Chapitre 44 : L'ombre du passé
Je suis assise sur le canapé, les jambes repliées sous moi, un verre de vin à la main, écoutant distraitement Gabi parler d’un truc qui s’est passé au boulot. L’ambiance est légère, presque réconfortante, et pendant un instant, j’ai l’impression d’être simplement moi, ici, avec elle.
Puis mon téléphone vibre.
Un seul message.
Bar Le Puzzle. Toilettes, dans vingt minutes. Ne me fais pas attendre.
Marc.
Mon cœur rate un battement.
Je relève les yeux de l’écran et croise immédiatement le regard de Gabi. Elle n’a pas besoin de poser de questions. Elle sait.
Elle soupire, s’affale un peu plus dans le canapé et prend une gorgée de son verre avant de hausser un sourcil.
— Tu dois y aller, c’est ça ?
Ma gorge se serre.
— Oui… Désolée, ce sera rapide.
Elle ne répond pas tout de suite. Son regard glisse sur moi, jaugeant, évaluant, mais elle ne commente rien. Finalement, elle lève une main en signe d’abandon.
— Fais ce que t’as à faire.
Je me lève, attrape mon sac en vitesse et file vers la porte.
— T’en fais pas, je reviens vite.
Je n’attends pas sa réponse et sors, mon cœur battant plus vite à chaque pas qui me rapproche de lui.
La nuit est froide, l’air mordant mes jambes nues alors que je marche vers Le Puzzle, mes talons claquant sur le trottoir humide. Mon souffle forme de petits nuages blancs devant moi, mais une chaleur sourde monte dans mon ventre, une excitation légère mais insistante qui pulse à chaque pas. Je sais ce qui m’attend – ses ordres, son regard, cette emprise qui me plie sans effort. Mes doigts serrent la lanière de mon sac, mes cuisses frottent l’une contre l’autre sous ma robe, et je sens mon sexe s’éveiller, une humidité familière grandissant à l’idée de m’agenouiller pour lui. C’est rapide, c’est toujours rapide, mais ça me brûle quand même, cette attente, cette certitude que je vais obéir, encore et encore, comme une petite pute docile qui ne peut pas dire non.
Le bar est bondé quand j’arrive, saturé de bruit et de chaleur, une foule indistincte qui bourdonne autour de moi. J’ignore tout, mes yeux cherchant immédiatement la porte des toilettes au fond de la salle. Mon téléphone vibre une nouvelle fois dans ma poche.
"Dépêche-toi."
J’accélère, mes talons claquant plus fort, mon cœur cognant dans ma poitrine alors que je pousse la porte des toilettes hommes, l’odeur acre d’urine et de désodorisant me frappant de plein fouet. Il est là, dans la cabine exiguë du fond, appuyé contre le mur, son regard impassible me transperçant comme s’il savait déjà que je viendrais, que je n’ai jamais eu le choix.
— À genoux
Je tombe à genoux sans hésiter, le carrelage froid et sale mordant ma peau, mes mains posées sur mes cuisses alors que je lève les yeux vers lui. Il défait sa ceinture avec une lenteur calculée, baisse son pantalon juste assez pour libérer son sexe, déjà à moitié dur, épais contre sa cuisse. Je connais ce geste, cette routine – des dizaines de fois, dans des lieux comme celui-ci, des moments volés où je le prends dans ma bouche comme il aime, rapide, efficace.
Je m’avance, mes lèvres s’entrouvrant pour l’enrober, et je sens sa chaleur familière, son goût salé envahir ma bouche alors que je le suce, mes joues se creusant sous l’effort. Ma langue glisse sur sa longueur, presse son gland avec une précision rodée, et je gémis doucement, un son rauque qui vibre contre lui. Mes genoux râpent le sol, une douleur sourde montant dans mes jambes, mais je m’en fous – j’aime ça, cette urgence, cette façon dont il me domine sans effort. Il grogne, ses doigts s’enroulant dans mes cheveux pour guider mes mouvements, et je le prends plus profond, ma gorge se contractant alors qu’il durcit complètement, remplissant ma bouche jusqu’à me faire haleter.
Il ne dure pas longtemps – il ne dure jamais longtemps dans ma bouche. Ses hanches se tendent, son souffle devient saccadé, et il se retire d’un coup, sa main libre saisissant son sexe pour se masturber rapidement. Je reste là, à genoux, docile, les yeux levés vers lui, et il jouit, un jet chaud et épais s’écrasant sur mon visage, striant ma joue, mes lèvres, une goutte glissant sur mon menton. Ma respiration s’accélère, mes joues brûlent sous la sensation collante, humiliée et excitée à la fois.
