Les Bijoux
« La très-chère était nue
Et connaissant mon cœur
Elle n’avait gardé que ses
bijoux sonores
Dont le riche attirail
lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux
les esclaves des Maures
Quand il jette en dansant
son bruit vif et moqueur
Ce monde rayonnant
de métal et de pierre
Me ravit en extase
et j’aime à la fureur
Les choses où le son
se mêle à la lumière… »
La mise en scène s’avère affriolante. Makéda, tu resplendis. Divine, ainsi parée de tes seuls bijoux, alanguie sur ce pourpre. Ta peau dénudée rutile de mille moires sous cette lumière tamisée ; colliers, bracelets, boucles d’oreilles, chaînes de taille et de chevilles — opale, rubis, émeraude, saphir — enchâssent ta beauté. Le spectacle saisit. Tu nous toises, impératrice de nos frémissements ! Wardy sourit tel un benêt !
C’est exactement cet effet que j’aimerais produire sur les hommes : les laisser bouche bée, les tenir sous mon calice. Je souhaiterais tant posséder ta languide assurance, cet art si consommé de la séduction qui t’habite. Et voilà ! J’oscille à nouveau entre détestation et admiration, sans bornes, à ton encontre.
Et cette chanson, cette voix suave aux accents mélancoliques, qui accompagnent si bien tes poses lascives. Les caresses que tu oses t’offrir sous nos yeux.
La ferveur se lit sur tes traits, Wardy. Pourtant, ton bras passe autour de ma taille, l’enserre avec vigueur. Je ne décèle nul courroux dans les œillades que Makéda nous projette. De la concupiscence ? Oh, que oui !
Ton corps pressé contre le mien diffuse son ardeur à mes flancs. Tu respires avec lourdeur ; d’imperceptibles gouttelettes sourdent sur ton front, tandis que ta moustache frémit de ravissement, que ta langue pourlèche tes babines.
Bien sûr, Wardy, j’ai reconnu les vers de Baudelaire — une évidence. Tu me murmures qu’il s’agit d’un enregistrement réalisé par un chanteur d’origine française se produisant au « Baudelaire ». Magique… hypnotique. Le tout forme un tout !
« … Elle était donc couchée
et se laissait aimer
Et du haut du divan
elle souriait d’aise
À mon amour profond
et doux comme la mer
Qui vers elle montait
comme vers sa falaise.
Les yeux fixés sur moi
comme un tigre dompté
D’un air vague et rêveur
elle essayait des poses
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf
à ses métamorphoses… »
Ce salon, qui n’a pas usurpé son nom de « Volupté », regorge de ta puissance magnétique. Ta grâce, Makéda, révèle une alliance de douceur et de sauvagerie. Comme lors de nos ébats… tes yeux sont des escarboucles à l’attraction sans faille tandis que nous défaillons sous l’assaut de ces cils qui dénudent le fauve de tes prunelles.
En te contemplant dévoiler et déployer tes charmes, le doute n’est plus permis : tu es une ensorceleuse ! Mes paupières abritent encore les images de cette danse bestiale — entre suavité et brutalité — à laquelle nous nous sommes abandonnées entre tes draps.
« …Et son bras et sa jambe
et sa cuisse et ses reins
Polis comme de l’huile
onduleux comme un cygne
Passaient devant mes yeux
clairvoyants et sereins
Et son ventre et ses seins
ces grappes de ma vigne
S’avançaient
plus câlins que les Anges du mal
Pour troubler le repos
où mon âme était mise… »
Tu te lèves, souple, féline. Tu t’avances vers nous ; tes fesses rebondies oscillent au rythme des notes syncopées. Les courbes de ton dos et le galbe de tes hanches évoquent le balancement élégant d’une panthère — non celui d’une tigresse prête à dévorer sa proie. Ou, en l’occurrence, ses proies : nous !
Tes mouvements nonchalants distillent une sensualité si intense qu’il serait vain de tenter d’échapper à ton attraction. Makéda, dans ta sauvage superbe, tu me fascines autant que tu m’intimides.
« …Et pour la déranger
du rocher de cristal
Où calme et solitaire
elle s’était assise
Je croyais voir unis
par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope
au buste d’un imberbe
Tant sa taille faisait
ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun
le fard était superbe… »
Assurément, c’est une idée superbe, fort affriolante. Oui, Wardy, je comprends mieux à présent ce que tu suggérais tout à l’heure : la contempler ainsi, telle une légendaire prêtresse d’Ishtar asservissant ses adorateurs par ses déhanchements langoureux… Cela m’excite au plus haut point. Je reconnais ce désir qui croît inexorablement en moi et m’envahit tout entier. Et lorsque la digue cédera enfin… il se déversera avec une force d’autant plus tumultueuse que je l’aurai contenu.
Chut ! Wardy… cesse donc de vouloir m’expliquer quoi que ce soit. Laisse-moi m’immerger dans ce spectacle troublant.
