait frissonner. Sa chaleur m’enveloppe, un refuge dans le tumulte qui m’habite, et je ferme les yeux, me sentant en sécurité comme jamais avec elle.

— Je te fais confiance, Cloé, dit-elle doucement, sa voix un murmure contre mes cheveux. Si tu veux continuer avec lui, je peux pas t’en empêcher. Mais fais gaffe, OK ? Il te tient, et ça peut mal tourner. Dis-moi juste quand tu vas le voir, pour que je sache, pour pas que je m’inquiète.

Elle s’écarte légèrement, ses mains encadrant mon visage pour me regarder dans les yeux, et ajoute :

— Je serai toujours là pour toi. Tu peux compter sur moi, quoi qu’il arrive.

Un sourire tremblant étire mes lèvres, et je hoche la tête, mes doigts cherchant les siens pour les serrer doucement. Elle me rend un sourire, ses yeux brillant d’une promesse sincère, et elle me tire à nouveau dans ses bras, son étreinte douce mais solide m’enveloppant comme une ancre. Je me blotti contre elle, mon souffle se calmant, je me sens tenue, protégée, même si une part de moi sait que les ombres ne sont jamais loin.

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