— Ecarte-toi, grogne-t-il, sa voix rauque alors qu’il referme sa ceinture sans me regarder.
Je me décale, vacillante, mes doigts cherchant déjà un mouchoir dans mon sac pour m’essuyer, et il passe devant moi, ouvre la porte de la cabine sans un mot de plus, me laissant là, encore à genoux un instant avant de me relever. Je frotte mon visage, étalant maladroitement son sperme sur ma peau alors que je me dirige vers la sortie, mes talons résonnant dans l’espace étroit.
Et là, je le bouscule presque.
Vincent.
Il entrait dans les toilettes, sa main poussant déjà la porte, et je manque de le percuter, mes doigts encore sur ma bouche, essuyant ce qui reste de Marc. Il se fige, ses yeux s’écarquillant alors qu’il me reconnaît, puis glissant sur mon visage – les traces humides sur ma joue, le rouge à lèvres légèrement étalé, ce geste précipité pour me nettoyer. Une incompréhension brutale traverse son regard, suivie d’un trouble profond, comme s’il assemblait un puzzle qu’il ne veut pas comprendre.
— Cloé… souffle-t-il, sa voix vacillante, hésitante, presque suppliante. Qu’est-ce que… Qu’est-ce que tu faisais ?
Je me redresse, mes doigts crispés sur mon sac, et je sens mon cœur cogner dans ma poitrine, une vague de honte et de colère me submergeant. Mais ma voix sort froide, distante, tranchante comme une lame :
— Ce n’est pas tes affaires, Vincent.
Il cligne des yeux, ouvre la bouche pour parler, ses mots trébuchant avant de sortir :
— Attends, je… Je comprends pas. T’es… T’es avec quelqu’un là-dedans ? C’est quoi, ça ? T’es pas…
Il s’arrête, ses yeux cherchant les miens, désespéré de trouver une explication, une trace de la Cloé qu’il connaissait. Mais je ne lui donne rien. Mes lèvres se pincent, mes poings se serrent à mes côtés, et je le fixe, un mur de glace entre nous.
— Laisse-moi passer, dis-je, ma voix basse, dure, chaque syllabe claquant comme une porte qui se ferme.
Il vacille, un pas en arrière, sa main encore sur la porte, et je vois une douleur passer dans ses yeux, une réalisation qu’il refuse d’accepter. Mais je ne m’attarde pas. Je le contourne, et je plonge dans la foule du bar, mon cœur battant à tout rompre, mes joues encore brûlantes sous les restes collants de Marc, ma froideur masquant le chaos qui hurle en moi, je sens les larmes me remplir les yeux.
Les rues sont sombres et humides quand je pousse la porte de l’immeuble, mes talons claquant faiblement sur les marches usées de l’escalier. Chaque pas résonne dans ma poitrine, un écho sourd qui amplifie le chaos qui tourne en boucle dans ma tête – le goût de Marc encore sur mes lèvres, la chaleur collante sur ma joue, les yeux troublés de Vincent qui me fixent comme si j’étais une étrangère. Mes jambes tremblent, pas seulement de froid, et je sens une douleur sourde dans mes genoux, un rappel du carrelage glacé des toilettes où je me suis agenouillée il y a moins d’une heure. Je monte lentement, une main crispée sur la rambarde, l’autre serrant mon sac comme une bouée.
Quand j’ouvre la porte de l’appartement, une vague de chaleur m’enveloppe, mêlée de l’odeur familière du bois et du thé à la camomille que Gabi aime boire le soir. Elle est là, sur le canapé, un livre ouvert sur les genoux, un mug fumant entre ses mains. Ses cheveux blonds sont relevés en un chignon lâche, et la lumière tamisée de la lampe dessine des ombres douces sur son visage. Elle lève les yeux vers moi, et son regard change en une fraction de seconde – le sourire léger qu’elle avait s’efface, remplacé par une inquiétude qu’elle ne cherche pas à masquer.
— T’es rentrée, dit-elle, sa voix calme mais teintée d’une tension subtile.
Je hoche la tête, incapable de parler tout de suite, et referme la porte derrière moi avec un clic qui résonne trop fort dans le silence. Mes doigts tremblent alors que je pose mon sac sur la chaise près de l’entrée, et je sens ses yeux me suivre, scrutant ma robe froissée, mes cheveux encore humides de la pluie, la façon dont je me tiens, légèrement voûtée, comme si je portais un poids invisible.