« …Et la lampe
s’étant résignée à mourir
Comme le foyer seul
illuminait la chambre
Chaque fois qu’il poussait
un flamboyant soupir
Il inondait de sang
cette peau couleur d’ambre. »
J’en ai la respiration coupée ! Je comprends pourquoi tu es si épris de cette ensorceleuse. Je ne t’en veux plus, Wardy. Il serait vain de lutter contre une telle force d’attraction.
Je me sens transportée aux cieux, que ma mère qualifierait d’enfer. Alors, s’il en est ainsi, attisons les flammes, et consumons-nous dans leur lubrique brûlure.
Quel enivrement de voir tes mains dénouer ma ceinture, faire glisser le « nukiemon » de mes épaules, tandis que tes baisers s’ébattent dans mon cou, se déploient sur mon décolleté, à l’orée de ma poitrine. Oh, oui ! Loge ta vaste paume entre mes cuisses. Elle cible, atteint, puis dévoile mon bouton, l’épanouissant par d’habiles caresses.
Makéda, tu te niches contre mon dos. Tes joyaux s’insèrent dans ma peau, la piquant cruellement et pourtant, je n’éprouve nulle aversion. Étrange plaisir que celui prodigué par ces précieux éperons. Au creux de mes reins, tes mains progressent, je vibre de tout mon être.
S'abandonner ainsi choyée, entre ces deux amants, me plonge dans des extases insoupçonnées. Nos souffles s’enveloppent d’un nouveau rythme musical : du jazz, m’a confié Wardy, avant de se dévêtir à son tour. Où est donc logé le gramophone ? Je ne l’aperçois nulle part. Et où se dissimule le préposé qui y place les disques phonographiques ? Elle ou il nous voit-il ? Jamais ô grand jamais, je n’aurais conçu qu’une telle puissante excitation pût s’emparer de ma personne.
À présent, me voici nue devant vous. Dans un bel accord, vous m’embrassez, chacun à votre tour, ou ensemble. Vos paumes, phalanges gambadent de monts en vallées. Vous ronronnez des mots d’amour, dont certains me sont adressés.
Mon être tremble dans son entier de se voir l’objet de tant de gourmandise.
Cependant, un sentiment que je suis impuissante à définir plane sur ce moment. Rien de tangible : quelques regards entendus que vous venez d’échanger. Quels messages secrets recèlent-ils ?... Oublions cela pour l’instant !
Le moelleux tapis vient de recueillir ta virile silhouette. D’un geste sans équivoque, tu nous invites d’un signe du menton à t’enjamber et nous accroupir face à face. Je prends place sur tes cuisses, Makéda sur ton torse.
Lentement, je m’agenouille, les poils de la couche improvisée chatouillent ma peau. Mon intimité glisse sur ton membre tendu, l’imbibe d’une liqueur que je sens sourdre du plus profond de ma matrice. La chaleur de ton sexe contre le mien propulse des frissons qui courent le long de ma colonne vertébrale. Pendant ce temps, ta bouche s’affaire dans l’entrejambe de ton épouse. Je ressens son plaisir, une connexion invisible nous lient dans la volupté.
Mes lèvres pincent, agacent les tétons de ma sombre Aphrodite. Ils pointent, glorieux, sur ma langue. Leur texture ferme et leur goût légèrement salé investissent mon palais. Les épaules tressaillent, le buste chavire sous nos caresses et baisers redoublés. L’érotisme tempétueux des soupirs, gémissements, expirations, me maintient dans un délicieux tourment. Les hurlements de sa jouissance m’entraînent aux confins de la déraison. L’orage gronde, mais il semble que les pluies ne veulent pas, en l’instant, inonder mon calice. Dans la petite mort emportée, la cavalière qui me faisait face, descend lasse de son destrier, tente de se procurer quelque repos au côté de son étalon au sourire satisfait.
Et déjà, il me démonte, sans ménager de répit. D’un geste sans appel, il relève la languide assoupie et nous place assises côte à côte, dos contre le mur. Ses mains fermes écartent nos mollets. Tandis que sa bouche s’amuse avec la nôtre, pour plonger, ensuite, dans notre intimité enflammée, impudiquement exposée.
La sensation de ces baisers, tantôt sur moi, tantôt absents, suscite une intolérable tension. Makéda cajole un de mes lobes d’oreille, me gratifie d’un sourire entre deux gâteries, et s’enquiert : « Est-ce que tu apprécies cela, Sista ? »
Je baigne dans le lac du stupre, de la félicité. À court de mots, je l’embrasse, de toute l’ardeur de mon âme.
Ton fessier dénudé, l'échine ployée, s'inclinant devant les râles profonds de ta femme et cette espérance que ta bouche me comble à nouveau alors que tu t'affaires à provoquer des gémissements à ta moitié exacerbent mon désir de toi, à la limite du supportable. Retourne vers moi, Wardy, et loge-toi dans mon étreinte, fais-moi haleter comme jamais !
