Olivier
6 mars 2194
Terre, en Angleter
Sur le toit d’un bâtiment d'habitations de Londres :
Olivier est allongé sur le dos, le regard braqué vers le ciel encombré, comme s’il était capable de voir au-delà, ses cheveux bruns étalés comme une large couronne autour de sa tête.
Le plâtre à sa jambe lui a été retiré hier matin, tournant enfin la page de cette stupide histoire d’accident qui a failli le mener à sa seconde vie.
Il était temps.
L’immobilité lui a pesé.
D’un côté, il lui semble que ses oreilles vrombissent encore du savon monumental que ses parents lui ont passé à son réveil à l’hôpital…
Pendant cet échange, quand bien même ça lui a fait mal de l’admettre, même lui a été forcé de reconnaitre être allé un peu trop loin sur ce coup.
Son jet-pack fait maison n’aurait en aucun cas dû être testé à une pareille hauteur. Il a été contraint d’en demeurer d’accord.
Il avait cru avoir bien choisi sa zone d’expérimentations, pourtant ! Ce parc était abandonné à cette heure-là, l’espace était dégagé, mais avec tout de même des buissons et des arbres en quantité raisonnable pour amortir sa possible chute, et les façades des bâtiments ne comportaient pas de reliefs sur lesquels il aurait pu se cogner grièvement… !
Mais cela s’était avéré insuffisant.
Quand son système pour garantir la stabilité s’est emballé et que le moteur a eu un souci technique, la chute a été douloureuse. Très, même.
Il a écopé d’une fracture grave à la jambe droite, de précisément neuf bleus légers et trois sévères, ainsi que d’un coup à la tête qui lui a fait perdre connaissance et lui a provoqué une petite commotion cérébrale, qui aurait pu devenir bien plus sérieuse si un voisin n’avait pas appelé les secours à temps.
Un bilan pouvant être qualifié de désastreux, en sommes.
Heureusement, grâce à l’efficacité de la médecine actuelle, il a été remis sur pied en à peine un mois et trois jours, auxquels s’est ajouté un jour d’observation.
Il se rappellera longtemps du moment où ses frères et sœurs lui ont fait la fête, à son retour à la maison, l’ainée n’arrêtant pas de remercier la Date-philosophale de l’avoir ramené sain et sauf, pendant que le petit dernier était passé en mode koala sur sa jambe réparée !
Aussi peu sentimental soit-il, Olivier ne peut que sourire tendrement à ce souvenir.
De leur côté, ses parents ont été plus réservés, étant encore quelque peu remontés de sa bêtise qui a bien failli lui couter la vie…
Pour sa part, quand bien même il entend leur inquiétude, il aimerait qu’eux aussi saisissent tout de même qu’il est également énervé par leur réaction.
Comment veulent-ils qu’il fasse progresser la science, s’ils lui interdisent de courir le moindre risque ?!
Bon, d’accord, la mort n’est pas quelque chose qu’il faut prendre à la légère… ni ce qui se passerait après, d’ailleurs.
Mais ils se refusent à comprendre que : non, ça ne l’amuse pas de mettre sa vie en jeu ! Mais à rester en permanence dans une zone de confort, on ne peut avancer !
Son idole, l’éminent professeur Van-Ylf, n’a-t-il pas dit :
« Qui n’essaient pas,
Ne connais pas la victoire !
Caché dans son trou. » ?
S’il était un piètre poète, il est vrai, il était en revanche un visionnaire dans son domaine, ainsi qu’un bourreau du travail !
C’est notamment grâce à lui, si le ciel au-dessus de leurs têtes peut abriter tous ces avions, ces aéronefs, ces vaisseaux, et autres appareils volants dans et au-delà de la stratosphère !
S’il ne s’était pas acharné, les hommes seraient assurément encore limités à cette vieille planète Terre déchirée en deux !
Ça, sans compter ce foutu neuvième organe…
Le son d’une sirène le tire de sa rêverie.
Même s’il sait à quoi elle correspond, il se redresse pour venir jeter un coup d’œil par-dessus le parapet du toit, par curiosité morbide.
Plus en contrebas, sur la rambarde du vingt-troisième étage du bâtiment d’en face, il voit un véhicule blanc marqué d’un caducée vert vomi qui s’arrête devant l’entrée.
Dès que la porte s’ouvre, les agents d’interventions se précipitent avec ordre et efficacité à l’intérieur.
Un temps passe, avant qu’ils ne ressortent rapidement, avec un brancard où une vieille femme est solidement sanglée.
Ce spectacle ne surprend guère Olivier. Toutes et tous se doutaient que cela ne tarderait plus.
Dans le voisinage, ils savent depuis longtemps que la pauvre est souffrante et que ses jours sont comptés.
Mais jusque-là, ses proches ne voulaient rien entendre et assuraient qu’elle allait tenir encore des années !
Il présume qu’ils ont fini par se rendre à l’évidence.
Le jeune homme ne peut pas correctement voire d’ici, il est trop haut, mais il se doute que la grand-mère doit présenter les symptômes de sa zombification prochaine.
Foutu Petit-Oryx et son organe de merde… Il ne pouvait pas laisser la création du Dattier-sacré tranquille ? Huit organes. Huit ! C’était très bien ! Mais non, monsieur s’est senti obligé de rajouter un cœur !
Évidemment, s’il avait été possible de le retirer… mais encore une fois : non ! Mort automatique ! Au moins, c’était une mort dont on ne se relevait pas, pour le coup…
Son lunatique parrain lui a un jour raconté que le Petit-Oryx avait voulu bien faire… Qu’il avait voulu nous donner une deuxième chance, si notre corps se trouvait trop endommagé. Que ça partait d’une bonne intention !
Des conneries, oui…
Revivre sans intellect acceptable et sans souvenirs digne de ce nom, avec en bonus une agressivité accrue ! Tu parles d’une deuxième chance…
Le véhicule s’en est allé.
Après un instant à regarder les différents trafics fonçant à un peu tous les niveaux, il se détourne du vide, pour reprendre le chemin vers sa chambre/atelier.
Il ne va pas se construire tout seul, le jet-pack de demain, après tout !
Sa porte claque dans son dos, alors qu’il rejoint ses chères créations.
Un jour, lui aussi révolutionnera le monde.
Lui et d’autres pourront aller au-delà encore des confins explorés, grâce à ses inventions.
Il participera activement à la marche vers l’avant.
Il se l’est juré et il le fera.
Gloire à la réplique Mercure, et pour la fin de l’empire Asura !
N’en déplaise à ses coincés de parents surprotecteurs.
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