— Tu vas bien ? demande-t-elle, posant son livre sur la table basse, son mug suivant dans un cliquetis discret.
Je veux dire oui, mais ma gorge se serre, et je me contente de hausser les épaules, mes lèvres pincées pour retenir ce qui menace de sortir. Elle fronce les sourcils, se redresse un peu, et je vois son regard glisser sur mon visage – la rougeur sur mes joues, la trace à peine essuyée sur mon menton que je n’ai pas eu le temps de nettoyer complètement.
— J’ai eu un SMS de Vincent, dit-elle soudain, sa voix toujours douce mais plus ferme, comme si elle testait ma réaction.
Mon cœur bondit, un éclair de panique traversant ma poitrine, et je la fixe, les yeux écarquillés. Elle lève une main pour m’arrêter avant que je puisse parler.
— Il a juste dit qu’il t’avait vue, qu’il comprenait pas ce qui se passait. Il était perdu, Cloé. Moi, j’ai pas eu besoin de le voir pour capter.
Ses mots me frappent comme un coup, et quelque chose se brise en moi. Mes yeux s’embuent, mes lèvres tremblent, et avant que je puisse me retenir, des larmes roulent sur mes joues, brûlantes, incontrôlables. Je m’effondre sur le canapé à côté d’elle, mes mains couvrant mon visage, et un sanglot rauque m’échappe, étouffé dans mes paumes.
— Je sais pas ce que je fais, Gabi, murmuré-je, ma voix cassée, entrecoupée de hoquets. Je sais même plus si j’aime ça, si j’en ai envie… Je fais des trucs, je me laisse faire, et après je me sens… vide. Je comprends plus rien.
Elle pose son mug, se rapproche en un mouvement fluide, et glisse une main sur mon dos, ses doigts caressant doucement ma colonne à travers le tissu de ma robe. Sa chaleur me tire un frisson, et je me recroqueville contre elle, mes larmes mouillant son épaule alors qu’elle m’enveloppe de son bras.
— Hé, c’est normal de craquer, murmure-t-elle, sa voix basse, apaisante, contre mon oreille. T’es en train de vivre un truc particulier, Cloé. T’as passé huit ans avec Vincent, huit ans à construire une vie, et quand ça s’est cassé la gueule, t’as pété un câble. C’est pas bizarre, c’est humain. Mais ce que tu fais avec ce mec, Marc… c’est pas sain. Il te bouffe, et toi, tu le laisses faire.
Je renifle, essuie mes joues du revers de la main, et lève les yeux vers elle. Son regard est doux, mais ferme, une ancre dans la tempête qui me déchire.
— Ça me brûle, Gabi, soufflé-je, ma voix tremblante. Ça me fait mal, mais… ça me réveille. Et après, je sais plus si c’est moi qui veux ça ou si c’est juste… lui.
Elle soupire, ses doigts glissant dans mes cheveux pour les repousser de mon visage, et elle me tire un peu plus contre elle, ma tête reposant sur son épaule.
— T’as le droit de te perdre un peu, Cloé. Mais faut que tu te reprennes. Que tu te demandes ce que toi, tu veux vraiment. Pas ce qu’il te pousse à faire. T’es plus forte que ça.
Ses mots s’enfoncent en moi, lourds, réconfortants, et je hoche la tête faiblement, mes doigts serrant le tissu de son pull comme pour m’y accrocher. Elle me caresse le dos, un geste lent, apaisant, et pendant un moment, on reste comme ça, dans un silence doux, seulement troublé par le tic-tac de l’horloge murale et mon souffle qui se calme peu à peu.
— Allez, viens, dit-elle enfin, se dégageant doucement pour attraper la télécommande. On va regarder un truc con, histoire de te changer les idées. La nuit porte conseil, OK ?
Je force un sourire, essuie une dernière larme, et acquiesce. Elle lance une comédie romantique sur Netflix – un truc léger, avec des dialogues débiles et des rires faciles – et je me blottis contre elle, mes jambes repliées sur le canapé, sa main reposant sur mon épaule. Le film défile, et je ris à peine, mais sa présence me tient, un cocon qui éloigne temporairement les ombres. Pourtant, au fond de moi, je sais que l’ombre du passé est encore là, prête à resurgir à tout moment.
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