Chapitre 43 : Marques invisibles
Les jours s’enchaînent, et avec eux, une routine étrange s’installe.
Je jongle entre mes journées à l’hôtel, mes soirées avec Gabi et mes nuits avec Marc. Chaque rendez-vous est un nouvel abandon, une descente plus profonde dans ce qu’il attend de moi. Chaque nouvelle règle qu’il m’impose devient une évidence, un cadre dans lequel je me coule sans résistance. J’accepte tout, sans me poser de questions, ou plutôt en les repoussant loin, très loin, là où elles ne peuvent pas venir troubler ce que je ressens.
Quand je suis avec lui, je suis à ma place. C’est aussi simple que ça.
Mais quand je rentre chez Gabi, une autre réalité me rattrape.
Je la préviens toujours avant de partir. C’était notre deal, son moyen à elle de garder un œil sur moi sans m’enfermer. Je lui envoie un simple message, sans détails. "Je vais le voir." Et elle me répond toujours la même chose : "OK. Fais gaffe à toi."
Elle ne pose pas de questions. Du moins, pas tout de suite.
Mais je sens son regard sur moi, plus insistant.
Et ce matin-là, alors que la vapeur de la douche s’évapore autour de moi, elle finit par dire tout haut ce qu’elle pense tout bas.
— T’as des marques.
Je sursaute presque en sortant de la salle de bain, une serviette enroulée autour de mon corps encore humide. Gabi est adossée à l’armoire, un café à la main, et son regard glisse lentement sur mes cuisses nues avant de remonter vers mes fesses.
Je baisse les yeux, suivant son regard.
Des traces.
Rouges, diffuses, éparpillées sur la courbe de mes fesses. Je les ai senties ce matin, sous l’eau chaude. Un souvenir cuisant de la dernière fois où j’ai vu Marc, où il m’a ordonné de me mettre à genoux sur son lit avant d’abattre sa paume sur moi, encore et encore, jusqu’à ce que la douleur se mêle au plaisir.
Mon ventre se contracte au souvenir, une chaleur étrange s’enroulant autour de mes reins.
— Ah… ça.
Je tente un sourire désinvolte, mais il sonne faux.
— Il aime bien me donner la fessée. Comme tous les mecs, non ?
Gabi ne réagit pas tout de suite. Elle prend une gorgée de son café, ses yeux toujours fixés sur moi, analysant, décryptant, sans rien dire. Puis, lentement, elle secoue la tête.
— Ouais, sauf que là, c’est pas juste une claque sur les fesses pour le fun.
Son ton est calme, mais il y a cette pointe d’acidité qui trahit ce qu’elle pense vraiment.
Je détourne les yeux, mal à l’aise.
— C’est pas grave, Gabi. J’aime ça.
Elle arque un sourcil, croise les bras.
— T’aimes ça ou t’as appris à aimer ça ?
La question me cloue sur place.
Je serre un peu plus la serviette autour de moi, cherchant mes mots.
— Je… Je sais pas. Je ressens quelque chose quand il me fait ça. C’est intense. J’ai besoin de ça.
Elle ne me lâche pas du regard.
— Mais est-ce que c’est toi qui en as besoin, ou c’est lui qui t’a fait croire que t’en avais besoin ?
Son ton n’est pas accusateur. Juste… inquiet. Trop lucide.
Je déteste ça.
Parce qu’au fond, une partie de moi sait qu’elle touche à quelque chose d’important.
— C’est pas comme ça, Gabi. Je suis bien avec lui. Il me donne ce que personne ne m’a jamais donné.
Elle soupire, passe une main dans ses cheveux, et je vois son hésitation. Elle veut en dire plus. Elle veut insister.
Mais elle ne le fait pas.
Elle se contente de poser sa tasse sur la table, de s’approcher de moi et de poser une main sur mon bras, douce mais ferme.
— OK. Mais promets-moi un truc.
Je relève les yeux vers elle, troublée.
— Quoi ?
— Si un jour tu te réveilles et que tu te rends compte que t’es en train de te perdre, si un jour tu ressens plus de douleur que de plaisir… tu me le diras.
Elle marque une pause, serre un peu plus mes doigts entre les siens.
— Je veux pas que tu crois que t’es toute seule là-dedans.
Mon ventre se serre, ma gorge aussi.
Je hoche la tête, incapable de parler.
Parce qu’au fond, une part de moi sait que la question n’est pas si je vais me réveiller.
Mais quand.
Et je ne sais pas si j’aurai la force de l’admettre.
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