Oh, mon Dieu ! Je suis grande ouverte. L’indécence de cette position, la chaleur que je dégage. Cette odeur de fauve en rut qui assaille mes narines. Quelle suprême luxure de contempler mes seins qui ballottent librement malaxés, triturés, par les paumes de ma panthère.
Mes cuisses s’écartent amplement, mon bassin se pousse contre la face qui me torture de si belle manière. Les phalanges, prestes, habiles, exercent des pressions libérant, sans faillir, mon nectar trop longtemps contenu.
Ma divine maîtresse m’enlace, m’exhorte à me laisser aller. « God heaven » ! L’électricité s’accapare mes nerfs. Les soubresauts s’emparent de mon être tout entier. Je sens les fluides inonder les lèvres qui tètent, aspirent, sans relâche. Mon jus cascade le long de la moustache pour dévaler vers le menton.
J’explose ou j’implose ?
L’épaule de Makéda me recueille. Tandis que Wardy partage mon sirop, dans un houleux baiser, ne sachant si cela me procure dégoût ou envie.
Vous riez en chœur, vous dites : « Ravis que tu y trouves plaisir. Ton bonheur suscite le nôtre. »
Je pénètre, enfin, le mystère de ce cercle vertueux, où des désirs multiples se fusionnent en un seul.
En vérité, jamais je n’ai rien vécu d’aussi intense. Si je devais trépasser à cet instant, je passerais de l’autre côté l’âme bienheureuse.
Une idée me vient. C’est à ton tour, Wardy, de goûter à nos agaceries.
Oui, prends tes aises sur ce lit de repos. Nous voici agenouillées, devant toi, mon roi. Nous bécotons ton pieu, nos bouches s’embrasent sur ce tronc triomphant.
Tu savoures, n’est-ce pas, cette étreinte enveloppant ton membre engorgé ?
Tu nous confies avoir songé à nos ébats tout à l’heure et que cela t’a fort excité.
Maintenant que nous accélérons la cadence des pressions de nos phalanges sur ta tige, tu halètes, tu grognes, Monsieur, tel un porc !
Cela m’enivre de te prodiguer autant d’extase. Tes mains fouillent notre chevelure. Nos mèches s’enlacent tandis que les langues s’entrelacent sur ton barreau prêt à dégorger. Nos paumes s’activent de concert afin d’engendrer une satisfaction digne de celles que tu nous as octroyées précédemment.
Je perçois sous mes doigts les contractions qui parcourent ton membre tendu à s’en rompre. Les traits de ton visage se crispent. L’annonce d’un chaud déluge.
Nos langues escaladent et dévalent ta hampe, engloutissent ton gland. Nos salives se mêlent à tes premières larmes sirupeuses. C’est à toi de rugir, présentement, My Lord. Vas-y, déverse-toi dans ma bouche. J’exige de sentir, à mon tour, la pleine saveur de ton suc vital. Ta pression sur ma tête s’intensifie, tu empales ma gorge.
Makéda, à présent, tu viens, à quatre pattes, te glisser derrière moi. D’une main ferme, tu soutiens mon ventre, l’autre se fraie un large passage dans mes parties charnues. Ta langue s’enfonce dans mon intimité. Tu me lapes, empoignes mes fesses, les écartes pour mieux l’agiter au fond de ma grotte. Oh, mon Dieu ! C’est somptueux. Aucun mot n’est apte à traduire l’extase qui entreprend mon corps.
Jouis, My lord, je vais jouir avec...
Savez-vous que vous êtes fous tous les deux ? Anges ou démons, je ne puis trancher. Non, je ne manque de rien. Je vous observe vous caresser, comblés, allongés face à face. Vous devisez, vous vous demandez si une coupe de champagne ne serait pas la bienvenue. Le temps de marquer une pause et de célébrer comme il se doit mon baptême de fusion à trois. Quelle heure peut-il être ?
Et puis qu’importe ! Que la fête commence ! Sais-tu, Wardy, que j’éprouve encore de l’appétit, un appétit insatiable ? Je souhaite que tu me combles en me pénétrant, que tu perces mon étoile de ton dard filant entre mes chairs. Oh ! Une idée jaillit : ma divine tentatrice pourrait sucer mon bonbon pendant que tu procéderais entre mes fesses.
Vous vous gaussez de ma suggestion. Vous me rétorquez que patience, tout vient à point à qui sait attendre. Qu’il existe mille et une folies que nous expérimenterons ! Et lorsque l’aube poindra, nous éprouverons encore l’insatiable soif de nous enivrer de ces bulles de plaisirs.
Alors, trempons nos lèvres, buvons à ce moment en nous délectant de ce nectar des dieux. Et patientons, en nous caressant. Espérons le prochain instant. Le jour paraîtra bien assez tôt.
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